La campagne américaine n'aura pas connu la crise

Donald Trump donnait un meeting de campagne à Lititz, Pennsylvanie, ce lundi. ©REUTERS

La pandémie de Covid-19 a changé le visage de la course aux fonds, mais la crise - sanitaire et économique - n'aura pas empêché la campagne américaine de mener grand train.

Les dollars auront irrigué la campagne américaine de 2020 comme jamais. Les montants globaux, incluant le marathon présidentiel, les primaires démocrates et la conquête du Capitole, devraient atteindre 10,8 milliards de dollars, selon le Center for Responsive Politics (CRP). Ce chiffre - plus de 50% de plus que pour les élections de 2016 - est extrapolé à partir des dépenses des campagnes antérieures. Mais dans ce scrutin hors normes, "le total final sera à un niveau plus élevé encore", prévenait au début du mois ce groupe de recherche non partisan qui étudie les effets de l'argent et du lobbying sur les élections et les politiques publiques américaines. 

Le duel et la mêlée

La course à la Maison Blanche ne représente qu'une partie des montants totaux investis dans le scrutin 2020, à côté de ceux mobilisés pour la bataille du contrôle du Congrès. C'est même cette mêlée-là qui conditionnera la capacité du futur président à mener à bien ses projets législatifs, qui draine le plus de billets verts: 5,6 milliards selon l'estimation du CRP, soit un gros tiers de plus qu'en 2016.

Le Center for Responsive Politics évalue à plus de 5 milliards les dépenses totales qui auront été effectuées durant la course à la Maison Blanche. Les comptes officiels - qui accusent toujours un certain retard - font état de 3,7 milliards en tout, dont 1,55 milliard pour les deux derniers candidats en lice, Donald Trump et Joe Biden. Ici, la part du lion aura donc été injectée dans la coûteuse campagne des primaires démocrates - dans laquelle l'ancien maire de New York Michael Bloomberg a à lui seul mobilisé 1,1 milliard de dollars.

L’effet Covid

Pour le match final Trump vs Biden, le président américain est entré sur le ring avec l’avantage. Il s'était levé tôt, entamant ses levées de fonds pour la réélection dès le début de sa présidence. Au printemps, le conseiller du républicain Brad Parscale avait évoqué, pour qualifier les moyens de campagne accumulés pendant trois ans, une "Étoile de la mort", en référence à l'arme suprême de l'Empire dans la saga Star Wars.

Biden est (...) le candidat de Wall Street, récoltant cinq fois plus de dollars dans cette industrie que Trump, selon le Center for Responsive Politics.

Joe Biden a pourtant repris l’avantage financier dans la dernière ligne droite. Rien qu'en septembre, son équipe a levé plus du triple de fonds que son adversaire. Une raison avancée pour expliquer cette inversion de tendance: la pandémie de coronavirus. Alors que Trump a attendu la fin juillet pour tenir sa première levée virtuelle, Biden a démarré dès avril.

Biden Street

Mais le mode de collecte n'explique bien sûr pas tout quand on a le soutien des grandes fortunes. Selon un décompte établi par Forbes, le démocrate a convaincu 150 milliardaires de financer sa campagne, pour un total de 569 millions de dollars. Biden est d'ailleurs le candidat de Wall Street, récoltant cinq fois plus de dollars dans cette industrie que Trump, selon le CRP. Il compte aussi parmi ses soutiens déclarés des capitaines d'industrie comme Edwin Catmull (Pixar), Jeffrey Katzenberg (DreamWorks) ou John Hennessy (Alphabet). Selon les derniers chiffres de Forbes, Donald Trump a pour sa part convaincu 108 milliardaires de lui fournir 205 millions de dollars - on peut citer Stephen Schwarzman (Blackstone), Isaac Perlmutter (Marvel Entertainment) ou encore Safra Catz (Oracle).

Résultat des courses, donc, un cycle démocratique à 11 milliards de dollars. Mais comme l'a encore montré Donald Trump en 2016 en battant Hillary Clinton, remporter la course aux financements n'est - heureusement - pas un gage de victoire électorale.

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