analyse

L’échec des sondeurs, un succès pour Trump

À Miami, des électeurs de Donald Trump suivent les résultats. Donald Trump a remporté la Floride avec le soutien d'une large frange de l'électorat latino. ©AFP

Le scrutin américain a déjà un perdant: les instituts de sondages, dont les prédictions se sont une nouvelle fois révélées en décalage avec la réalité.

Le résultat de la présidentielle de 2016 incitait à redoubler de vigilance face aux photographies de l’opinion américaine publiées par les instituts de sondages. Pendant des mois, ils ont donné Joe Biden largement en tête, et la veille du scrutin encore, l’agrégateur RealClearPolitics faisait état d’une moyenne de 7,2 points d’avance pour le démocrate, lui laissant entrevoir une victoire écrasante sur Donald Trump. Au lendemain du scrutin, des millions de bulletins restent à dépouiller, et on ne pourra mettre en parallèle sondages et résultats qu'une fois que ces derniers complets. Mais l’issue du vote est beaucoup plus incertaine qu’annoncée, et le président sortant ne s’est pas privé d’en jouer en clamant mensongèrement avoir "gagné cette élection".

"L'échec des sociétés de sondage est potentiellement plus grand que celui de 2016. C'est inexcusable."
Régis Dandoy
Politologue, ULB

"À ce stade, on peut dire sans crainte que l'échec des sociétés de sondage est potentiellement plus grand que celui de 2016. C'est inexcusable", dénonce Régis Dandoy, politologue à l’Université libre de Bruxelles. La difficulté à donner une image fidèle des intentions de vote des Américains tient à plusieurs obstacles, explique cet observateur des États-Unis. Techniques, lorsqu’il faut toucher des citoyens de zones rurales, moins connectés. Mais aussi idéologiques, quand un électorat anti-élite refuse de répondre à des sondeurs qu’il tient pour partie intégrante d’un establishment honni. "La mauvaise qualité des sondages tient aussi au fait que pour une entreprise qui les réalise, il vaut mieux vendre deux sondages peu représentatifs qu'un bon sondage: on est face à une multiplication de petits sondages, au détriment de la qualité." Régis Dandoy ne trouve pas d'excuse aux sondeurs: "Ils ont eu quatre ans pour se réadapter, ils avaient les moyens intellectuels et méthodologiques pour le faire. Ils ne l'ont pas fait."

Trump a élargi sa base

Quel que soit le résultat final du duel Biden-Trump, le fait que le décompte soit serré est en soi un succès pour le président sortant, qui confirme la puissance du soutien dont il bénéficie. En 2016, Donald Trump avait obtenu 63 millions de votes, il en était mercredi après-midi à 66 millions.

"Le grand succès de Donald Trump, c’est qu’il a réussi à faire voter des gens qui sont idéologiquement contre le vote."
Régis Dandoy
Politologue, ULB

"Il a élargi son électorat, il l’a développé. Il y a quatre ans, ses partisans étaient assez âgés, il a donc perdu des électeurs depuis, mais ils ont été remplacés – peut-être par des jeunes, peut-être par des électeurs qui n’avaient pas osé voter Trump en raison de leur appartenance ethnique", poursuit le politologue de l'ULB.

Illustration dans la communauté latino-américaine. Malgré un discours virulemment anti-immigration, le président sortant a remporté la bataille décisive de la Floride avec l'appui d'une large frange des électeurs latino. Au Texas, les résultats du comté de Starr, composé à 99% de personnes qui se qualifient de latino-américaines, confirment cette tendance: en 2016 ils étaient moins de 1 sur 5 à avoir voté Trump, cette fois, ils étaient près de la moitié. À l'échelle nationale, le républicain a obtenu une plus grande proportion de soutien de la part d'électeurs "non-blancs" qu'en 2016, selon les sondages menés par Edison Research.

Sera-t-il en même temps parvenu à conserver le vote de l'ouvrier blanc du nord-est, qui avait scellé sa victoire en 2016 ? Les yeux restent rivés vers les États industriels de la "Rust Belt" - Pennsylvanie, Michigan, Wisconsin. En attendant les résultats complets, "le grand succès de Donald Trump, c’est qu’il a réussi à faire voter des gens qui sont idéologiquement contre le vote", souligne Régis Dandoy. En son temps, Barack Obama avait pu en dire autant.

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