La Maison-Blanche en plein chaos

La Maison-Blanche. ©© Russ Bishop

Les démissions à répétition, les limogeages- surprises et les échecs législatifs ont plongé la Maison-Blanche en pleine anarchie. Donald Trump tente, avec peine, de remettre de l’ordre dans ses rangs.

La presse américaine s’interroge: "La Maison Blanche est-elle en plein chaos?" Tout porte à le croire. Ces dernières semaines, le tout Washington a assisté, incrédule, à une valse de démissions et de limogeages dans l’entourage de Donald Trump. Sean Spicer, son porte-parole, et Reince Preibus, son secrétaire général, ont claqué la porte de la Maison-Blanche. Puis lundi, le Président a décidé de renvoyer Anthony Scaramucci, son sulfureux directeur de la communication. Le golden boy new-yorkais de 53 ans, le "mini moi" de Donald Trump, n’aura tenu que 10 jours à son poste. Car le nouveau bras droit du Président, l’ancien général de marines, John Kelly – nommé vendredi pour remplacer Reince Preibus – a exigé sa tête, pour rétablir l’ordre à la Maison-Blanche.

©Photo News

Depuis quelques jours, l’administration est secouée par des guerres intestines. "The Mooch" (le resquilleur, surnom de Scaramucci), qui a orchestré le limogeage de Spicer et Priebus, n’a pas hésité à insulter ses collègues dans un langage fleuri. Le 26 juillet, il s’est illustré par des propos particulièrement grossiers contre les fuites à la Maison- Blanche et publiés par The New Yorker. Il menaçait de virer tout le monde, en particulier son frère ennemi Reince Preibus, le qualifiant de "putain de schizophrène paranoïaque".

Si Donald Trump n’a pas réagi immédiatement, laissant le soin à Scaramucci de faire le grand ménage à la Maison-Blanche, il a fini par juger que les propos de son conseiller n’étaient "pas appropriés pour quelqu’un dans sa position", a indiqué lundi sa porte-parole, Sarah Sanders.

Mais surtout, Donald Trump n’avait plus le choix. Une frange de son électorat, choquée par les propos vulgaires d’Anthony Scaramucci, a précipité sa chute. Le sénateur de l’Iowa – un Etat très conservateur – s’est fendu d’un tweet furieux: "Dites à Scaramucci de ne pas utiliser ce langage ordurier en ma présence." Le leader évangélique, Bob Vander Plaats, estimant que la "comédie" émanant quotidiennement de la Maison-Blanche était "extrêmement dérangeante", a appelé Donald Trump à "escorter [Scaramucci] personnellement hors de la Maison-Blanche". Or l’électorat chrétien blanc rural est essentiel pour le Président, qui, désormais, ne peut compter que sur sa base pour le soutenir.

"On est arrivé à un point où on se demande maintenant comment et quand cette présidence désastreuse va se terminer."
Ruth Marcus
chroniqueuse au Washington Post

En six mois, la liste des départs dans la garde rapprochée de Donald Trump est déjà très longue (voir ci-dessous). Depuis l’entrée en fonction du Président américain, l’administration en est à son deuxième directeur du FBI, deuxième conseiller à la Sécurité nationale, deuxième secrétaire général et deuxième porte-parole. "Je pense que n’importe quel observateur y compris ceux qui ne parlent pas anglais, ne connaissent rien à la politique et viennent d’une autre planète et d’un autre système solaire, peuvent conclure que la Maison-Blanche est en train de s’écrouler", a déclaré anonymement un conseiller à la Maison-Blanche dans le Washington Post.

Mais Donald Trump n’y croit pas. "Record de la Bourse à un niveau JAMAIS égalé, meilleures statistiques économiques depuis des années, chômage au plus bas depuis 17 ans, salaires en hausse, frontière sécurisée, C.S. (Cour suprême, NDLR): pas de chaos à la Maison- Blanche!" a-t-il tweeté lundi. Car le Président pense avoir trouvé la parade pour faire taire les mauvaises langues et régler les tensions internes. Et cette parade a un nom bien précis: il s’agit de John Kelly, général à la retraite, jusqu’à présent ministre de la Sécurité intérieure, et désormais nouveau chef de cabinet. Donald Trump, qui a vanté son "boulot spectaculaire" à la Sécurité intérieure, voit dans cet ex-chef militaire qui a combattu en Irak une "véritable étoile de (son) administration". Il en est convaincu, John Kelly va discipliner la Maison-Blanche, ce que n’a pas réussi à faire Reince Preibus.

Mais les tensions à la Maison-Blanche ne seraient-elles pas beaucoup plus profondes que quelques guerres de clan? Les échecs à répétition tentent à la démontrer. Donald Trump s’est retrouvé fragilisé lorsqu’il a dû essuyer un échec humiliant sur la réforme de la loi santé. Et malgré un Congrès à majorité républicaine, le Président n’a pas réussi à faire passer une seule grande réforme en six mois, incapable de gérer les dissensions au sein de son camp.

La presse américaine, estime, elle aussi, que le chaos à la Maison-Blanche est bien réel, et qu’il ne pourra pas se régler d’un simple coup de baguette magique. "Donald Trump aime le chaos, écrit Timothy L. O’Brien dans Bloomberg, journaliste et auteur de "La nation de Trump". Trump nous a encore prouvé, avec la valse de ses conseillers, qu’il dicte le ton, le rythme et le programme de son administration. Donc attache ta ceinture, Amérique, parce que le Président ne fait que commencer."

L’opinion publique n’est pas non plus convaincue par les justifications de l’équipe de Donald Trump. Selon un sondage Politico/Morning Consult publié lundi, 60% des électeurs estiment que la présidence est en plein chaos. "On est arrivé à un point où on se demande maintenant comment et quand cette présidence désastreuse va se terminer", écrit même la chroniqueuse en vue Ruth Marcus dans le Washington Post de ce week-end.

Les victimes de l'administration Trump

Si vous naviguez sur mobile, cliquez ici

Lire également

Publicité
Publicité
Publicité
Publicité

Contenu sponsorisé

Partner content