Trump demande aux partisans du port d'arme de se mobiliser

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Le candidat républicain à la Maison Blanche a suscité un nouveau tollé en suggérant que seuls les pro-armes pouvaient stopper son adversaire, Hillary Clinton. Son discours sonnait pour certains comme un appel aux armes.

Décidément, il ne se passe pas une journée sans que Donald Trump ne fasse parler de lui. Comme on le sait, le candidat a le don de se mettre dans des situations plutôt cocasses. Cette fois, Trump a suggéré lors d'un meeting en Caroline du Nord que les partisans des armes à feu pourraient agir pour empêcher sa concurrente démocrate Hillary Clinton de nommer des juges libéraux à la Cour suprême américaine, se retrouvant ainsi à nouveau sous le feu des critiques alors qu'il essayait justement de se tenir à l'écart de toute polémique. 

Donald Trump a choqué, y compris ses partisans, en proposant insidieusement le recours aux armes

La déclaration a de quoi choquer en effet. "Si elle est en mesure de choisir les juges, il n'y aura rien à faire les gars", a déclaré l'homme d'affaire lors d'un meeting mardi, "à moins que ceux qui soutiennent le deuxième amendement, peut-être que, je ne sais pas...". Les insinuations émises par le candidat n'ont pas plu, loin de là. Le deuxième amendement de la Constitution américaine garantit en effet le droit de porter une arme. Difficile à dire donc ce que le candidat avait réellement derrière la tête quand il a demandé aux partisans du port d'arme de se mobiliser.

Le puissant lobby des armes à la rescousse de Trump

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Ce qui sonne comme un appel aux armes serait simplement un appel à l'unification, du moins c'est ce qu'affirme l'équipe de campagne de Trump. Priée d'exprimer ce que le candidat a voulu dire, l'équipe de campagne du magnat immobilier a dit qu'il avait encouragé les défenseurs du deuxième amendement à mobiliser les électeurs en sa faveur lors du scrutin du 8 novembre, un point c'est tout."Les partisans du deuxième amendement sont animés d'un formidable esprit et sont très unis, ce qui leur donne un grand poids politique", a précisé Jason Miller principal conseiller en communication du candidat.

L'ancien maire de New york, Rudolph Giuliani est venu à la rescousse du candidat. "Ce que Trump voulait dire, c'est que vous avez le pouvoir de voter contre elle (Clinton)", a-t-il déclaré lors d'un autre meeting du candidat républicain en Caroline du Nord. Mais plus important encore, le milliardaire a immédiatement reçu le soutien du puissant lobby des armes à feu, la NRA, qui a appelé sur Twitter à soutenir le second amendement et par conséquent à voter pour le candidat républicain


Des propos décriés jusque dans le propre camp du candidat

Mais ils étaient nombreux également à s'opposer aux propos du candidat, y compris dans son propre camp. Cinquante responsables de la sécurité nationale républicains, dont l'ancien directeur général de la CIA Michael Hayden, ont estimé lundi que Donald Trump n'avait pas les qualifications nécessaires pour diriger le pays, ajoutant qu'il serait "le président le plus imprudent de l'histoire américaine". L'influente sénatrice Susan Collins est allée dans le même sens mardi, affirmant dans le Washington Post qu'il "ne mérite" pas la Maison Blanche et qu'elle ne le soutiendra pas. La déclaration du candidat républicain a choqué jusqu'aux supporters de Trump que l'on pouvait voir grimacer derrière son dos lors de son élocution.  

Dans l'autre camp, les réactions ont également été vives.  L'équipe de campagne d'Hillary Clinton a immédiatement dénoncé les dires du candidat, qu'elle a qualifiés de "dangereux". La sénatrice démocrate Elizabeth Warren, une des figures de proue de l'aile gauche du parti, a estimé que Donald Trump "proférait des menaces de mort parce que c'est un lâche pathétique qui ne supporte pas le fait de perdre contre une femme". Chris Murphy, sénateur démocrate du Connecticut (nord-est), où vingt enfants ont été abattus dans une école par un déséquilibré armé d'un fusil-mitrailleur en 2012, s'est dit "dégoûté" par les propos tenus par le candidat républicain.


Le port d'arme, un enjeu capital pour ces élections

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Cette séquence a eu des répercussions dans les intentions de vote. Hillary Clinton devance ainsi Donald Trump de plus de sept points de pourcentage, selon un sondage Reuters/Ipsos publié mardi.
En raison d'une récente série de tueries de masse qui ont sécoué les Etats-Unis, les armes à feu sont un thème important de la campagne, Donald Trump ayant par le passé accusé Hillary Clinton de vouloir supprimer le deuxième amendement cher aux Américains. Seule la Cour suprême serait à même de modifier cet amendement. L'un des neufs postes est vacant depuis la mort mi-février du juge ultra-conservateur Antonin Scalia. La Cour, désormais divisée entre quatre progressistes et quatre conservateurs, attend une nouvelle nomination. Cette dernière a de fortes chances d'être effectuée par le successeur de Barack Obama. C'est donc l'argument utilisé dernièrement par Trump pour discréditer sa concurrente qui selon lui, dotée d'un tel pouvoir, irait jusqu'à faire supprimer le second amendement. D'où l'appel de ce dernier à la "mobilisation" des partisans du port d'arme.

Quoi qu'il en soit, il s'agit bien d'un dur moment pour Trump qui enchaîne plus que jamais les polémiques. La dernière en date concernait les parents d'un soldat américain musulman tué en Irak. Ces derniers avaient pris la parole pour s'opposer au candidat républicain. Ce dernier s'est assez vite emporté. Le choix de l'escalade verbale avec les parents d'un capitaine de l'armée de Terre mort au combat, décoré, a choqué le camp républicain et a valu à Trump les remontrances publiques de ténors du parti. Des bourdes à la chaîne donc pour le potentiel futur président des Etats-Unis de plus en plus décrié au sein même de son propre parti. 

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