Les conflits d'intérêt de Donald Trump

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Pendant 40 ans, les présidents américains se sont séparés des avoirs privés qui pouvaient leur poser des problèmes d’ordre éthique. Le président élu Trump, lui, a décidé de ne rien céder de son empire.

Selon les estimations parues dans la presse américaine sur base des quelques informations dévoilées par Donald Trump, la Trump Organization (une société à responsabilité limitée qui n’est donc pas soumise aux mêmes obligations de transparence que les entreprises cotées en bourse) pèserait 3,7 milliards de dollars et serait active dans une petite vingtaine de pays. Aucun président américain n’a jamais dirigé un tel empire économique. La question était donc de savoir comment le président élu allait régler la question des potentiels conflits d’intérêts qui pourraient se poser une fois qu’il arrivera à la Maison-Blanche (le 20 janvier). Plusieurs experts estiment que Trump n’avait d’autre choix que de transférer sa fortune dans un "blind trust", une entité financière qui gérerait ses avoirs de façon totalement indépendante. C’est ce que tous les présidents et vice-présidents américains ont fait depuis l’époque de Jimmy Carter, même s’ils n’étaient légalement pas obligés de le faire (contrairement aux membres de leur administration). Sauf que Trump, lui, a décidé d’innover…

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Ce que Trump a concédé

Il a annoncé mercredi qu’il se retirait de la Trump Organization et qu’il en confiait la gestion à ses deux fils, Donald Jr et Eric. Ses avoirs seront transférés dans un trust qui sera géré par Allen Weisselberg… le CFO de la Trump Organization. Plus question pour le holding de passer des contrats dans d’autres pays tant qu’il sera président, a également expliqué Trump. La société pourra cependant continuer à se développer aux états-Unis où ses activités seront contrôlées en interne par un "conseiller éthique". Quant au Trump International Hotel Washington qu’il a récemment inauguré à deux pas de la Maison-Blanche, tous les profits qu’il réaliserait sur le séjour de chefs d’État étrangers seront reversés au Trésor américain (une promesse dont on ne sait pas si elle s’étend à ses autres hôtels). Pour prouver sa bonne foi, le milliardaire a même affirmé avoir mis fin à 30 négociations commerciales et refusé un projet de 2 milliards de dollars à Dubaï depuis qu’il a été élu en novembre dernier. Mais exit, donc, la solution du "blind trust".

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Des doutes raisonnables

Trump ne viole aucune loi pour ce qui est de la gestion de ses avoirs. Il y a un doute en ce qui concerne une clause prévue dans la Constitution américaine et stipulant que les membres de l’administration américaine ne peuvent recevoir d’émoluments ou autres cadeaux de gouvernements étrangers sans l’accord du Congrès. Mais cette clause, qui pourrait être évoquée si un officiel d’un État étranger séjournait dans un hôtel Trump, reste vague et n’a même jamais fait l’objet d’une quelconque jurisprudence.

Ce qui est certain, c’est qu’en se limitant à confier les rennes de son empire à ses fils et ses avoirs à un proche, Trump s’expose à des accusations de conflit d’intérêt. Comment totalement exclure, en effet, que les décisions qu’il prendra en matière de régulations financières ou environnementales ne viseront pas à favoriser ses affaires? Comment éviter que certains gouvernements étrangers tentent de l’influencer à travers les activités de son groupe dans leur pays? Arguer de sa bonne foi ne suffira pas à écarter les suspicions. Walter Shaub, le directeur du Bureau de l’éthique gouvernementale, est d’ailleurs sorti de son habituelle discrétion pour dire que les mesures annoncées par Trump étaient insuffisantes. "Il doit céder ses parts. Rien d’autre ne permettra de résoudre ces conflits", a-t-il affirmé, avant d’être accusé de subjectivité, lui qui avait été nommé par le président Obama. Reste que ce ne sont pas les vagues justifications avancées par l’avocate de Trump, Sheri Dillon, – gérer ses avoirs dans un blind trust ne serait, selon elle, simplement pas possible…– qui vont balayer le malaise suscité par la décision de Trump.

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