Le coup de poker politique de Trump

©AFP

Donald Trump a annoncé le renvoi du patron de la police fédérale (FBI), James Comey. Certains qualifient cet événement de "nixonien", une allusion à un épisode du scandale du Watergate.

Officiellement, le président américain Donald Trump a limogé James Comey, qui "ne faisait pas du bon travail", "pour rétablir la confiance du public" envers le FBI. Et pour justifier cette décision, il s’est appuyé sur une note très sévère rédigée par le ministre de la Justice adjoint, Rod Rosenstein.

Dans ce compte rendu, Rod Rosenstein accuse le patron du FBI d’avoir mal géré l’enquête sur les e-mails d’Hillary Clinton. Dans cette affaire, l’ancienne secrétaire d’État est accusée d’avoir envoyé des messages via un serveur privé quand elle était à la tête de la diplomatie américaine.

Donald Trump et James Comey ©Photo News

Le 5 juillet 2016, James Comey avait alors tenu une conférence de presse – un mode de communication jugé inapproprié – pour indiquer que Mme Clinton avait agi avec "une extrême négligence", mais que les faits étaient insuffisants pour justifier des poursuites criminelles. Pour Rod Rosenstein, le patron du FBI a outrepassé ses fonctions ce jour-là, car la décision de lancer ou non des poursuites revenait au ministre de la Justice de l’époque, Loretta Lynch.

Le 28 octobre, il aurait également enfreint les règles de confidentialité, en écrivant au Congrès, pour faire savoir qu’il avait rouvert l’enquête contre la candidate démocrate.

Toujours concernant cette affaire, et même si cette déposition ne figure pas dans la note de Rod Rosenstein, le FBI avait informé le Congrès, mardi, d’erreurs dans le témoignage livré par James Comey la semaine dernière. Le patron du FBI avait alors évoqué la découverte de "centaines de milliers" de courriers électroniques sur l’ordinateur privé d’une très proche conseillère de Mme Clinton, un nombre largement supérieur à la réalité.

Événement "nixonien"?

Mais le moment choisi par la Maison-Blanche pour ce renvoi n’a pas convaincu, et a suscité de nombreuses interrogations. Car ce limogeage intervient alors que James Comey supervisait une autre enquête, celle sur les possibles liens entre l’administration Trump et les hackers russes, soupçonnés d’avoir piraté les comptes e-mails de responsables démocrates. Et selon la presse américaine, quelques jours avant son renvoi, James Comey avait demandé, lors d’une réunion avec Rod Rosenstein, plus de moyens financiers et humains pour conduire l’investigation sur l’ingérence russe dans la présidentielle.

"M. le Président, avec tout le respect que je vous dois, vous faites une grave erreur", a déclaré le chef de file de l’opposition démocrate du Sénat, Chuck Schumer, avant de soulever plusieurs questions: "Si l’administration Trump avait des objections sur la façon dont James Comey a géré l’enquête sur Clinton, ils avaient déjà ces doutes quand le président a pris ses fonctions, alors pourquoi avoir attendu maintenant pour le virer? L’enquête sur les liens avec la Russie s’est-elle trop rapprochée du président?"

Certains évoquent même une tentative de diversion, comme le sénateur démocrate Patrick Leahy, qui qualifie cet événement de "nixonien", une allusion à un épisode du scandale du Watergate, en octobre 1973, où le président Richard Nixon avait écarté des responsables de l’enquête en cours.

Plus gênant pour le président, le malaise s’est également répandu chez les républicains: les sénateurs Richard Burr et John McCain se sont respectivement dit "troublé" et "déçu" par ce limogeage.  Désormais, les demandes pour la nomination d’un procureur indépendant afin de poursuivre l’enquête sur les liens éventuels entre l’administration Trump et le Kremlin, seront de plus en plus pressantes.

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