Trump abroge le statut spécial des jeunes immigrés

Des manifestants ont défendu le programme DACA la semaine passée dans les rues de Los Angeles. ©REUTERS

Le ministre américain de la Justice, Jeff Sessions, supprime le programme Daca. "Nous ne pouvons pas accepter tous ceux qui aimeraient venir ici", lance-t-il.

Il voulait s’en débarrasser au premier jour de sa présidence. Il aura finalement fallu plus de sept mois à Donald Trump pour annuler le programme Daca (Deferred Action for Childhood Arrivals) créé en 2012 par son prédécesseur, Barack Obama. Objectif de ce programme: permettre à des milliers de jeunes immigrés arrivés clandestinement aux Etats-Unis alors qu’ils étaient des enfants d’y vivre, étudier et travailler temporairement en toute légalité. Le Président donne néanmoins six mois au Congrès pour adopter une loi qui remplacerait le programme.

Le département de la Sécurité intérieure ne peut donc plus traiter de nouvelles demandes d’obtention du statut Daca. Mais il continuera à traiter les demandes de renouvellement de ceux dont le statut arrivera à échéance dans les six prochains mois. Si les élus du Congrès ne se sont pas mis d’accord d’ici au 6 mars 2018 sur une loi permettant aux 800.000 bénéficiaires du statu Daca de rester aux Etats-Unis, ceux-ci courront le risque d’être déportés. D’autant qu’ils ont dû transmettre toutes leurs coordonnées aux autorités américaines pour obtenir leur statut spécial (et leur verser 495 dollars...) et qu’elles savent donc où les trouver.

C’est le ministre de la Justice Jeff Sessions qui a annoncé la nouvelle à la presse, en refusant ensuite de répondre aux questions des journalistes. "Ma mission est d’assurer le respect des lois américaines", a-t-il expliqué. Or, selon lui, le programme Daca a été adopté "unilatéralement" par le président Obama qui aurait ainsi "outrepassé ses pouvoirs" et il est donc "inconstitutionnel". "Les politiques d’immigration devraient servir l’intérêt du peuple américain", a encore expliqué Sessions. D’après lui, le Daca exposerait les Etats-Unis "au crime, à la violence et au terrorisme". Il priverait aussi "des centaines de milliers d’Américains d’emploi".


Qu'est ce que le Daca?

Imposé par Obama après que son projet de réforme des lois sur l’immigration (le Dream Act, d’où le nom de "dreamers" donné aux bénéficiaires du Daca) ait été bloqué au Congrès, le Daca visait tout clandestin: 

-> arrivé aux Etats-Unis avant ses 16 ans, 
-> ayant résidé dans le pays sans interruption depuis le 15 juin 2007,
-> âgé de moins de 31 ans ,
-> étant soit scolarisé, soit détenteur d’un diplôme de secondaire, soit intégré dans l’armée.

Ce statut donne droit à un permis de séjour de 2 ans renouvelable. Près de 45% de ces "dreamers" vivent en Californie ou au Texas, 93% d’entre-eux sont latinos et ils sont âgés de 25 ans en moyenne.

©REUTERS

Malgré tout le mal que Trump en aura dit pendant sa campagne, son administration a encore accordé le statut Daca à des milliers de jeunes cette année et renouvelé le statut de 200.000 dreamers. Il faut dire qu’une fois arrivé à la Maison Blanche, Trump s’était montré beaucoup plus prudent au sujet du sort d’un programme dont de nombreux républicains estimaient qu’il profitait à l’économie du pays.

Ce qui aura finalement poussé Trump à sortir du bois? C’est une action en justice intentée par une dizaine d’Etats, le Texas en tête, enjoignant l’administration américaine à ne pas renouveler le programme à son échéance, à savoir le 5 septembre 2017. Selon Sessions, ce recours risquait bien d’aboutir et de mettre l’administration dans une position délicate. Une bonne aubaine pour ce partisan d’une ligne dure en matière d’immigration...

Dans le même temps, les membres plus modérés de l’administration Trump, à commencer par son chef de Cabinet John Kelly, avaient plaidé pour maintenir le principe du Daca tout en le coulant dans une loi. Et c’est ce que le Congrès va maintenant devoir faire.

60 milliards de coûts pour l'Etat

Plusieurs élus républicains se sont déjà engagés à travailler aux côtés des démocrates pour prolonger le droit des "dreamers" de rester aux Etats-Unis à condition qu’ils soient scolarisés ou aient un emploi. Si le programme a tant de partisans dans les deux camps, c’est qu’il bénéficierait clairement à l’économie américaine.

©REUTERS

Il faut savoir, en effet, que 91% des "dreamers" ont un travail et qu’ils ont vu leur salaire annuel moyen passer de 22.000 dollars avant d’obtenir leur statut spécial à 42.000 dollars après (hors primes).  L’Etat en est donc sorti gagnant en termes de recettes fiscales et de cotisations sociales, tandis que l’économie américaine profitait d’une hausse de la consommation des "dreamers".

Le Cato Institute, un think tank  fondé par Charles Koch, l’un des plus gros donateurs du parti républicain, estime que supprimer le programme Daca coûterait 60 milliards de dollars à l’Etat fédéral sur 10 ans et entraînerait un manque à gagner de 215 milliards de dollars pour l’économie américaine.

Pas étonnant que plus de 350 chefs d’entreprises américaines, dont ceux d’Apple, Facebook, Amazon, General Motors, Microsoft, aient enjoint le président Trump à ne pas enterrer le Daca. Ils poursuivront désormais leur lutte en tentant de convaincre le Congrès d’adopter une loi créant un statut comparable au Daca pour ces centaines de milliers de jeunes immigrés clandestins dont plus du quart disposent d’un diplôme universitaire.

Lire également

Publicité
Publicité
Publicité
Publicité

Contenu sponsorisé

Partner content