analyse

Le parti républicain au bord du schisme

Mike Pence se voit déjà en dauphin de Donald Trump en vue du scrutin de 2024. ©AFP

Comment le parti républicain va-t-il se remettre du coup de force opéré par les partisans de Trump sur le Capitole ? Plusieurs ténors du parti se positionnent pour récupérer l’électorat de Trump au cas où il ne se représenterait pas en 2024.

Que va devenir le parti républicain ? C’est la question que tout le monde se pose après l’invasion du Capitole, mercredi, par les partisans de Donald Trump. Les démissions en cascade, dont celles de deux ministres (Elaine Chao et Betsy DeVos), peuvent faire penser que les rats quittent le navire. Mais certains représentants républicains continuent de contester le résultat de l’élection.

"C’est le chaos total au sein du parti, ils sont occupés à s’entretuer. Nous allons assister à un jeu de revanche entre egos qui ne sera pas très beau à voir", prédit Tanguy Struye, professeur de relations internationales à l’UCLouvain et spécialiste des États-Unis.

"C’est le chaos total au sein du parti, ils sont occupés à s’entretuer."
Tanguy Struye
Professeur de relations internationales à l'UCLouvain

Le risque de schisme au sein du parti républicain est réel, confirme l’historienne et politologue française Nicole Bacharan. "Les événements de mercredi au Capitole illustrent une fracture qui se dessinait depuis plusieurs années déjà, avec des électeurs conservateurs traditionnels bousculés par des gens qui ont viré complètement à l’extrême droite. Ce qui s’est passé est peut-être la goutte d’eau qui a fait déborder le vase."

L’attitude de Mike Pence symbolise à elle seule le schisme qui menace le parti républicain. Lorsque le vice-président a certifié la victoire de Joe Biden, Trump ne s’est pas privé de le tancer pour ne pas avoir "eu le courage" de refuser de le faire. "Je connais Mike Pence depuis toujours", témoignait le sénateur républicain Jim Inhofe mercredi. "Jamais je ne l’ai vu aussi en colère qu’aujourd’hui. J’ai eu une longue conversation avec lui. Il soupirait : après tout ce que j’ai fait pour lui [Trump]."

"Ce qui s’est passé est peut-être la goutte d’eau qui a fait déborder le vase."
Nicole Bacharan
Historienne et politologue

Progressiste et anti-esclavagiste

Comment le parti républicain a-t-il pu en arriver là ? Un petit retour en arrière s’impose pour mieux comprendre. Surnommé le GOP pour "Grand old party", le parti républicain n’est pas le parti le plus ancien des États-Unis. Alors que la création du parti démocrate remonte à l’indépendance américaine, le parti républicain a été fondé lors de la guerre de sécession sur les cendres du parti whig en perte de vitesse.

Associés au libéralisme classique et à l’industrialisation, les républicains faisaient figure de progressistes face aux démocrates qui défendaient les intérêts des propriétaires terriens des États du sud. L’anti-esclavagiste Abraham Lincoln a été le premier président républicain (1861-1865).

Un premier changement de cap est intervenu en 1912 après que Theodore Roosevelt a quitté le parti pour adopter une ligne progressiste, laissant les conservateurs entre eux. Mais la grande mue du parti républicain est intervenue avec la révolution conservatrice de Ronald Reagan. Sans pour autant porter atteinte à l’image de respectabilité du parti. "Entre 1989 et 2012, c’était du conservatisme classique, selon les standards américains du moins, et qui n’impactait pas les relations internationales", note Tanguy Struye.

La transformation du parti s’est accélérée sous l’ère Bush avec l’émergence du Tea Party au sein du parti républicain. Le Tea Party était incarné par la gouverneure de l’Alaska, Sarah Palin, qui militait pour une droite très conservatrice mais sans tomber dans l’extrême droite.

Avec Donald Trump, les choses ont pris une tournure autrement plus radicale, avec les fake news et le complotisme, conférant d’un seul coup à George W. Bush l’image d’un président calme et pondéré.

Un parti phagocyté

En attendant, l’électeur conservateur traditionnel ne sait plus à quel saint se vouer. "Trump a écrasé toutes les voix discordantes avec sa brutalité et ses propos injurieux. Il a phagocyté le parti, qu’il a transformé en une machine quasi-mafieuse", explique l'historienne et politologue Nicole Bacharan.

"Trump a phagocyté le parti, qu’il a transformé en une machine quasi-mafieuse."
Nicole Bacharan
Historienne et politologue

Au début du mandat de Trump, l’opposition interne était portée par le sénateur et vétéran de la guerre du Vietnam John McCain, avant qu’il ne soit emporté par une longue maladie en 2018.

Ce qu’il reste aujourd’hui de l’aile centriste du parti républicain est incarné principalement par Mitt Romney et Ben Sassey au Sénat et par Adam Kinzinger à la Chambre. Ce dernier est le premier républicain à avoir demandé, jeudi, la destitution de Trump sur base du 25e amendement. "Il représente un courant devenu très minoritaire au sein du parti, sorte de résidu des républicains que nous avons connus du temps de la guerre froide, c’est-à-dire conservateurs mais ne remettant pas en cause les engagements internationaux des États-Unis", explique Tanguy Struye.

Au Congrès, le Projet Lincoln regroupe un certain nombre d’élus républicains opposés à Donald Trump. "La plupart sont des anciens de l’administration Bush. Ils sont très minoritaires mais ils ont eu un impact considérable. Avec peu de moyens, ils ont réalisé une campagne étonnamment efficace contre Trump, avec notamment des petits spots sur Twitter", relève Struye.

Qui est le chef?

Qui doit-on alors considérer comme l’actuel capitaine du navire républicain ? A priori, on pense à Mitch McConnell, le chef des républicains au Sénat, qui a déclaré vendredi qu’il n’adresserait plus la parole à Donald Trump après le coup de force de mercredi. "Il dirige son groupe avec une poigne de fer, mais cela n’a pas empêché certains, comme Ted Cruz par exemple, de lui désobéir de manière flagrante", observe Nicole Bacharan.

Quelles que soient ses ambitions futures, Mitch McConnell trouvera sur sa route en premier lieu le vice-président Mike Pence, qui s’est affranchi in extremis de Donald Trump. "Il a des ambitions personnelles pour 2024, sauf si Trump se représente bien sûr, car l’électeur préfère toujours l’original à la copie", indique Tanguy Struye.

"Mike Pence a des ambitions personnelles pour 2024."
Tanguy Struye
Professeur de relations internationales à l'UCLouvain

Nicole Bacharan épingle, pour sa part, la déclaration un peu bizarre de Mike Pence lors de la séance de certification mercredi lorsqu’il s’est dit contraint par la Constitution de proclamer les résultats du vote. "Il se voit comme le dauphin de Trump et cherche manifestement à ménager les deux camps au sein du parti. Mais sur le fond, c’est un croyant extrémiste et je ne vois pas comment il pourrait représenter les républicains modérés."

Quid de Mitt Romney? Le candidat malheureux de l’élection présidentielle de 2012 fait partie de l’ancienne génération conservatrice modérée. Nicole Bacharan pointe néanmoins le côté ambigu du personnage. "Aujourd’hui, il se déclare anti-Trump mais en 2017, il mendiait un poste à la Maison-Blanche. Personne ne lui fait confiance."

Mike Pompeo et Ted Cruz sont deux autres poids lourds du parti. Ils doivent leur ascension au Tea Party. Tous deux se positionnent pour 2024 et lorgnent l’héritage de Trump au cas où celui-ci ne se représenterait pas. Tout l’art consiste à se distancier de Donald Trump sans s’aliéner son électorat. "Ils entendent en effet récupérer cette base populiste traditionnellement prompte à se mobiliser pour les primaires", souligne Tanguy Struye. Or les primaires seront le premier obstacle à franchir sur la route qui mène aux présidentielles de 2024.

Un troisième parti?

Si la vague populiste devait l’emporter au sein du parti républicain, il y aurait alors une place sur l’échiquier politique pour un parti conservateur classique, sachant que beaucoup d’électeurs conservateurs ne se reconnaissent pas dans le trumpisme.

Seul hic: fonder un parti n’est pas chose aisée aux États-Unis. Tanguy Struye : "Il faut recommencer tout à zéro, bâtir des structures et des réseaux dans chacun des cinquante États. Cela demande une logistique colossale face aux machines de guerre que sont les partis démocrate et républicain."

"Josh Hawley, avec son discours qui confine à l’extrême droite, est sans doute la personnalité la plus dangereuse du parti républicain."
Tanguy Struye
Professeur de relations internationales à l'UC Louvain

"Le système américain est ainsi fait qu'on en revient toujours à deux partis", confirme Nicole Bacharan.

En tout état de cause, le trumpisme va rester, estime Tanguy Struye. "Même si Donald Trump ne se représente pas, beaucoup de candidats se tourneront vers cette base électorale. Les sénateurs Ted Cruz et Josh Hawley s’y appliquent déjà lorsqu’ils insinuent que l’invasion du Capitole était noyautée par des antifascistes. Josh Hawley, avec son discours qui confine à l’extrême droite, est sans doute la personnalité la plus dangereuse du parti républicain. Et Ted Cruz commence déjà à s’aligner sur lui..."

Trump n'assistera pas à la cérémonie d'investiture de Biden

Le président américain Donald Trump a annoncé vendredi, d'un tweet laconique, qu'il n'assisterait pas à la cérémonie d'investiture de son successeur démocrate Joe Biden. "À tous ceux qui ont demandé, je n'assisterai pas à la cérémonie d'investiture le 20 janvier", a-t-il écrit. Donald Trump deviendra ainsi le premier président à refuser d'assister à la prestation de serment de son successeur depuis Andrew Johnson en 1869. Cette cérémonie se déroule traditionnellement sur les marches du Capitole, devant les pelouses du National Mall.

Signe qu’il est temps que le mandat de Donald Trump se termine, la cheffe des démocrates au Congrès américain Nancy Pelosi a déclaré vendredi s'être entretenue avec l'armée américaine pour s'assurer que Donald Trump, un "président déséquilibré", ne puisse pas utiliser les codes nucléaires. Elle a aussi promis que le Congrès agirait si Donald Trump ne quittait pas "de façon imminente et volontairement" la Maison- Blanche, sans préciser la nature de cette action.

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