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Pourquoi les républicains sont loyaux envers Donald Trump

Le patron des républicains au Sénat, l'influent Mitch McConnell, reste fidèle à Donald Trump en public et n'a pas félicité Joe Biden avec qui il a pourtant une bonne relation personnelle. ©Photo News

Même si certains républicains commencent à montrer leur agacement, la plupart d’entre eux restent silencieux, voire encouragent le Président à ne pas admettre sa défaite. En restant loyaux, ils espèrent continuer à profiter de la base électorale de Donald Trump.

Jusqu’à quand tiendront-ils? La plupart des républicains continuent à faire bloc derrière Donald Trump pour contester les résultats de la présidentielle américaine. Certes, quelques signes laissent entrevoir la fin de cette dispute, alors que les grands électeurs doivent se réunir et voter le 14 décembre.

Premières fissures

Ces derniers jours, de plus en plus de sénateurs républicains, comme Lindsey Graham ou Charles E. Grassley, réclament un accès aux briefings de Renseignement pour le président élu Joe Biden. Ce dernier en est actuellement privé car l’administration Trump bloque la mise en oeuvre des mesures de transition du pouvoir.

D’autres figures proéminentes du Parti républicain, comme le stratège Karl Rove ou l’ex-conseiller à la Sécurité nationale John Bolton, ont pris la plume pour appeler le Président sortant à admettre sa défaite.

Le gouverneur de l'Ohio Mike DeWine fait partie des républicains s'irritant ouvertement du comportement de Donald Trump. ©REUTERS

Dans l’Ohio, le gouverneur républicain Mike DeWine a estimé qu’il était temps d’appeler Joe Biden le "Président élu". Et deux gouverneurs républicains modérés, Larry Hogan dans le Maryland et Charlie Baker dans le Massachusetts, ont critiqué le comportement de Donald Trump.

Un groupe de responsables électoraux locaux étatiques et fédéraux ont par ailleurs publié un communiqué jeudi validant le scrutin du 3 novembre comme "l’élection la plus sûre de l’histoire américaine". 

Prochains scrutins dans la balance

Pourtant, la grande majorité des conservateurs gardent le silence ou appellent à compter les "votes légaux" en reprenant les éléments de langage de Donald Trump insinuant, sans preuve, qu’il existe des votes "illégaux". Seulement quatre des 53 sénateurs républicains ont félicité Joe Biden.

Les sénateurs républicains ont un autre problème, encore plus urgent: leur majorité à la Chambre haute est menacée.

Le principal motif qui les pousse à jouer le jeu du milliardaire est électoral. Beaucoup seront candidats à leur propre réélection dans deux ans, et ils vont devoir participer à des primaires sous peu. Les sénateurs républicains ont un autre problème, encore plus urgent: leur majorité à la Chambre haute est menacée. Un deuxième tour doit en effet avoir lieu pour deux courses sénatoriales en Géorgie début janvier. 

Main-mise de Donald Trump

Or si Donald Trump était considéré comme le perdant de la présidentielle, les républicains craignent de voir des électeurs moins motivés pour se rendre aux urnes. Pire, si les élus républicains se mettaient à contredire un Donald Trump criant au complot, ce dernier, qui cherche toujours à se venger de ceux qui osent le défier, pourrait leur nuire en appelant sa base à les ignorer.

Aucun candidat républicain potentiel en vue de la présidentielle de 2024 n’a osé sortir du bois. Ils savent que, pour se lancer, ils auront besoin du soutien de Donald Trump.

Cette loyauté sans borne illustre à quel point le milliardaire, qui a reçu plus de 70 millions de voix, reste le chef de son camp. Même la patronne du Parti républicain, Ronna McDaniel, continue à le soutenir publiquement alors qu’elle tient un discours différent en privé. Elle-même candidate à un nouveau mandat, elle a besoin de l’appui de Donald Trump. 

Des vues sur 2024

Aucun candidat républicain potentiel en vue de la présidentielle de 2024 - les noms de Josh Hawley ou de Nikki Haley circulent - n’a osé sortir du bois. Ils savent que, pour se lancer, ils auront besoin du soutien de Donald Trump. Or si ce dernier commence à comprendre qu’il a perdu pour cette fois - son entourage à la Maison-Blanche le prépare à l’idée depuis plusieurs jours - il n’écarte pas l’idée de se représenter dans quatre ans. Ou en tout cas de soumettre l’idée publiquement.

Le récit qu’il est en train de construire, au sujet d’une élection volée par le camp démocrate, prend alors tout son sens. Il s’agit de maintenir éveillée une base qui pourrait lui ouvrir une nouvelle fois les portes de la Maison-Blanche… ou lui fournir une audience pour un tout autre projet, comme celui d’une nouvelle chaîne conservatrice, concurrente de Fox News.

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