La politique étrangère de Trump? Le chaos comme principe organisateur de l’ordre mondial

La Chancelière allemande Angela Merkel s’adresse au Président américain Donald Trump pendant le sommet du G7 à La Malbaie, au Canada. Trump devait ensuite refuser d’entériner la déclaration finale. ©Photo News

La politique étrangère du Président Donald Trump a bousculé toutes les certitudes au niveau de la diplomatie internationale. Les États-Unis ont abandonné leur rôle traditionnel de leader.

La hantise de Trump, c’est que les États-Unis se fassent à nouveau rouler par leurs alliés. Il affiche une profonde méfiance envers les accords multilatéraux et déteste les institutions internationales. Cela a suffi à mettre sens dessus dessous l’ordre mondial et ce, en seulement quatre ans. 

"Je me suis présenté comme candidat à la présidence parce que je ne supportais plus de voir mon pays trahi par d’autres."
Donald Trump
Président américain

"Je me suis présenté comme candidat à la présidence parce que je ne supportais plus de voir mon pays trahi par d’autres. Je ne pouvais pas rester les bras croisés alors que je voyais les politiciens professionnels autoriser d’autres pays à abuser de notre commerce et violer nos frontières, notre politique étrangère et notre sécurité nationale", avait-il déclaré pendant sa campagne électorale de 2016. 

Relations transatlantiques

Parmi les premières victimes de la politique de Trump, on peut citer les relations transatlantiques. Le milliardaire les a remises en question, notamment en s’interrogeant sur l’utilité de l’Otan pour les États-Unis

Pour la plupart des Présidents américains, l’Union européenne est un concept difficile à comprendre, mais Trump ne l’aime décidément pas. Il a soutenu sans réserve le Brexit, ce qui était très révélateur. De plus, ses relations avec la Chancelière allemande Angela Merkel se sont fortement dégradées. Ces dernières années, l’Allemagne est devenue le mouton noir européen. Trump a non seulement menacé de droits de douane les importations de voitures allemandes, mais il a aussi décidé de retirer du pays 11.000 soldats américains. 

Pendant ce premier mandat de Trump, l’Europe a compris que son allié historique n’était plus un partenaire fiable. Si Trump est réélu, l’Europe ne pourra pas faire l’économie de la mise en place d’une politique de défense propre. 

Admiration de Poutine

Les relations que Trump entretient avec la Russie, et en particulier avec son Président Vladimir Poutine, ont toujours été très complexes. Trump n’a jamais caché son admiration pour Poutine en tant que leader. Les rencontres entre les deux hommes ont toujours été particulièrement chaleureuses. Mais le président américain a dû faire face à un Congrès unanime et Trump n’a pas réussi à bloquer les sanctions de son pays contre la Russie. 

Pour le Président, la Chine a toujours été le grand ennemi, déjà bien avant son élection. Dans ce dossier, il est soutenu par un Congrès unanime sur la nécessité d’imposer des sanctions sévères et des taxes d’importation élevées. La lutte contre la Chine est en réalité une bataille entre deux grandes puissances se disputant la domination mondiale. La guerre commerciale avec la Chine s’est transformée en bras de fer digital, avec l’interdiction pour les sociétés américaines d’utiliser la technologie chinoise. Une nouvelle Guerre froide est désormais déclarée. 

La sévérité des sanctions américaines a poussé les Iraniens à relancer leur programme d’enrichissement nucléaire.

L’Iran est également un autre "grand ennemi". En 2018, les Américains ont mis fin unilatéralement au traité nucléaire avec Téhéran. L’Europe et la Russie ont essayé de maintenir l’accord en vie, mais la sévérité des sanctions américaines a poussé les Iraniens à relancer leur programme d’enrichissement nucléaire. 

Par ailleurs, Trump a littéralement donné carte blanche à Israël pour la reprise de sa politique de colonisation. La solution à deux États pour Israël et la Palestine est plus éloignée que jamais. Le Moyen-Orient est entièrement divisé entre l’Iran et ses alliés comme la Syrie, et les sunnites, qui reconnaissent progressivement à Israël le droit d’exister. 

Bric-à-brac

L’image de la politique étrangère de Trump peut être comparée à un bric-à-brac. La constante est la dénonciation des traités internationaux: de l’accord sur le climat à de nombreux traités commerciaux, en passant par des accords militaires. L’explication est toujours la même: les traités pénalisent les États-Unis. Tous les traités négociés par le prédécesseur de Trump, Barack Obama, sont mauvais par définition, et le démocrate aurait dû dénoncer les autres avant même que Trump n’arrive au pouvoir.  

Les attaques incessantes contre les institutions internationales sont tout aussi constantes. L’OMC (Organisation mondiale du commerce) est ignorée et sabotée, tandis que le robinet de financement de l’OMS (Organisation mondiale de la santé) s’est refermé en pleine crise du coronavirus. 

Malgré tout, dans sa politique étrangère, Trump n’est pas totalement un électron libre. Certaines tendances étaient déjà bien présentes, ne fût-ce qu’en filigrane. Même Obama était fatigué de l’interventionnisme américain. Ce qui explique sa réserve en Syrie et en Libye. 

Héritage

En outre, Trump aura eu de nombreux conseillers qui étaient militaires ou néoconservateurs. La position dure des États-Unis contre la Russie, la Chine et l’Iran s’inscrit totalement dans leur script. Et vu le soutien politique de cette stratégie en dehors du parti républicain, le changement est loin d’être acquis si le mandat présidentiel de Trump n’est pas reconduit. 

Si Joe Biden remporte l’élection, l’Europe peut espérer une certaine clémence, mais les mauvaises relations américaines avec le reste du monde ne pourront pas être reconstruites de sitôt. La mondialisation a reculé sous Trump et la crise du coronavirus lui a donné le coup de grâce. Les États-Unis refusent aujourd’hui de jouer le rôle de leader. Même les liens de collaboration informelle comme le G7 vacillent. Et la collaboration multilatérale est profondément enterrée dans le cimetière géopolitique. C'est l’héritage de Trump. 

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