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Fin de règne violente à Washington

Mercredi à Washington, une foule de partisans de Donald Trump a envahi les marches et l’enceinte du Capitole, alors que les élus étaient réunis pour certifier la victoire de Joe Biden à l'élection présidentielle. ©Photo News

Des manifestants pro-Trump ont pris d’assaut le Capitole mercredi alors que les élus procédaient à la certification de la victoire de Joe Biden. Un spectacle terrifiant en pleine capitale américaine.

La session de mercredi au Congrès devait être une simple formalité. La journée s’est transformée en cauchemar à Washington. Les images sont sans précédent. Des dizaines de partisans de Donald Trump ont envahi les marches et l’enceinte du Capitole, certains brandissant un drapeau confédéré, alors que les élus étaient réunis pour certifier la victoire de Joe Biden. "Donald Trump a gagné cette élection", a crié l’un d’entre eux, parvenu jusqu’à l’intérieur de la Chambre des représentants. 

Quelques minutes après le début de la session, les représentants et sénateurs, qui s’apprêtaient à débattre du vote des grands électeurs en Arizona, ont dû interrompre leurs activités et ont été priés de se cacher sous leurs bureaux. Le vice-président Mike Pence, qui présidait la session, a été évacué et placé en sécurité. Des médias américains faisaient état d’une femme blessée dans un état critique après avoir reçu un tir à la poitrine. La maire de Washington a annoncé un couvre-feu à 18 heures.

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Ce jeudi matin, la police fait état de quatre morts, dont cette femme qui était gravement blessée par balle. Trois autres personnes ont aussi succombé à leurs blessures aux urgences, selon le chef de la police de Washington, Robert Contee. Les causes de leurs morts ne pourront pas être établies avant leur examen par un médecin légiste, a-t-il ajouté. La police a, selon lui, également procédé à 52 interpellations mercredi, dont 26 dans l'enceinte du Capitole.

Ces services affirment que tant les forces de l'ordre que les sympathisants de Donald Trump ont utilisé des agents chimiques irritants durant l'occupation du Capitole avant que l'ordre y soit rétabli après plusieurs heures. Deux bombes artisanales ont en outre été retrouvées en deux lieux distincts, de même qu'un fusil et un cocktail Molotov dans un véhicule.

"Mike Pence, j’espère que tu vas te lever pour le bien de notre Constitution et de notre pays. Et si ça n’est pas le cas, je serai très déçu."
Donald Trump

"Nous n'abandonnerons jamais"

Le président sortant a eu beau tweeter pour demander aux protestataires d’être pacifiques, il avait mis de l’huile sur le feu plus tôt dans la journée. Lors d’un discours colérique et décousu devant ses sympathisants près de la Maison-Blanche, il avait répété, à tort, qu’il avait remporté l’élection présidentielle. "Nous n'abandonnerons jamais. Nous ne concéderons jamais" la défaite, a-t-il martelé. Il avait ensuite encouragé les manifestants à se rendre au Capitole pour faire entendre leur voix de façon "pacifique" et "patriotique". 

La matinée avait certes démarré dans le calme. Des milliers de manifestants s’étaient rassemblés près de la Maison-Blanche. "Trump est le roi !", s’époumonait l’un d’entre eux, drapeau "Trump 2020" à la main. La plupart répétaient les accusations sans fondement proférées par leur leader. "Cette élection est une vaste blague", a ainsi estimé Monica, une habitante de Caroline du Sud qui a fait le déplacement avec sa famille. Ni la présidentielle ni le deuxième tour des sénatoriales en Géorgie n’ont livré de résultats valables à ses yeux. "Il y a eu trop de fraudes, ils ont fait venir des bus de gens d’autres États qui n’auraient jamais dû voter, et tous ces votes par correspondance, c’est n’importe quoi." 

Pour cette manifestante de 62 ans, drapeau américain à la main, il n’y a plus grand-chose à espérer du futur. "Je pense qu’il y aura une guerre civile. Moi j’ai mon arme et ma maison, on verra bien. Mais on ne peut pas rester assis à rien faire." 

"Je pense qu’il y aura une guerre civile. Moi j’ai mon arme et ma maison, on verra bien. Mais on ne peut pas rester assis à rien faire. "
Une manifestante âgée de 62 ans

Mike Pence sous pression

Allan, un habitant de Virginie, espérait voir le vice-président Mike Pence, qui présidait la session au Congrès, intervenir pour rejeter le vote du collège électoral. "J’espère qu’il va prononcer la victoire de Donald Trump", confiait-il, visiblement peu au courant des pouvoirs du vice-président. Rien d’étonnant puisque Donald Trump lui-même faisait pression depuis plusieurs jours sur son fidèle lieutenant. "Mike Pence, j’espère que tu vas te lever pour le bien de notre Constitution et de notre pays. Et si ça n’est pas le cas, je serai très déçu", a hurlé Trump au micro mercredi matin. 

Mais alors que le président était encore sur scène, Mike Pence a signé et diffusé une lettre pour expliquer qu’il n’avait pas le pouvoir de s’opposer au vote du collège électoral. Même si la session a été interrompue mercredi, c’est bien lui qui prononcera, in fine, la victoire de Joe Biden et celle de la vice-présidente élue Kamala Harris.

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