"Donald Trump a ouvert les hostilités"

Les bureaux de vote à peine fermés, Donald Trump criait déjà à la fraude électorale, comme il l'a fait tout au long de la campagne. ©Photo News

En décrétant déjà la victoire, tout en accusant les démocrates de "fraudes", Donald Trump a montré qu'il a "peur de perdre", estime Serge Jaumain, expert des États-Unis à l'ULB. Cela donne également "un avant-goût de ce que donneraient les 4 prochaines années" s'il l'emporte...

Il est encore trop tôt pour annoncer qui du républicain Donald Trump ou du démocrate Joe Biden a remporté la présidentielle américaine. Et cette incertitude risque de perdurer. Mais l'on peut toutefois déjà tirer certaines conclusions de ce scrutin au taux de participation historique. Entretien avec Serge Jaumain, professeur d'histoire contemporaine à l'ULB et spécialiste des États-Unis.

Même si les résultats ne permettent pas encore de le faire, fidèle à lui-même, Donald Trump a déjà annoncé qu’il avait remporté l’élection…

Oui, il s’est déclaré faussement vainqueur, comme l’a immédiatement dit CNN. On n’est pas très surpris de ce qui est en train de se passer, même si on aurait pu également s’attendre à une vague bleue (démocrate, NDLR). En fait, on se dirige vers le pire scénario avec une incertitude sur les résultats.

"Trump a peur de perdre. Il ne sait pas ce que vont donner les votes par correspondance."
Serge Jaumain
Professeur d'histoire contemporaine à l'ULB et spécialiste des États-Unis

C’est dans le Michigan, le Wisconsin et la Pennsylvanie que cela va se jouer. Malheureusement, il va falloir attendre un certain temps pour avoir le décompte de tous les votes dans ces trois États.

Ce qui est inquiétant, c’est le discours que Trump a fait ce matin et qui n’est absolument pas un discours de président. Le discours de Biden (fait un peu plus tôt, NDLR) était beaucoup plus modéré et présidentiel.

Pourquoi un tel discours belliqueux?

Trump a peur de perdre. Il ne sait pas ce que vont donner les votes par correspondance. Si on arrêtait le décompte maintenant, il pourrait remporter le vote dans ces trois États. Mais les choses pourraient être différentes une fois que l'on aura pris en compte ces votes par correspondance.

Personne ne peut dire actuellement qui est le vainqueur de la présidentielle. En tweetant que les démocrates étaient en train de voler l’élection juste après le discours modéré de Joe Biden, Trump a ouvert les hostilités.

Tant dans le camp républicain que démocrate, il y a déjà une armée d’avocats prêts à contester les résultats.

Il y a donc un vrai risque de voir ces élections se jouer devant les tribunaux?

C’est très probable. Tant dans le camp républicain que démocrate, il y a déjà une armée d’avocats prêts à contester les résultats. Trump l’avait annoncé dès le départ. En parlant de fraude avant même que les élections aient eu lieu, il avait préparé le terrain à ces contestations.

Ce qui est particulier dans tout ça, c’est qu’il n’y a jamais eu de fraude massive dans l’histoire des élections américaines. Il y a un adage aux États-Unis selon lequel il y a plus de risque qu’un Américain soit touché par la foudre qu'en train de tricher à une élection.

Trois moments forts

  • Sphères croisées – Standards de jazz revisités par l'Ensemble Musiques Nouvelles (12/11)
  • Marathon sonore - Quatre concerts célébrant la diversité de la création actuelle, avec l'excellent jeune Trio O3 (20-21/11)
  • Iva Bittová et Musiques Nouvelles – Rencontre inédite avec la grande compositrice tchèque (25/11)

Jusqu'au 27/11 - www.arsmusica.be

Au vu des sondages pré-électoraux, on aurait pu penser que de nombreux Américains allaient exprimer leur ras-le-bol envers Donald Trump, ses politiques et les polémiques ayant entouré sa présidence. Or, il n’en est rien…

La mobilisation démocrate a eu lieu et on le verra sans doute dans le vote par correspondance. Mais Trump a une base qui lui est restée extrêmement fidèle et qui est très enthousiaste suite aux politiques qu’il a menées. L’image de Trump a beau être mauvaise à l’étranger, il continue à jouir d’un soutien large au sein de la population américaine. Un soutien que l’on ne parvient pas forcément à mesurer ni à comprendre en Europe.

N’ayant pas la possibilité de rempiler pour un troisième mandat, Trump n’aurait plus de comptes à rendre à personne.

Reste à voir s’il sera parvenu à asseoir sa position en allant chercher les électeurs centristes. Et ça, on ne le sait pas encore à ce stade du décompte des votes. Mais ce qui est certain, c’est qu’il est parvenu à galvaniser ses troupes tout au long de la campagne et qu’elles se sont mobilisées pour voter.

Imaginons que Trump rempile effectivement pour un second mandat, qu’en attendre étant donné que la configuration risque, en parallèle, de rester la même au Congrès?

On se retrouverait effectivement avec une Chambre démocrate et un Sénat républicain face à Trump. Mais il y a une nouveauté, le fait qu’il ait réussi à renforcer la majorité conservatrice à la Cour suprême qui est le troisième pilier du système politique américain. Cela étant, il ne pourrait pas faire ce qu’il veut, car il aurait une Chambre démocrate face à lui.

Mais n’ayant pas la possibilité de rempiler pour un troisième mandat, il n’aurait plus de comptes à rendre à personne. Il aurait plus que jamais les mains libres. On le voit déjà avec le discours qu’il a tenu ce matin, qui reste un discours de candidat républicain très marqué et où il accuse, sans preuves, les démocrates de voler l’élection. On a déjà un avant-goût de ce que donneraient les 4 prochaines années…

On est assis sur un petit baril de poudre et il suffit que Trump allume la mèche pour que cela dégénère.

Les États-Unis semblent plus divisés que jamais. Craignez-vous des violences dans les jours à venir?

Il y aura des tensions entre les deux camps et l’on peut s’attendre à des incidents. On sait que les armes sont très présentes aux États-Unis et l’on peut craindre des affrontements entre des milices d’extrême droite et des militants qui étaient descendus dans les rues dans le sillage du mouvement Black Lives Matter. On est assis sur un petit baril de poudre et il suffit que Trump allume la mèche pour que cela dégénère.

Que vous inspirent ces images de bars, restaurants et commerces américains qui se sont barricadés, à la veille des élections, par crainte d’incidents violents?

La société américaine est très craintive et surprotectrice. En agissant de la sorte, cela ne fait qu’accroître la peur au sein de la population, même s’il ne faut pas en tirer de conclusions.

Ce qu’il faut aussi se poser comme question, c’est: 'Qui pour succéder à Donald Trump dans les rangs républicains?'

Toujours en partant d’une réélection de Donald Trump, voyez-vous quelqu’un émerger dans les rangs démocrates pour s’imposer lors de la prochaine présidentielle, dans 4 ans?

C’est dans très longtemps. Si Joe Biden remporte l’élection, Kamala Harris sera appelée à assurer la vice-présidence. C’est une femme très intelligente et centriste. En fait, elle pourrait être candidate à la Maison-Blanche dans 4 ans, même si Joe Biden perd.

Mais ce qu’il faut aussi se poser comme question, c’est "qui pour succéder à Donald Trump dans les rangs républicains?" Il a viré tellement de personnes dans son entourage ces quatre dernières années qu’il ne reste plus personne.

Lire également

Publicité
Publicité
Publicité