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analyse

Six nœuds à démêler avec l'administration Biden

Le Président américain Joe Biden et le Président du Conseil européen Charles Michel lors d'une rencontre en 2015, lorsqu'ils étaient respectivement Vice-président et Premier ministre. ©REUTERS

L'arrivée de Joe Biden à la Maison-Blanche n'a pas levé tous les points de tension entre l'Union européenne et les États-Unis.

L’Europe a accueilli la prestation de serment de Joe Biden avec démonstration: voilà un Président qui promet un nouveau départ aux relations transatlantiques. La Commission européenne n’a pas attendu les premières réunions avec l’administration du démocrate pour dégainer, dès décembre, une proposition d’agenda transatlantique, et sa présidente Ursula von der Leyen a appelé de ses vœux mercredi la création d’une "nouvelle alliance écologique et technologique" avec Washington. Mais l’avertissement est venu d’une autre Allemande, Angela Merkel elle-même: "Ne pensez pas qu'à partir de demain il n'y aura plus qu'harmonie entre nous." Car, non, la fin de "l’America First" ne va pas balayer par enchantement tous les points de tension entre les rives de l'Atlantique.

"Nous ne sommes plus seulement vus comme des alliés à protéger, mais aussi à recruter pour la stratégie américaine contre la Chine."
Sven Biscop
Institut Egmont

La relation avec la Chine

La Chine aura été le premier accroc dans la relation entre l’Union et le président-élu. Peu avant la conclusion d’un accord d’investissement entre les Vingt-Sept et Pékin, Jake Sullivan, conseiller pour la Sécurité intérieure de Biden, avait manifesté sa préoccupation, demandant que rien ne soit conclu avant "des consultations" entre Bruxelles et Washington sur la Chine. Les Européens n’en ont pas tenu compte.

Au-delà de ce dossier, la manière d’interagir avec la Chine pourrait être un point de tension persistant: "Nous ne sommes plus seulement vus comme des alliés à protéger, mais aussi à recruter pour la stratégie américaine contre la Chine. On est instrumentalisés et ça va être un point de tension", estime Sven Biscop, directeur à l'institut Egmont.

La taxe numérique

La volonté européenne de taxer des géants du numérique était au cœur des tensions avec l’administration américaine sortante, qui a annoncé fin 2020 de nouvelles taxes de rétorsion avant de les suspendre début janvier. L’espoir des Européens est que Biden donne "un nouvel élan" aux négociations à l’OCDE sur un nouveau cadre fiscal mondial qui réglerait la question. Mais si un accord n’intervient pas pour juillet, la Commission européenne entend activer une taxe numérique à l’échelle de l’Union. Au risque de voir resurgir les tensions mises en veille.

Le gaz russe

Comme l’administration précédente, celle de Joe Biden ne cache pas son opposition au gazoduc Nord Stream 2, en passe de relier la Russie à l’Allemagne en passant par la Baltique. Le secrétaire d'État désigné Antony Blinken a indiqué mercredi être "déterminé à faire tout ce qui est en [son] pouvoir pour empêcher l’achèvement" de ce projet, alors que les États-Unis avaient déjà brandi la menace de sanctions. Angela Merkel a déjà donné le ton: elle n'a pas changé de point de vue sur la validité du projet.  

Les obstacles au commerce

En 2018, Washington a instauré des taxes douanières unilatérales sur l’acier et l’aluminium européens, prétextant une mesure de sécurité nationale. Et Bruxelles et Washington doivent toujours solder leur contentieux sur les aides publiques aux avionneurs Boeing et Airbus, Américains et Européens ayant obtenu auprès de l’OMC le droit d’imposer des mesures compensatoires. La France a suggéré un "moratoire" sur ce bras-de-fer commercial. Sera-t-elle entendue? Autre incertitude: l'Europe prévoit de créer une taxe d’ajustement carbone à ses frontières, quelle sera l'attitude de Washington face à cette intention?

"Les démocrates ont beaucoup évolué, ils sont plus réticents sur le libre commerce."
Sven Biscop
Institut Egmont

L'avenir de l’OMC

Les Européens attendent encore des gestes concrets de la nouvelle administration pour remettre l’Organisation mondiale du Commerce en ordre de marche. Sous Donald Trump, les États-Unis ont bloqué la nomination de la Nigériane Ngozi Okonjo-Iweala comme directrice générale. Le nouveau président va-t-il s’entendre avec les Européens sur un nom; permettre la remise en marche de l’organe d’appel de l’OMC bloqué par Trump ; et s’engager dans un agenda de réforme de l’institution? "On ne voit pas encore clairement quelle sera la politique de Biden à l’OMC. Les démocrates ont beaucoup évolué, ils sont plus réticents sur le libre commerce", observe Sven Bischop.

L’autonomie européenne

Marquée par quatre années de Trumpisme et consciente de l'instabilité du partenaire américain, l’Europe affirme vouloir prendre son destin stratégique en main, notamment par une plus grande intégration des armées. "C'était très mal perçu par l’administration Trump, ça reste un dilemme pour Joe Biden: est-ce qu'il préfère une Europe plus divisée donc plus facile à manipuler, ou plus intégrée donc plus capable mais aussi plus assertive?", interroge Sven Bischop.

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