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Le pire scénario pour la démocratie américaine

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Il a flotté, à la Maison-Blanche, comme un parfum de tentative de "coup d’État".

A l’heure d’écrire ces lignes, ayons l’humilité et la patience d’arriver à la seule conclusion qui s’impose: on ne sait pas qui, de Joe Biden ou de Donald Trump, a remporté l’élection présidentielle américaine. Dans une démocratie, seules les voix comptent. Toutes les voix. Rien que les voix. Il est donc urgent d’attendre le dépouillement de l’ensemble des suffrages exprimés pour pouvoir se prononcer.

En demandant d’arrêter le décompte avant même qu’il soit terminé, en annonçant déjà un recours à la Cour suprême, en parlant de "fraude" sans fournir de preuves, en revendiquant la victoire, en évoquant une élection "volée", Donald Trump s’est comporté de manière totalement irresponsable, indigne et irrespectueuse de l'état de droit. C'est grave. C'est une attaque inouïe et injustifiée contre la probité d'un scrutin.

Depuis quatre ans, en adoptant le mensonge comme mode de communication, le milliardaire républicain a asséné des coups réguliers aux institutions.

Il a flotté, à la Maison-Blanche, comme un parfum de tentative de "coup d’État". Donald Trump a miné la démocratie américaine puisque des millions d’Américains considéreront que l’élection n’a pas été légitime, quelle qu’en soit l’issue. Ce n’est pas une grande surprise : depuis quatre ans, en adoptant le mensonge comme mode de communication, le milliardaire républicain a asséné des coups réguliers aux institutions. Et cela augure d’un deuxième mandat dramatique s’il venait finalement à rempiler.

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De cette élection, on peut néanmoins déjà tirer quelques conclusions. Tout d’abord, alors que la participation a atteint un record, la "vague démocrate" pressentie dans les sondages ne s’est pas vérifiée. Visiblement, la gestion catastrophique de l’épidémie de coronavirus par Donald Trump n’a pas été sanctionnée. Les électeurs ont préféré lui faire confiance et le créditer pour les performances de l’économie américaine.

L’Europe s’est réfugiée derrière le leadership confortable incarné par l’Oncle Sam, elle doit aujourd'hui, plus que jamais, compter sur elle-même.

Donald Trump a prouvé qu’il dispose d’une base électorale très solide, conservatrice, ultra droitière, populiste, isolationniste, et cela envoie un signal inquiétant sur l’état de santé démocratique des États-Unis. De ce côté-ci de l’Atlantique, en Europe, il faudra en tirer la leçon. Souvent, par le passé, l’Europe s’est réfugiée derrière le leadership confortable incarné par l’Oncle Sam, sur les plans militaire, diplomatique et économique. Trump a balayé ses certitudes pendant quatre ans. Mais beaucoup espéraient qu’il ne s’agirait que d’une parenthèse, un "accident de l’histoire". Ce n’est pas le cas. L’Europe doit plus que jamais compter sur elle-même et doit avancer, par exemple, dans son agenda d’autonomie stratégique.

Ensuite, cette élection d’ores et déjà contestée est le pire scénario par l’incertitude qu’il induit. La bataille risque de durer pendant des semaines devant les tribunaux. Cette perspective donnait des sueurs froides aux marchés financiers. Elle se vérifie. Ce scrutin implique aussi que la profonde déchirure d’un pays divisé entre deux camps irréconciliables va perdurer.

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