L’aile gauche du parti démocrate rêve de voir Elizabeth Warren faire face à Hillary Clinton lors des primaires en vue de la présidentielle de 2016.

Elle est le poil à gratter d’Hillary Clinton. Elizabeth Warren est devenue la chouchoute de l’aile gauche du parti démocrate. Dimanche, les dirigeants d’un groupement libéral défendant les valeurs de la classe moyenne américaine, le Working Family Party, ont appelé cette sénatrice du Massachusetts à se présenter à l’investiture du parti démocrate en vue de la présidentielle de 2016. Deux autres organisations plus puissantes, MoveOn.org et Democracy for America, ont déjà mis sur pied une campagne visant à convaincre cette ancienne professeur de droit de se présenter alors que tout le monde s’attend à ce que Clinton lance sa campagne au début du mois d’avril.

Warren, sénatrice depuis janvier 2013, ne cesse de répéter qu’elle ne souhaite pas briguer la présidence. Mais rien n’y fait. Même les républicains s’y mettent. "S’il vous plaît, Dieu, donnez-nous Elizabeth Warren", déclarait, en novembre dernier, Mike Huckabee, un ex-gouverneur d’Arkansas et ancien candidat à l’investiture du parti républicain qui pourrait bien se représenter. C’est précisément parce qu’une candidature de Warren serait une très mauvaise nouvelle pour Clinton que les républicains l’appellent de leurs vœux.

Pimenter la primaire

Née en 1949 à Oklahoma City dans une famille de la classe moyenne.

Diplômée en logopédie et audiophonologie, puis fait des études de droit.

Enseigne le droit dans différentes universités, dont Harvard, et se spécialise dans le droit des faillites.

Met sur pied l’Agence Financière de Protection des Consommateurs en 2010.

Elue au Sénat en novembre 2013.

Si elle se présentait, cette partisane acharnée d’une régulation plus sévère des activités bancaires et financières et d’une protection accrue des ménages face aux banques, ferait voler en éclats les rêves d’une primaire facile pour Clinton. L’ex-Première dame, jugée proche des milieux financiers, comme son mari Bill, devrait se battre bec et ongles face à une Warren plus proche de cette classe moyenne qui se sent aujourd’hui oubliée par la reprise économique.

Ce serait du pain bénit pour le camp républicain où la course à l’investiture s’annonce acharnée. Celui qui l’emportera aura sérieusement entamé son trésor de guerre avant même que les choses sérieuses commencent alors qu’aucune alternative crédible à la candidature de Clinton ne se présente dans le camp démocrate. Sauf si Warren se présente, ce qui forcera Clinton à, elle aussi, entamer son capital de campagne. Et si Warren devait remporter l’investiture - ce qui reste peu probable -, l’électorat indépendant risque de se méfier d’elle lors de la présidentielle. Tout bénéfice pour les républicains.

Une battante

Pour rappel, c’est Warren qui avait été désignée par le président Obama pour mettre sur pied l’Agence Financière de Protection des Consommateurs face aux banques (Consumer Protection Financial Bureau). Mais il n’avait pas pu la nommer à sa tête devant la levée de boucliers que cette éventualité avait suscitée au Congrès. Au fil des ans, Warren s’est taillé une sacrée réputation de battante. Alors qu’elle était à la tête du panel de surveillance du plan de sauvetage de Wall Street créé par le Congrès, elle n’hésita pas à critiquer le président Obama et son secrétaire au Trésor de l’époque, Timothy Geithner, pour ne pas se montrer suffisamment sévères envers les banques. En tant que sénatrice, elle a fait partie de la fronde menée contre le choix d’Obama de nommer Antonio Weiss, un ancien banquier, au poste de sous-secrétaire au Trésor. Elle le jugeait trop proche des milieux financiers. Weiss sera finalement nommé conseiller.

Si c’est vrai qu’elle n’est pas intéressée par la présidence, il y a fort à parier qu’elle tentera néanmoins de peser sur la campagne en se faisant le porte-drapeau des revendications de l’aile gauche du parti démocrate. Des revendications que Clinton ne pourra pas ignorer.

En tant que sénatrice du Massachusetts, Elizabeth Warren occupe aujourd’hui le siège qui fut celui de Ted Kennedy pendant 47 ans. Elle ne lui a pas directement succédé cependant. C’est Scott Brown, un républicain, qui avait remporté le siège laissé vacant après le décès du "lion du Sénat", en 2009. Elle brigue le poste en 2012 remporte l’élection face à Brown. Les choses reprennent alors leur cours normal: une sénatrice de l’aile gauche du parti démocrate reprend le siège si longtemps occupé par celui qui fut la figure de proue de cette même aile gauche. Warren aura quand même récolté plus de 40 millions de dollars pour financer sa campagne. Il y a gauche et gauche…

Warren, vraiment?

Comme c’est souvent le cas des femmes mariées aux Etats-Unis, Elizabeth Warren ne s’appelle pas vraiment Warren. Il s’agit en fait du nom de son premier mari alors que son nom de jeune fille est Herring. Warren a choisi de garder ce nom après leur divorce. Aux yeux des médias, son second mari — Bruce Mann, un professeur de droit à Harvard — deviendrait en quelque sorte "Monsieur Warren" si son épouse devait un jour être appelée à de plus hautes fonctions. Plutôt amusant comme détail.

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