Face aux révélations de Bob Woodward sur sa gestion de la crise du Covid-19, Trump persiste et signe

Dans un livre à paraître, Bob Woodward, le journaliste à l’origine du scandale du Watergate raconte que Donald Trump savait, dès début février, à quel point le coronavirus était mortel. ©AFP

Le président américain assume: il ne voulait pas créer la panique en divulguant au public combien le coronavirus était dangereux au début de la pandémie. Le livre de Bob Woodward viendra se ranger dans sa longue étagère à scandales.

Bob Woodward a encore frappé. Dans son livre "Rage" à paraître le 15 septembre, le journaliste à l’origine du scandale du Watergate en 1972 raconte, enregistrements audio à l’appui, que Donald Trump savait, dès début février, à quel point le coronavirus était mortel. Il a pourtant délibérément choisi de minimiser sa gravité en public. 

Alors que le bilan aux États-Unis approche des 200.000 morts, la nouvelle a consterné le camp démocrate. Surtout qu’elle survient à peine une semaine après un autre scoop, celui du magazine The Atlantic, dont les sources militaires affirment que Donald Trump considère les soldats morts ou blessés à la guerre comme des "losers".

Mais le milliardaire républicain, qui a traversé scandale après scandale pendant ses bientôt quatre années de mandat, ne se laisse pas abattre. Il a balayé jeudi matin les révélations contenues dans "Rage": "Bob Woodward avait mes citations depuis plusieurs mois. S’il pensait qu’elles étaient si graves ou dangereuses, pourquoi ne les a-t-il pas immédiatement rapportées dans le but de sauver des vies?", a-t-il tweeté. Il a répété que son objectif était avant tout de "rester calme, ne pas paniquer" en public. Le sénateur républicain de Caroline du Sud Lindsey Graham a pris la défense: "Je ne crois pas qu’il doive passer à la télévision pour dire que nous allons tous mourir".

"Que faudrait-il, au point où l’on en est, parmi tous ces livres sur la Maison Blanche de Donald Trump – après le rapport Mueller, le procès en impeachment et maintenant la pandémie de coronavirus – pour qu’une révélation sur le président soit vraiment surprenante?"
Jennifer Szalai
Journaliste du New York Times

Affaire classée, place à la prochaine polémique. Jennifer Szalai, une journaliste du New York Times qui a publié une critique de l’ouvrage de Bob Woodward, a laissé filtrer une certaine lassitude: "Que faudrait-il, au point où l’on en est, parmi tous ces livres sur la Maison Blanche de Donald Trump – après le rapport Mueller, le procès en impeachment et maintenant la pandémie de coronavirus – pour qu’une révélation sur le président soit vraiment surprenante? Faudrait-il qu’on apprenne qu’il déteste l’argent et qu’il rêve de se retirer du monde pour mener une existence d’ascète ou de moine? Ou qu’il adore lire et qu’il est intimement familier avec l’oeuvre d’Elena Ferrante?"

Peu de points en moins

C’est davantage le contexte dans lequel Bob Woodward a récolté ses informations qui interpelle. Mécontent de ne pas avoir été interviewé pour son précédent livre, Donald Trump lui a accordé 18 entretiens au total, certains en personne à la Maison Blanche. Les collaborateurs du président, conscients de la réputation du reporter, suaient à grosses gouttes depuis des mois. Mais Donald Trump a pensé qu’il arriverait à charmer ce vétéran du journalisme. "C’est le président le plus transparent de l’histoire", a tenté de justifier sa porte-parole, Kayleigh McEnany, mercredi.

©EPA

À moins de huit semaines du scrutin du 3 novembre, il n’est pas certain que ces révélations, si graves soient-elles, fassent perdre beaucoup de points à Donald Trump. Les républicains pur jus – et notamment des seniors – écoeurés par sa gestion de la pandémie ont déjà quitté le navire il y a plusieurs mois. On ne le répétera jamais assez: le reste de sa base lui est fidèle. L’espoir, côté démocrate, est que cette affaire contribue au sursaut de mobilisation qu’ils attendent en faveur de Joe Biden.

Pour l’instant, les sondages nationaux maintiennent ce dernier en tête avec 7,5 points d’avance en moyenne, selon RealClearPolitics. L’ex-vice président mène aussi dans les États-clés (Pennsylvanie, Michigan, Floride, Caroline du Nord, Arizona, etc.), parfois dans la marge d'erreur. C’est là que la partie se jouera, en particulier avec les électeurs qui se décideront à la dernière minute.

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