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"C'est plus sympa de travailler au centre-ville qu'en périphérie"

Le quartier de la Houston Street, au cœur de San Antonio, s’est imposé ces dernières années comme la "place to be" pour qui veut se lancer dans le secteur high-tech. ©© Chuck Haney / DanitaDelimont.c

Au centre de San Antonio, une poignée de rues sont en train de se transformer en hub high tech. C’est ici que Brad Parscale, directeur web de la campagne Trump, s’est fait un nom.

Houston Street, c’est l’une des grandes artères traversant San Antonio d’est en ouest. Fut un temps où elle était bordée de commerces sur tout son long. Puis, elle s’est vidée en certains endroits. Mais aujourd’hui, elle est le décor d’un vaste projet visant à créer un hub high-tech au cœur du centre-ville. San Antonio viendrait ainsi prolonger l’axe Dallas-Austin, qui a déjà attiré pas mal d’entreprises du secteur.

"Vous pouvez toujours aller à la Silicon Valley, vous n’y serez qu’un petit poisson dans la mer."
carlos Maestas
fondateur de Key ideas

"Vous pouvez toujours aller à la Silicon Valley, mais vous n’y serez qu’un petit poisson dans la mer, alors qu’ici, on peut être un gros poisson dans un étang. C’est mieux", tranche Carlos Maestas, fondateur de Key Ideas, une petite société de 5 personnes spécialisée dans la narration numérique – ou storytelling dans le jargon – pour les entreprises et les ONG. Ça fait 15 ans qu’il a lancé sa société. Il a travaillé de chez lui et au cybercafé pendant 10 ans. Puis, il a décidé de s’installer dans un bureau au centre-ville. Il ne l’a pas fait n’importe où. Il a choisi de louer un bureau chez Geekdom, un incubateur d’entreprises high-tech qui est l’une des pierres angulaires du développement du centre-ville.

Incubateur en plein centre

La société occupe trois étages dans l’immeuble Rand, un bâtiment historique sur Houston Street. "Nous avons pour l’instant 450 affiliés", explique Krista Reynolds, business development manager chez Geekdom. Ces affiliés sont liés à la société par un contrat qui est renouvelé tous les mois. Ils peuvent louer le droit à venir brancher leur ordinateur portable à l’un des plateaux de Geekdom (50 dollars par mois), louer une table (250 dollars) ou louer un bureau entier, comme Carlos Maestas (entre 800 et 2.400 dollars). "L’avantage d’être ici, c’est de rencontrer des gens passionnés, d’échanger nos expériences. Si vous avez besoin d’un web designer, d’un juriste ou d’un comptable, vous pouvez trouver tous ces profils ici", explique-t-il.

Les échanges d’idées ne se font pas qu’autour de la machine à café ou de la table de ping-pong du 8e étage. Ils sont institutionnalisés par Geekdom. L’une des obligations contractuelles vous liant à la société, quand vous en devenez membre, est d’ailleurs de consacrer une heure par semaine à donner des conseils aux autres membres, notamment les nombreux jeunes étudiants qui fréquentent l’endroit, ou à donner tous les mois une formation pratique.

Mais il n’y a pas que des start-ups ou des petites entreprises high-tech qui tentent leur chance à San Antonio. Certains grands noms déjà bien établis ailleurs ont décidé d’y ouvrir une filiale. C’est le cas d’Endgame, un gros contractant du Pentagone spécialisé dans la lutte contre la cybercriminalité et venu s’installer juste à côté de Houston Street, dans les anciens locaux de Geekdom. L’immeuble où est située la société appartient au même promoteur immobilier que celui qui a rénové le Rand Building, la société Weston Urban dont l’objectif est clairement de faire du centre-ville un laboratoire à ciel ouvert pour le secteur des high-techs.

Mais si Endgame a opté pour San Antonio, ce n’est pas tant pour la proximité d’autres sociétés internet que pour se rapprocher de la base de Lackland, d’où la 24e compagnie de l’armée de l’air traque les cyber criminels. "Ainsi, on peut engager d’anciens militaires hyper-qualifiés lorsqu’ils décident de quitter l’armée. Et les gens de la 24e savent comment s’en prendre aux méchants, c’est certain!", explique Rick Hensley, lui-même un ancien militaire. Et même si Endgame a diversifié son portefeuille de clients – elle s’adresse également à de grandes entreprises opérant dans des secteurs stratégiques comme l’énergie ou la finance –, ça lui permet d’être proche d’importantes antennes texanes du Pentagone (il y a plusieurs bases militaires dans les environs de San Antonio), pour qui elle continue à travailler.

Atouts et faiblesses

“De Minneapolis à San Antonio, que veulent les Américains ?" Découvrez le reportage photo en cliquant ici

Rick Hensley admet cependant que le fait d’être en plein centre-ville a des avantages. "La présence d’autres entreprises technologiques nous permet d’attirer des jeunes travailleurs. En plus, c’est tout de même plus sympa de travailler au centre-ville qu’en périphérie, où il n’y aurait rien d’autre que des bureaux. Ça attire aussi les talents." Puis, San Antonio a certaines particularités que d’autres villes américaines n’ont pas forcément: la présence de deux universités proposant un cursus poussé en informatique (la Trinity University et la University of Texas San Antonio) et un coût de la vie tout à fait raisonnable. Pour donner un ordre d’idées, il vous en coûtera 2,5 dollars pour un pass d’un jour dans les transports en commun de San Antonio, et 6 dollars à Minneapolis. Mais être dans une "petite" ville (on parle tout de même de 1,4 million d’habitants) peut également avoir certains désavantages. Récemment interrogé par le quotidien San Antonio Express News, Andrew Trickett, cofondateur de Merge, un fabricant de casques de réalité virtuelle, se plaignait ainsi d’un manque d’investisseurs et d’une culture entrepreneuriale moins tournée vers les start-ups que dans d’autres villes, comme Austin par exemple.

Web designer de Trump

Mais pas question pour les acteurs du secteur d’en rester là. Tech Bloc, un groupement d’entreprises high-tech de San Antonio, œuvre notamment à améliorer la visibilité de la ville, moderniser ses espaces urbains et y améliorer les conditions pour se lancer dans les affaires. Une des sociétés membre du collectif n’est autre que Giles-Parscale, "la" success story du moment même si ses choix politiques font grincer des dents dans le milieu.

Giles-Parscale a en effet décroché un juteux contrat auprès de la campagne de Donald Trump. Une aubaine pour la société de San Antonio, qui ne doit cependant rien au hasard. Son cofondateur, Brad Parscale, est un proche de l’empire Trump depuis plusieurs années. Selon le quotidien Texas Tribune, il aurait commencé à travailler pour Donald Trump en 2011, en décrochant pour lui plusieurs contrats immobiliers. Aujourd’hui, il est le web directeur de sa campagne.

Contacté, Brad Parscale a refusé de répondre à nos questions, même par écrit, prétextant être bien trop occupé à New York. Mais Carlos Maestas le connaît bien, ils ont travaillé ensemble. Il n’a plus trop de nouvelles depuis quelque temps. "Il s’occupe de rendre l’Amérique à nouveau grande", glisse-t-il malicieusement en faisant référence au slogan de campagne de Donald Trump ("Make America great again"). A-t-il été surpris d’apprendre que Parscale travaillait pour la campagne de Trump? Pas vraiment. "Il connaissait la famille Trump bien avant la campagne et il se montre fidèle à cette relation", explique Maestas. Il pense tout de même que Parscale "croit en Trump" et qu’il ne s’agit pas uniquement d’affaires. Quant à savoir si cette association, qui doit en révolter certain dans le milieu high-tech, où l’on est plus libéral que conservateur, pèsera sur les affaires de Giles-Parscale, il ne se prononce pas. "Ça dépendra de lui, de comment il gérera l’après-campagne", estime Maestas. Il confirme que "dans le secteur, certains ne sont pas d’accord avec son choix. Mais d’autres le sont. Après tout, on est au Texas et il y a beaucoup de conservateurs par ici…"

débat télévisé | Trump manque sa dernière chance

Donald Trump a manqué une occasion, sans doute sa dernière chance, de reprendre l’avantage lors du dernier débat de la campagne présidentielle américaine contre Hillary Clinton, cette dernière apparaissant désormais comme la grandissime favorite.

Le candidat républicain a stupéfait tout le monde en refusant de s’engager à respecter les résultats de l’élection au soir du 8 novembre, désavouant au passage son colistier, Mike Pence. "Je verrai à ce moment-là", a déclaré Donald Trump, lorsqu’il a été interrogé en fin de débat pour savoir si, le cas échéant, il reconnaîtrait sa défaite. Il a affirmé vouloir garder "le suspense" au risque d’ébranler la confiance dans le processus démocratique américain. Il justifie ce refus par l’existence, selon lui, de fraudes électorales massives, contestées même par son premier cercle. "C’est terrifiant", a répliqué Clinton, le traitant de mauvais perdant.


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