Donald Trump et Joe Biden ont troqué les gants de boxe contre un vrai débat

Lors du débat de jeudi, Donald Trump a accusé Joe Biden de détruire l'industrie pétrolière. ©Photo News

Le dernier débat organisé entre les deux principaux candidats à la présidentielle américaine Joe Biden et Donald Trump n'a pas tourné au pugilat comme le précédent.

Un débat, pas un pugilat. Le dernier débat électoral diffusé en direct entre le président américain candidat à sa réélection Donald Trump et l'ancien vice-président Joe Biden s'est déroulé de manière plus apaisée jeudi soir à Nashville (Tennessee).

À moins de deux semaines du scrutin présidentiel américain (3 novembre), ce débat était perçu comme une dernière chance pour Donald Trump de rattraper son retard dans les sondages. Plusieurs millions d'Américains ont suivi le débat en direct entre le président conservateur, à la cravate rouge, et son rival démocrate, à la cravate bleue.

Afin de garantir que les électeurs puissent entendre l'opinion de chacun des candidats sur six thématiques, les micros étaient coupés à tour de rôle pour éviter que les adversaires ne s'interrompent. La commission indépendante chargée des débats électoraux espérait, avec cette nouvelle disposition, éviter des échanges chaotiques et acerbes comme lors du premier face-à-face, fin septembre à Cleveland, dans l'Ohio.

Le dernier débat Trump-Biden avant l'élection présidentielle américaine 2020

La modératrice Kristen Welker, de la chaine NBC News, a soumis aux candidats des questions relatives aux six thématiques clés de la campagne, à savoir le coronavirus, les relations interraciales, le changement climatique, la sécurité nationale, les familles américaines et le leadership. Un quart d'heure de débat était attribué à chaque segment.

Trump vise le fils de Biden

Les candidats ont à tour de rôle, avec un minimum d'interruptions et d'invectives, calmement défendu leurs positions. Joe Biden a régulièrement fait part de son exaspération face aux déclarations de Donald Trump. Ce dernier a, pour sa part, à nouveau tenté de désarçonner son adversaire en l'attaquant sur un front plus personnel, au sujet des affaires de son fils Hunter Biden, accusé de corruption en Chine et en Ukraine, quand le candidat démocrate était vice-président de Barack Obama (2009-2017).

Joe Biden a été attaqué sur les affaires de son fils Hunter. ©Photo News

"Joe, je pense que vous devez une explication aux Américains", a insisté le président-candidat qui a accentué ces derniers jours ses attaques personnelles sur l'intégrité de son adversaire, martelant, sans éléments concrets à l'appui, que la famille Biden est une "entreprise criminelle".

"Que cachez-vous? "
Joe Biden
À propos du refus de Donald Trump de publier ses déclarations fiscales.

"Vous étiez vice-président quand c'est arrivé, et ça n'aurait jamais dû arriver", a ajouté l'ex-magnat de l'immobilier, qui avait invité dans le public un ex-associé de Hunter Biden, Tony Bobulinski, qui accuse le fils du candidat d'avoir utilisé son nom de famille pour gagner "des millions" à l'étranger, avec l'assentiment de son père.

Évoquant cet invité, Donald Trump a jugé que son récit était "accablant". "Jamais de ma vie je n'ai pris un centime d'une source étrangère", a protesté le démocrate, qui a jusqu'ici esquivé les questions sur ce sujet en se montrant ultra-protecteur de sa famille. "Ce n'est pas vrai, pas vrai", a-t-il dit à plusieurs reprises.

Joe Biden a contre-attaqué en reprochant au président de n'avoir jamais accepté de publier ses déclarations d'impôts. "Que cachez-vous?", a-t-il demandé. Le candidat démocrate à fait référence à l'enquête du New York Times relayant en septembre que le président américain n'avait payé que 750 dollars d'impôts fédéraux respectivement en 2016 et 2017. Le quotidien a aussi assuré que Donald Trump n'avait payé aucun impôt fédéral lors de 10 des 15 années précédentes.

"Il détruit l'industrie pétrolière. Est-ce que vous vous en souviendrez au Texas? Est-ce que vous en souviendrez en Pennsylvanie, en Oklahoma, en Ohio?"
Donald Trump
À propos de la volonté affichée par Joe Biden de se détourner de l'industrie pétrolière.

Biden prend un risque sur le pétrole

Joe Biden, de son côté, a pris un risque en assumant vouloir se détourner à terme de l'industrie pétrolière, dont dépend largement l'économie de plusieurs États-clés de la présidentielle. "Je me détournerai progressivement de l'industrie pétrolière, oui", a clairement dit le candidat démocrate à la Maison-Blanche. "J'arrêterai parce que l'industrie pétrolière pollue considérablement", a-t-il insisté, soulignant que cette dernière devait être "remplacée au fil du temps par les énergies renouvelables".

"C'est une sacrée déclaration", lui a rétorqué Donald Trump, prenant à témoin les électeurs de plusieurs États industriels. "Il détruit l'industrie pétrolière. Est-ce que vous vous en souviendrez au Texas? Est-ce que vous en souviendrez en Pennsylvanie, en Oklahoma, en Ohio?", a interrogé le président. L'ancien homme d'affaires new-yorkais a qualifié de "désastre économique" le plan environnemental de son adversaire.

"Le changement climatique est une menace existentielle pour l'humanité".
Joe Biden

Les démocrates "veulent détruire les immeubles pour pouvoir réduire la taille des fenêtres", a-t-il avancé. "Si cela ne tenait qu'à eux, il n'y aurait même pas du tout de fenêtres". Donald Trump a accusé, par ailleurs, l'énergie éolienne d'être "extrêmement coûteuse" et "très intermittente", et de "tuer tous les oiseaux". Il a également dénoncé l'hostilité de son adversaire aux gaz de schiste, une industrie dont dépendent de nombreux emplois en Pennsylvanie, État pivot que se disputent âprement les deux candidats.

Né en Pennsylvanie, Joe Biden a répété qu'il ne comptait pas interdire l'exploitation des gaz de schiste, mais seulement bloquer la délivrance de nouveaux permis sur les terres appartenant à l'État. Le changement climatique est "une menace existentielle pour l'humanité", a-t-il prévenu. "Nous avons l'obligation morale de nous en occuper". L'ancien vice-président américain s'était déjà engagé, en cas de victoire le 3 novembre dans les urnes, à ce que les États-Unis rejoignent au plus vite l'accord de Paris sur le climat.

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