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L'insurrection au Capitole n'est pas qu'un problème américain.

L’assaut séditieux contre un Capitole étrangement mal protégé a montré la dangerosité de Donald Trump et de ses partisans. Ceux-ci ont semé le chaos et la mort à Washington. La démocratie américaine s’est certes montrée résiliente, les institutions ont tenu le choc, mais elle en ressort durablement abîmée.

On aurait tort de croire qu’il s’agit là de l’ultime coup de boutoir d’un président narcissique vivant dans une réalité parallèle. Rien n’indique que ce soit le sinistre épilogue d’un mandat honteux et indigne qu’il termine en appliquant la politique de la terre brûlée. Trump promettait d’ailleurs ce jeudi encore de poursuivre le "combat". Et s’il faut lui reconnaître un "mérite", c’est bien celui de faire tout pour mettre ses menaces à exécution.

Le "trumpisme" survivra à son départ de la Maison-Blanche : même si des ténors républicains s’en distancient, il garde des soutiens politiques et financiers importants, 74 millions d’Américains ont voté pour lui il y a deux mois, le terreau idéologique reste présent, toutes les mouvances d’extrême droite - suprémacistes blancs, complotistes, racistes… - seront toujours là, plus que jamais convaincus par leurs délires.

Trump a ses partisans en Europe et ses recettes populistes sont largement utilisées, en tout ou en partie, par une frange importante de la classe politique.

On aurait aussi tort de croire que l’insurrection au Capitole ne concerne que l’Oncle Sam. Non seulement car les Etats-Unis, première puissance mondiale, représentent encore, malgré tout, un symbole de la démocratie. De Téhéran à Moscou en passant par Ankara, nombre d’autocrates se sont délectés des images en provenance de Washington. Mais aussi parce que, de ce côté de l’Atlantique, nous ne sommes pas immunisés par les attaques anti-démocratiques.

Le 29 août dernier par exemple, des militants anti-masques avaient failli réussir à envahir le Bundestag, le Parlement à Berlin. Trump a ses partisans en Europe et ses recettes populistes sont largement utilisées, en tout ou en partie, par une frange importante de la classe politique : Viktor Orban, Marine Le Pen, Matteo Salvini, l’AfD en Allemagne, le Vlaams Belang près de chez nous… Ces idées démagogiques se diffusent même parfois dans les partis traditionnels et chez nombre de pseudo "stars" médiatiques comme Eric Zemmour.

Il n’y a pas de recette miracle pour combattre les extrêmes. Il faut entre autres investir dans l’éducation citoyenne, améliorer les conditions sociales et économiques du plus grand nombre, avoir une gouvernance irréprochable...

La démocratie ne se décrète pas, elle se construit. Il faut lui rendre sa grandeur. Il n’y a pas de recette miracle pour combattre les extrêmes. Il faut entre autres investir dans l’éducation citoyenne, améliorer les conditions sociales et économiques du plus grand nombre, avoir une gouvernance irréprochable, développer un système plus juste… Il faut également arrêter de transiger sur nos valeurs fondamentales. Enfin, la haine doit être combattue par le récit, par les idées, par les actes mais aussi par la Justice. C’est pourquoi il sera important, aux Etats-Unis, que les insurgés du Capitole soient poursuivis et punis pour leurs actes. Y compris Donald Trump.

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