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Face à Biden, l'Europe ne doit pas être naïve

Newsmanager

Avec Joe Biden, l'Europe retrouve un interlocuteur bien plus compatible avec ses intérêts et ses valeurs. Gare toutefois à ne pas retomber dans les travers du passé.

Jamais, dans l'histoire d’après-guerre, un président américain n’aura entamé son mandat dans des conditions aussi difficiles que celles qu’affronte, dès ce mercredi, Joe Biden. Les États-Unis font face à une situation économique très difficile, des millions d’Américains sont plongés dans la précarité. L'une des premières tâches de son gouvernement sera de mener à bien un plan de relance massif de 1.900 milliards de dollars.

Les États-Unis sont aussi en état d'urgence sanitaire. Ils subissent de plein fouet la pandémie de Covid-19 qui a déjà coûté la vie à 400.000 personnes. Hanté par le racisme, le pays est plus divisé que jamais et une part conséquente de sa population continue à soutenir Donald Trump et à croire en ses faits alternatifs. Sa démocratie est meurtrie après l’assaut du Capitole.

Joe Biden est un vieux routier de la politique américaine. Il a beaucoup d’atouts pour réussir, notamment le contrôle du Congrès par son Parti démocrate. Sa tâche s’annonce néanmoins titanesque.

Que ce soit au niveau de son économie, de sa diplomatie ou de sa défense, l’Europe doit maîtriser son destin, sans dépendre du bon vouloir de Washington.

Le nouveau locataire de la Maison-Blanche devra aussi redorer le blason américain dans le monde, renouer avec ses alliés, défier politiquement et économiquement des adversaires comme la Chine, la Russie ou l’Iran. Il devra prendre enfin le tournant vers des objectifs climatiques ambitieux. Dans ce contexte, il va revenir à une politique beaucoup plus conventionnelle, apaisée et axée sur le multilatéralisme. C’est le cas en particulier dans ses relations avec l’Union européenne et c’est tant mieux.

Pour autant, il serait hasardeux d’en attendre des miracles. Les blessures laissées par Donald Trump sont profondes et il lui faudra du temps pour réparer les dégâts. En outre, le "trumpisme" lui-même ne disparaîtra pas par un coup de baguette magique. Qui sait si, dans quatre ans, un nouvel extrémiste ne retrouvera pas les clés du Bureau ovale?

Le départ de Trump est un soulagement tant sa présidence fut chaotique et ses relations avec le Vieux continent exécrables. Mais l’Europe ne doit pas être naïve, comme elle l'a été durant l'ère Obama où elle a continué à se reposer sur une amitié désuète, héritée du XXe siècle. Elle ne doit pas tout attendre passivement de Joe Biden. Le monde a changé. L’Europe doit, plus que jamais, avancer avec son propre agenda, défendre ses intérêts et renforcer son autonomie stratégique. Les sources de tensions de part et d’autre de l’Atlantique ne manqueront d'ailleurs pas. Songeons, par exemple, à la fiscalité sur les Gafam (Google, Apple, Facebook, Amazon, Microsoft…). Que ce soit au niveau de son économie, de sa diplomatie ou de sa défense, l’Europe doit maîtriser son destin, sans dépendre du bon vouloir de Washington. Avec coopération et bienveillance, mais aussi vigilance et fermeté vis-à-vis de l’administration Biden.

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