Donald Trump a-t-il eu raison de lancer une guerre commerciale contre la Chine?

Pendant deux ans, la Chine et les États-Unis se sont livré une guerre commerciale sans pitié. ©AFP

La guerre commerciale lancée par Trump contre la Chine a réveillé l'Occident face au risque systémique que constitue l'Empire du Milieu sur les marchés mondiaux. Mais au final, elle n'a pas servi les intérêts américains.

La présidence de Donald Trump restera marquée par une guerre commerciale furieuse entre les États-Unis et la Chine. Lors de sa campagne de 2016, le candidat républicain avait annoncé la couleur. Les États-Unis perdaient des centaines de milliards de dollars dans leurs relations commerciales avec la Chine. En 2014, le déficit avait été de 342 milliards. "C'est hors de contrôle", lançait Trump lors des meetings, promettant de sanctionner Pékin pour ses pratiques abusives. Subventions démesurées aux entreprises chinoises, prix trop bas, pillage des technologies en rachetant des entreprises américaines, transfert de technologies imposées lors de rachats de sociétés en Chine...

Dès son arrivée au pouvoir, Donald Trump met sa menace à exécution, rompant avec la politique passive de Barack Obama axée sur des recours auprès de l'Organisation mondiale du Commerce. En janvier 2018, il met en place des droits de douane punitifs sur les panneaux solaires (30%) et machines à laver (20%) chinois, dont les Etats-Unis de grands importateurs. Cette première salve signe le début du plus important conflit commercial du siècle.

342
milliards de dollars
En 2014, les Etats-Unis ont perdu 342 milliards de dollars dans leurs échanges commerciaux avec la Chine.

La Chine réplique par une enquête sur le sorgho américain, qu'elle accuse Washington de subventionner. Un marché d'un milliard de dollars pour les agriculteurs américains, dont ceux du Kansas, un fief électoral de Trump.

Des premiers coups à la guerre froide

C'est l'escalade. Le 8 mars 2018, Trump impose des droits de douane sur les importations d'aluminium (25%) et d'acier (10%). Trois jours plus tard, il bloque l'acquisition de Qualcomm par Broadcom, accusant la Chine d'influencer l'opération. En avril, il frappe de nouvelles taxes 1.300 produits chinois (écrans plats, armes, satellites...) pour 60 milliards de dollars. Pékin contre-attaque, en taxant près de 250 produits américains.

En mai 2019, après cinq mois d'apaisement, Trump relance les hostilités en interdisant au géant chinois des télécommunications Huawei de vendre ses produits d'équipements de réseaux aux Etats-Unis. Par la suite, il interdit aux entreprises américaines de commercer avec Huawei. Le président américain invoque des raisons commerciales et, surtout, des questions de sécurité en accusant le groupe chinois d'espionner au profit de Pékin.

Le conflit tourne en guerre froide. Les mois suivants sont marqués par une spirale d'attaques de contre-attaques entre Pékin et Washington, à coup d'invectives et de milliards de dollars de droits de douane. En 2019, les exportations chinoises vers les États-Unis chutent de 35 milliards.

Début 2020, les deux rivaux signent un accord commercial apaisant leur conflit. En septembre, l'OMC condamne les premières mesures américaines.

Effets pervers et positifs

"Les guerres commerciales sont bonnes et faciles à gagner", répète Donald Trump. À voir. Sa politique protectionniste a eu quelques effets positifs. Le taux d'emploi manufacturier aux États-Unis s'est accru, bien que le secteur reste modeste aux États-Unis. Le déficit commercial avec la Chine s'est réduit en 2019, pour la première fois en six ans. Mais, le déficit total américain a augmenté de 22% de 2016 à 2019.

"Les guerres commerciales sont bonnes et faciles à gagner."
Donald Trump
Président des Etats-Unis

Au total, les entreprises et les consommateurs américains ont payé le prix fort. Selon Oxford Economics, la guerre commerciale a coûté 0,5% de croissance à l’économie américaine en 2 ans. Les prix des produits taxés ont augmenté. "Cet effet négatif des mesures protectionnistes avait déjà été constaté sous Obama, lors de la taxation des pneus chinois. Les producteurs mexicains et européens, libérés de la concurrence chinoise, avaient augmenté leurs prix", dit Étienne de Callataÿ, Chief Economist d'Orcadia Asset Management.

Pourtant, "cette politique de Trump a mis en lumière les échecs de la mondialisation", poursuit l'économiste. Elle a réveillé l'Europe, qui considère désormais la Chine comme un rival systémique.

Sur ce point, "Donald Trump, n'a pas eu tort, cela me brûle les lèvres de le dire", ajoute-t-il. "Il ne faut pas être angélique avec la Chine, il faut une approche qui est celle d'un rapport de forces. Il a eu aussi le mérite de mettre en avant les questions de sécurité dans les relations commerciales, alors qu'il y avait jusque là une négation des questions de propriété intellectuelle."

"Donald Trump, n'a pas eu tort, cela me brûle les lèvres de le dire."
Etienne de Callataÿ
Chief Economist d'Orcadia Asset Management

La Chine ne voit pas d'un mauvais œil le maintien de Trump à la présidence. Elle a fini par voir dans le président américain son "meilleur ennemi", un rival incompétent et excentrique, précipitant le déclin de son pays. Sa présence renouvelée à la Maison-Blanche garantirait l'ascension de l'Empire du milieu comme première puissance économique mondiale.

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