analyse

L'effet Biden à l'épreuve de la bourse

©REUTERS

Le plan de relance proposé par le président américain Joe Biden est vu positivement pour les marchés. Certains secteurs vont en profiter davantage que d'autres.

Les marchés d'actions ont applaudi le début de la présidence des États-Unis de Joe Biden. Depuis mercredi dernier, les indices ont progressé autant en Europe que de l'autre côté de l'Atlantique. Les investisseurs espèrent un nouveau plan de relance de l'économie américaine très généreux. Les républicains du Congrès ont indiqué qu'ils étaient prêts à travailler avec le président sur la priorité absolue de son administration, un plan de relance budgétaire de 1,9 milliards de dollars, au détriment du billet vert à court terme.

Selon des économistes, l'enveloppe pourrait conduire à une hausse de la croissance du pays de 5% cette année. "Le plan de relance représente 10% du PIB américain, il est significatif. Cela va passer par un déboursement de chèque aux consommateurs pour relancer les dépenses", observe Vincent Juvyns, responsable de la stratégie chez JPMorgan Asset Management. "Cela va soutenir les marchés d'actions", prédit-il.

La victoire des démocrates en Géorgie apporte une majorité démocrate au Sénat américain, qui favorisera les plans présidentiels. "Les perspectives de l'agenda démocrate ont été renforcées le 5 janvier dernier lorsque les démocrates ont remporté les deux tours du scrutin des élections dans l'État de Géorgie pour prendre le contrôle du Sénat sur une base de partage 50-50. Cela signifie que les démocrates contrôleront non seulement la présidence, mais aussi les deux chambres du Congrès", indique Randeep Somel, gestionnaire de fonds chez M&G Invest.

"Cependant, leur marge de manœuvre y est très réduite et peut être encore mise à mal si un seul démocrate prend une position plus conservatrice au sein du Sénat. Par conséquent, nous ne devons pas nous attendre à des changements radicaux. Toute nouvelle législation sera soigneusement réfléchie et équilibrée", ajoute-t-il.

Mais les marchés comptent déjà sur une issue favorable. Des analystes soulignent que de manière générale, Joe Biden bénéficie d'une période de grâce sur les marchés durant les six premiers mois de son mandat. En moyenne, depuis 1948, les actions ont progressé de 3% durant les six premiers mois du nouveau président américain, qu'il soit républicain ou démocrate. En outre, Nomura souligne dans une étude que sous les présidences démocrates, le rendement des actions américaines est plus élevé en moyenne et que la performance la plus forte est obtenue environ durant les trois premiers mois du mandat.

Toutefois, le mandat de Joe Biden démarre dans une situation particulièrement difficile pour l'économie du pays, ce qui n'était pas le cas de son prédécesseur. Donald Trump avait hérité d'une économie en bonne santé. "Cette prise de fonctions intervient au milieu d'une profonde contraction économique et d'une pandémie sanitaire mondiale, dont les États-Unis paient le plus lourd tribut", rappelle Randeep Somel. "Le premier trimestre cette année restera difficile pour les économies mondiales, et se dessine comme le cinquième trimestre de 2020. La pandémie et les confinements restent d'actualité et de nombreuses incertitudes demeurent autour de la propagation du virus et ses variants et la distribution des vaccins", souligne de son côté Raphael Gallardo, chef économiste chez Carmignac.

Incertitudes

Le nouveau programme présidentiel comporte aussi quelques points négatifs pour les marchés selon les analystes. "Il inclut de nouvelles taxes et de nouvelles réglementations. Cela va apporter quelques incertitudes sur les marchés", relève Raphael Gallardo.

Le secteur technologique, en particulier, tremble déjà devant ces futures taxes et réglementations. Les investisseurs sentent le vent tourner pour les GAFA (Alphabet, Amazon, Facebook et Apple). "Avec la vague bleue démocrate, nous voyons une possibilité légèrement plus élevée pour une nouvelle législation qui : 1) établit une Charte des droits de la vie privée restreignant l'utilisation des données personnelles ; 2) redéfinit le pouvoir de marché dans les grandes technologies ; et 3) réglemente les entreprises en tant que services publics numériques", écrit Justin Post, analyste chez Bank of America dans une note.

"Nous pensons également que le gouvernement dirigé par le parti démocrate soutiendra encore plus fortement les efforts du Département de la Justice et de la Commission fédérale du commerce pour démanteler Alphabet, Amazon et Facebook", ajoute-t-il. "La faible inflation et la baisse des rendements ont soutenu les valorisations agressives dans le secteur de la technologie et des éléments de base sont en place pour que ces tendances s'inversent en 2021", relève pour sa part Eleanor Creagh, responsable de la stratégie chez Saxo Bank.

Vincent Juvyns estime toutefois que les États-Unis ne vont pas trop accabler leurs champions technologiques : "Les groupes technologiques payeront plus d'impôts, mais la réglementation et les taxes ne seront pas disruptifs pour le secteur, alors il ne faut pas trop s'inquiéter", indique-t-il. "La lutte entre les États-Unis et la Chine va conduire le gouvernement de Joe Biden à ne pas trop affaiblir les champions nationaux."

L'accent sur le climat

En revanche, le secteur financier est déjà perçu par les investisseurs comme un grand gagnant du programme de Joe Biden. "Les deux mots clés pour le secteur sont le programme de relance et la pentification de la courbe des taux (la remontée des taux d'intérêt à long terme, NDLR) ce qui stimulera à son tour les taux, la réflation (relance par augmentation monétaire) et la reprise économique. C’est bon pour les banques, en particulier Bank of America, Citigroup et JPMorgan", a indiqué Mike Mayo, analyste chez Wells Fargo.

Les analystes soulignent aussi l'importance du plan sur le climat du gouvernement de Joe Biden et ses conséquences pour les marchés. Le secteur de l'énergie renouvelable a déjà anticipé les futures mesures américaines, car les investisseurs estiment que celui-ci sera le grand gagnant du plan climat. Des titres comme FuelCell Energy et Plug Power se sont distingués sur les marchés américains. En Europe, Vestas Wind, Nel et McPhy (spécialisés dans l'hydrogène) en ont aussi profité.

Le plan d'infrastructures de 1.700 milliards de dollars que veut mettre en place sur dix ans le gouvernement américain devrait favoriser des secteurs verts selon les analystes." Il permettra de cibler les dépenses dans les secteurs "verts", notamment en augmentant l'utilisation des énergies renouvelables pour la production d'électricité car l'objectif étant de parvenir à une énergie décarbonée d'ici 2035, et en modernisant quatre millions de bâtiments pour qu'ils répondent aux normes les plus élevées en matière d'efficacité énergétique" indique Randeep Somel.

"Un axe du programme de Joe Biden encouragera l'adoption de véhicules électriques, le gouvernement américain offrant des incitations fiscales pour remplacer les vieilles voitures et finançant également plus de 500 000 nouvelles stations de recharge pour les véhicules électriques" relève Randeep Somel. Les regards des investisseurs se tournent déjà vers le fabricant de voitures électriques Tesla. "Si les États-Unis veulent parvenir à une neutralité des émissions carbone d'ici 2050, ils vont devoir toucher à un pan important des émissions de carbone : le transport", souligne Vincent Juvyns. "Le transport représente 28% des émissions de carbone aux États-Unis, alors qu'au niveau mondial, le chiffre s'élève à 16%. Tandis que 60% des émissions sont liées aux véhicules des particuliers."

D'après lui, la volonté du gouvernement de Joe Biden d'arriver à une neutralité carbone d'ici 2050 va "provoquer un chamboulement majeur de l'économie américaine". "C'est dans ce cadre-là qu'il faut chercher les gagnants et les perdants."

L'énergie en transformation

Le secteur de l'énergie traditionnelle apparaît comme un perdant potentiel du mandat de Joe Biden. "Je ne parierais pas sur un baril de pétrole à plus de 55 dollars", affirme Vincent Juvyns. Toutefois, les groupes pétroliers consacrent une partie de leur recherche à des énergies alternatives comme le pétrole, à l'image de Total et sa filiale américaine en énergie solaire SunPower. Le secteur minier, vu par certains gestionnaires de fonds comme un épouvantail en cette période d'effort climatique, ne possède pas que des aspects négatifs selon Vincent Juvyns. "Le cuivre et le zinc ont encore de beaux jours devant eux, car ces matières premières sont utiles pour la politique climatique. Il ne faut pas rejeter certains secteurs en bloc, mais choisir les sociétés qui s'inscrivent en phase avec la phase de décarbonisation des États-Unis."

Les moyennes entreprises devraient profiter du contexte, selon Vincent Juvyns. Il estime également que l'Europe et la Chine vont bénéficier du plan climat des États-Unis. Même si la Chine et les États-Unis vont poursuivre leur guerre commerciale sous la présidence de Joe Biden, comme le soulignent de nombreux analystes. "La Chine produit un panneau solaire sur deux vendu dans le monde, et une batterie électrique sur deux", rappelle Vincent Juvyns.

Lire également

Publicité
Publicité
Publicité