L'agenda économique de Trump confronté à ses écueils politiques

©AFP

L’automne s’annonce compliqué pour Trump en matière économique. Plusieurs dossiers urgents sont sur son bureau et il ne pourra pas compter sur le soutien aveugle des républicains.

C’est affaibli suite au tollé suscité par ses propos polémiques sur les émeutes de Charlottesville et le limogeage de plusieurs de ses collaborateurs, dont son proche conseiller stratégique Steve Bannon, que Donald Trump entamait hier sa rentrée politique. Il devait s’exprimer en prime-time (dans la nuit chez nous) sur l’implication des Etats-Unis en Afghanistan. Et probablement annoncer l’envoi de troupes supplémentaires sur le terrain, à en croire les rumeurs qui circulaient dans la presse américaine. C’est pourtant sur le plan économique que le Président américain sera surtout attendu dans les semaines à venir alors que plusieurs échéances clés approchent à grands pas.

Réforme des impôts

Après l’échec retentissent de l’abrogation de l’Obamacare sur fond de querelles internes au parti républicain, Trump avait insisté pour pouvoir présenter en septembre une réforme substantielle du code des impôts. Mais voilà, ici aussi, le dossier patine. Copilotés du côté de l’administration par le secrétaire au Trésor Steven Mnuchin et le directeur du conseil national économique de la Maison-Blanche, Gary Cohn, les travaux préparatoires continuent à diviser les républicains du Congrès. D’autant qu’ils sont de plus en plus nombreux à se demander ce qui leur ferait courir le plus de risques politiques: continuer à suivre Trump ou le lâcher (à l’image des grands patrons qui ont estimé qu’il était temps pour eux, et l’image de leur entreprise, de prendre leurs distances).

La dette publique américaine devrait atteindre son plafond entre la fin septembre et la mi-octobre.

Mais surtout, nombreux sont les élus républicains à refuser que les allègements fiscaux envisagés par Trump (pour les classes moyennes et les entreprises notamment) n’alourdissent la dette publique qui avoisine déjà les 20.000 milliards de dollars. En plus de diminuer certaines dépenses publiques, il faudrait trouver de nouvelles sources de recettes ou éliminer plusieurs niches fiscales, pour les convaincre.

Du côté de la Maison-Blanche, on affirme que les baisses d’impôts feraient s’accélérer la croissance économique à 3% et entraîneraient donc automatiquement une hausse des recettes fiscales. Bref, de telles mesures compensatoires ne seraient pas forcément nécessaires. Faux, clament les républicains les plus orthodoxes, à commencer par le président républicain de la Chambre des représentants Paul Ryan. Bref, on tourne en rond.

Plafond de la dette

L’autre grand dossier économique de la rentrée c’est la dette publique qui inquiète tant Ryan et ses collègues conservateurs. Plus précisément, son plafond, fixé à 19.810 milliards de dollars et que les Etats-Unis atteindront quelque part entre la fin septembre et la mi-octobre, selon les estimations de Mnuchin et du Congrès.

©AFP

Bref, il va bien falloir le relever. La Maison Blanche plaide pour le faire sans conditions budgétaires. Les ultra-conservateurs, eux, veulent en profiter pour resserrer quelques boulons. Il y a fort peu de chance que le plafond ne soit pas relevé, ne fût-ce que parce que l’establishment républicain pourra sans doute compter sur le soutien des démocrates dans ce dossier. Mais il ne reste au Sénat que 17 jours de travaux, et 12 à la Chambre, pour relever le plafond avant que la situation ne dérape (selon les calculs de Bloomberg). Le temps presse.

Toujours en matière de finances publiques et en l’absence de budget pour l’année fiscale à venir (une mauvaise habitude qu’ont prise les Etats-Unis), le Congrès va également devoir se mettre d’accord pour continuer à financer les administrations fédérales à partir du 1er octobre et donc éviter un "shutdown", soit la fermeture des services fédéraux non-essentiels, comme celui qui avait secoué le pays à l’automne 2013. Ici aussi, les ultra-conservateurs pourraient tenter d’obtenir des concessions.

Infrastructures

Là où il ne devrait pas y avoir trop de problème (pour l’instant), c’est en ce qui concerne les fameux grands chantiers que Trump voulait lancer pour moderniser les infrastructures et doper l’économie du pays. Pas moins de 1.000 milliards de dollars devaient y être consacrés (dont 200 par l’Etat et le reste par le secteur privé). Mais Trump vient de mettre le dossier au frigo. Il a en effet abandonné l’idée de créer un conseil chargé de sélectionner les grands projets d’infrastructures en question. Une décision tombée après qu’il a dissous deux de ses conseils économiques où siégeaient de nombreux patrons qui l’ont lâché après ses sorties sur Charlottesville.

Aléna

Finalement, le seul dossier économique sur lequel l’administration Trump semble avancer, c’est celui de la renégociation de l’accord de libre-échange nord-américain (Aléna). Le premier round de discussions entre les Etats-Unis, le Canada et le Mexique vient de se terminer sur une volonté commune: aller vite. Trois autres rounds sont déjà prévus d’ici octobre. Les négociateurs ne sont cependant pas encore entrés dans le vif du sujet. Le plus dur reste donc à venir.

Lire également

Publicité
Publicité
Publicité
Publicité

Contenu sponsorisé

Partner content