portrait

Paul Manafort, le "spin doctor" au pedigree sulfureux de Donald Trump

À l’approche de la victoire, Donald Trump avait décidé de muscler sa campagne. Après avoir conseillé Ford, Reagan, les Bush père et fils, Romney, Paul Manafort tiendra désormais les gants du turbulent candidat républicain, et le préparera pour le round final.

Pour sécuriser le soutien des 1.237 délégués, qui lui ont permis d’être investi à la Convention du parti à Cleveland, Donald Trump a engagé fin mars Paul Manafort pour parer à sa stratégie de conquête des délégués et de la minorité anti-Trump.

Difficile de ne pas croiser le regard guetteur de Paul Manafort à Cleveland depuis une semaine. Au milieu des délégués, sur les plateaux télé pour apaiser toute polémique naissante, en salle de presse pour remettre les journalistes à leur place, Paul Manafort est partout. En quelques jours, le "doreur d’image", qui se targuait d’être un novice en politique, a pris d’une main de fer le contrôle de la campagne de Donald Trump. Costume impeccable, Paul Manafort n’hésite pas à mouiller sa chemise pour nuancer les positions radicales de son candidat.

Le profil
  • Né en avril 1949 à New Britain, dans le Connecticut n Diplôme au Centre de droit de Georgetown en 1974. Il est le petit-fils de James Manafort, d’origine italienne, qui a immigré aux Etats-Unis en 1919
  • Après la victoire de Ronald Reagan, Paul Manafort a bâti, en 1982, une entreprise de lobbying politique installée à Washington
  • A conseillé l’ancien président ukrainien Viktor Ianoukovitch, ainsi que Lynden Pindling, ancien Premier ministre des Bahamas, accusé d’avoir des liens avec des trafiquants de drogue.

À 67 ans, le lobbyiste est crédité d’avoir farouchement protégé les intérêts de Gerald Ford, qui deviendra candidat du parti lors de la convention républicaine, contestée, de 1976. Il n’a perdu aucun des délégués de Ford. Depuis, celui qu’on appelait "le combattant à mains nues", a été entraîné dans plus d’une convention d’investiture à l’élection présidentielle.

Né dans le Connecticut, il choisira Washington pour les affaires. Ses amis racontent qu’il n’a jamais vraiment vécu longtemps dans la région. Il réside le plus souvent dans la Trump Tower à Manhattan, où il possède un appartement. Il partagera alors son temps entre la Floride, New York et Alexandria en Virginie. Trump et lui se croiseront dans les halls et les ascenseurs au fil des années.

Ce vieux routier de la politique, à la coiffure plaquée en arrière et aux tempes à peine grisonnantes, travaillait déjà au service du magnat de l’immobilier depuis les années 1980. Il a conseillé Trump Entreprises au niveau fédéral et dans les États de New York et de la Floride sur les questions fiscales, rapporte le Washington Post.

"Le lobbyiste des tortionnaires"

Avant de faire partie de la garde rapprochée du milliardaire, Paul Manafort a mené plusieurs carrières en parallèle. Il cumulera les contrats pour des politiques, des grands groupes industriels, en passant par les dictateurs. Son cabinet de lobbying Black, Manafort, Stone & Kelly, fondé en 1982, a vendu ses prestations à Mobutu, l’ex-roi du Zaïre qui avait imposé une dictature redoutable pendant plus de trente ans.

Les opposants de Donald Trump n’ont pas manqué de chasser le compte Twitter de @PaulManafort ouvert récemment. Il suivait le club échangiste Decadence à New York. Le lobbyiste le plus prisé de Washington a aussitôt décapé son profil avant d’entamer une sélection plus rigoureuse des comptes qu’il suivait: à la corbeille le club Decadence, mais aussi Taylor Swift et Lady Gaga.

Le dirigeant philippin Ferdinand Marcos ou encore le dirigeant maoïste angolais Jonas Savimbi avaient, à leur tour, bénéficié de son assistance, avec l’appui de l’administration Reagan notamment. Son tableau de chasse est si long que le cabinet était surnommé "Le lobby des tortionnaires" par une association de journalistes d’investigation.

Ses liaisons dangereuses

Pour conseiller des gouvernements étrangers, Paul Manafort parcourt le monde. Il a effectué des sondages au profit d’Edouard Balladur lors de sa campagne présidentielle de 1995. En 2012, son nom apparaît dans l’enquête du juge Van Ruymbeke concernant des rétrocommissions versées en marge de contrats d’armement dans l’affaire Karachi. En 1989, il est auditionné par la Chambre des représentants dans une affaire immobilière pour laquelle il a usé de son influence afin de décrocher un contrat de 43 millions de dollars. En 2008, la campagne de John McCain envisageait de recourir à ses services et finira par se raviser, en raison de ces casseroles.

En première ligne après la controverse sur le discours de Melania Trump, le sulfureux conseiller de l’ombre n’hésite pas à se montrer agressif. Il ira jusqu’à accuser Hillary Clinton d’être à l’origine de l’affaire du plagiat. Avant qu’une employée de sa propre équipe ne se dénonce.

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