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Les dernières cartes que Trump peut encore abattre

Les pouvoirs de Donald Trump seront réduits jusqu'à l'investiture de Joe Biden ("lame duck period"). Mais le président sortant peut encore réserver des surprises. ©Photo News

Joe Biden est élu 46ème président des États-Unis, mais Donald Trump pourrait perturber la transition du pouvoir. Recours judiciaires, législations de dernière minute, rébellions de partisans... Tout est possible.

La victoire de Joe Biden à la présidentielle Américaine s'est confirmée ce samedi, mais il reste deux mois et demi à Donald Trump pour préparer son départ. Le président sortant a laissé entendre à plusieurs reprises qu'il pourrait ne pas céder le pouvoir pacifiquement. Du jamais vu dans l'histoire des États-Unis. Provocation ou intention réelle? Donald Trump dispose en tout cas de plusieurs voies pour y parvenir.

Les recours en justice

Le candidat républicain multiplie depuis mardi les menaces de recours auprès des juridictions des États et de la Cour suprême.

Ces recours pourraient gripper le processus de désignation. Mais la probabilité que cette stratégie dilatoire arrive à ses fins reste mince, car la machine électorale américaine, rodée depuis plus de deux cents ans, tourne sans faille depuis le début de cette élection. Dans l'histoire, peu de recours ont été suivis par les juridictions américaines.

La "lame duck period"

Donald Trump pourrait utiliser son pouvoir présidentiel avant le 20 janvier, date de l'investiture. Ses pouvoirs seront cependant réduits et il sera tenu de collaborer avec le prochain président. Il devient, durant cette période, un "lame duck" (canard boiteux), un élu toujours en poste alors que son successeur prépare son entrée en fonction.

La tentation pourrait être grande de prendre des décisions de dernière minute dont il ne sera pas tenu de rendre compte.

Malgré tout, la tentation pourrait être grande de prendre des décisions de dernière minute dont il ne sera pas tenu de rendre compte. De telles décisions, appelées "midnight regulations" (réglementations de minuit), ont déjà été prises par le passé. L'une des plus impopulaires fut celle du président Buchanan, qui, en 1860, avant l'arrivée au pouvoir d'Abraham Lincoln, décréta qu'il était impossible pour le gouvernement américain de faire la guerre à des sécessionnistes. Quelques mois plus tard, la guerre de Sécession éclatait.

Certains experts craignent que Donald Trump mette à profit cette période pour prendre plusieurs décisions pour protéger ses proches ou lui-même de poursuites judiciaires. Il pourrait ainsi gracier Michael Flynn, son ancien conseiller à la sécurité nationale, plongé dans une saga judiciaire. On cite aussi les noms de Paul Manafort, Steve Bannon ou Julian Assange. Il pourrait se gracier lui-même, en démissionnant et en laissant à son vice-président le soin de prendre cette décision.

Trump pourrait aussi attaquer une dernière fois ses ennemis ou conclure des accords avec des dirigeants étrangers pour s'assurer certaines faveurs.

Le Congrès devrait exercer une surveillance accrue pour éviter cette situation. Selon certaines sources, un terrain d'entente sur la question pourrait même être trouvé entre les démocrates et les républicains, ces derniers soutenant de moins en moins Trump.

Les risques de dérapage

Le président sortant bénéficie toujours d'une tribune pour continuer à mobiliser ses partisans. Des actions musclées ont déjà débuté, dès la fin des votes.

Le républicain a également demandé à ses partisans d'extrême droite de se tenir prêts.

Mercredi soir, environ 200 partisans de Trump, certains armés de fusils et d'armes de poing, se sont rassemblés devant un bureau électoral à Phoenix, en Arizona. Des rumeurs non fondées selon lesquelles les votes n'étaient pas comptés circulaient dans la région. À Detroit, une trentaine de personnes ont été empêchées par les autorités d'entrer dans un bureau de dépouillement. Elles affirmaient que le comptage était "frauduleux".

Le camp Trump dispose d'un site internet au nom évocateur, "Army for Trump". On y propose au militant de "devenir un activiste sur les réseaux sociaux", de "frapper aux portes". Le républicain a également demandé à ses partisans d'extrême droite de se tenir prêts.

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