Le Sénat, barrière ou boulevard pour le futur président américain

La bataille pour le contrôle du Congrès est aussi cruciale pour le futur président des États-Unis que serrée. ©AFP

Gagner la Maison-Blanche n’est pas tout, il s’agit aussi pour le parti du président de conquérir le Congrès pour avoir les coudées franches. Tous les regards se tournent vers le Sénat.

La médiatisation du duel Trump-Biden a un effet déformant sur la perception des enjeux du scrutin du 3 novembre: savoir à qui vont aller les clés du Congrès américain est aussi important que voir qui remporte la Maison-Blanche.

"Avec un Congrès divisé, nous n’attendons que des différences modestes dans la politique menée et les perspectives économiques, quel que soit le président", indiquait fin octobre l’agence d’analyse financière Moody’s. Car l’action d’un président américain peut être lourdement freinée si son parti est minoritaire dans une  - voire deux - des chambres du Congrès.

"Avec un Congrès divisé, nous n’attendons que des différences modestes dans la politique menée et les perspectives économiques, quel que soit le président."
Moody's

Or la victoire d’un candidat à la présidentielle est loin de garantir une issue favorable pour son camp dans les batailles que se livrent en parallèle les députés et sénateurs. Ni a fortiori dans la myriade d'autres scrutins qui se tiennent en même temps - les Américains élisent 11 des 50 gouverneurs d’États, des maires et conseillers communaux, des procureurs et shérifs, des juges… Sans parler des référendums locaux qui se tiennent également ce mardi.

"En Belgique, on appellerait ça la mère de toutes les élections. Il faudra attentivement regarder les résultats des élections des gouverneurs et des parlements de chaque État: les États-Unis sont un pays fédéral, les États ont beaucoup de compétences, et une influence sur la politique au niveau national", souligne Régis Dandoy, politologue à l'Université libre de Bruxelles (ULB).

La Chambre, vote populaire

Au niveau national, les sondages donnent un avantage marqué à Joe Biden. Si leur candidat remporte la présidentielle, les démocrates sont en principe assurés de conserver le contrôle de la Chambre des représentants, observe Régis Dandoy. L’ensemble des 435 sièges sont remis en jeu, si une majorité d’électeurs choisissent Biden, on peut mécaniquement s'attendre à ce qu’une majorité d’électeurs soutiennent les démocrates à la Chambre.

47
sénateurs
Les démocrates sont pour l’heure minoritaires au Sénat, avec 47 élus, en comptant deux indépendants.

Pour Donald Trump et les républicains, c’est moins évident. "En 2016, c’est Hillary Clinton qui avait remporté le vote populaire, mais Donald Trump l’a emporté via les grands électeurs, rappelle le politologue. Si Trump l’emportait encore cette fois, ce serait probablement à nouveau grâce aux grands électeurs. Les sondages sont clairs et concordants: il est probable qu’il perde le vote populaire."

Il tirerait donc parti du système de scrutin présidentiel indirect, mais son parti perdrait le scrutin direct de la Chambre, où les sièges sont répartis entre les États en fonction de leur population.

Dans un mouchoir de poche

C’est une tout autre histoire pour le Sénat, qui compte deux élus par État. "Au Sénat, les petits États sont surreprésentés, or l’électorat de Donald Trump provient principalement des petits États plus ruraux", rappelle Régis Dandoy. Surtout, la chambre haute du Congrès ne se renouvelle que d’un tiers par scrutin. Mardi, 35 sièges des 100 sièges sont en jeu (33 plus deux vacants).

"Ça va se jouer à quelques milliers de voix, qui auront un impact considérable.»
Régis Dandoy
Politologue, ULB

Les démocrates sont pour l’heure minoritaires, avec 47 sénateurs, en comptant deux indépendants. Pour contrôler le Sénat, ils devraient donc conserver tous leurs sièges en jeu et en gagner quatre de plus. S'ils remportent la présidentielle, la vice-présidente Kamala Harris en deviendra la présidente et pourra prendre part au vote pour départager d'éventuels 50/50. "Si on regarde la démographie électorale, les démocrates doivent donc gagner quasiment tous les duels dans lesquels  il y a possibilité de changement", souligne Régis Dandoy.

La brèche pour les démocrates se résume en une poignée d’États clés: l’Arizona, le Maine, la Caroline du Sud, l’Iowa. "Et encore faut-il que les démocrates parviennent à conserver l’Alabama, alors que les sondages indiquent qu’ils perdraient cet État. Ça va se jouer à quelques milliers de voix, qui auront un impact considérable."

Un Sénat contre l’administration présidentielle peut potentiellement bloquer le processus législatif, puisque toute législation classique doit passer par les deux chambres. Mais il peut également bloquer les nominations de ministres ou de juges à la Cour suprême.

Duels au Sénat

Alabama
Le démocrate Doug Jones doit-il son siège dans un État traditionnellement républicain comme l'Alabama à un coup de chance? Il est défié par le républicain Tommy Tuberville, populaire ex-coach de l'équipe de football américain de l'Auburn University.

Arizona
La républicaine Martha McSally, alliée de Donald Trump, joue son va-tout face à Mark Kelly, ancien astronaute, mari de Gabrielle Giffords, parlementaire et militante du contrôle des armes à feu, blessée par balle en 2011.

Iowa
La sénatrice républicaine Joni Ernst fait face à la démocrate Theresa Greenfield - femme d'affaires nouvelle venue en politique. Alors que le président républicain a gagné cet État avec 10 points d'avance en 2016, cette course au coude-à-coude est une des surprises du scrutin.

Maine
Sénatrice depuis 1997, la républicaine Susan Collins va-t-elle pouvoir rempiler? Centriste dans le camp républicain - elle a voté contre la confirmation d'Amy Coney Barrett à la Cour Suprême. Elle fait face à Sara Gideon, présidente du parlement de l'État du Maine. 

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