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analyse

Trump n’a pas tenu ses promesses économiques

Les emplois industriels que Trump promettait de rapatrier aux États-Unis grâce à sa politique protectionniste "Make America Great Again" ont souffert de la pandémie. ©AFP

Il allait construire la "meilleure" économie et créer le plus d’emplois de toute l’histoire des États-Unis. Même sans la crise du coronavirus, les résultats de Trump n’auraient été que très moyens. Depuis son investiture, la dette publique et les inégalités ont augmenté.

"Il est difficile de trouver des initiatives au plan économique sur lesquelles je peux porter un jugement positif." C’est ainsi que William De Vijlder, économiste en chef de BNP Paribas, plante le décor du bilan économique de l’administration Trump. Pour arriver au final à la loi sur les (énormes) incitants fiscaux sur lesquels la Maison-Blanche et le Congrès se sont mis d’accord en mars 2020 pour lutter contre la crise du coronavirus. "Cette loi a donné un coup de pouce bien nécessaire à l’économie pour compenser la faiblesse du filet social. Mais depuis, on attend une suite à ce plan de relance", ajoute De Vijlder. 

Avant le déferlement de la crise, l’initiative la plus remarquée de Trump fut la baisse des impôts des entreprises et des ménages, baisse qui a surtout profité aux plus riches. Le taux d’imposition des entreprises est passé de 35 à 21%, ce qui leur a permis d’améliorer leurs résultats et les a encouragées à racheter leurs propres actions. Rachats qui ont propulsé vers le haut le cours des actions, bien que la bourse n’ait pas affiché des performances exceptionnelles. 

"L’économie a rebondi, mais pour un coût astronomique."
James Knightley
Économiste chez ING

"L’objectif des baisses d’impôts était de pousser les entreprises à investir, à créer de l’emploi, et de booster la consommation. L’économie a en effet rebondi, mais pour un coût astronomique, à savoir une hausse du déficit budgétaire, qui représentait déjà 4,6% du PIB en 2019", ajoute l’économiste d’ING James Knightley. Il parle également de "croissance financée par de l’endettement", qui a placé les États-Unis en position de faiblesse budgétaire pour lutter contre la pandémie de coronavirus. Par conséquent, la dette souveraine s’est envolée. 

"De plus, compte tenu du cycle, ce coup de pouce via les baisses d’impôts n’était absolument pas nécessaire", ajoute De Vijlder. "Le pays était déjà en situation de plein emploi. Et je n’irai pas jusqu’à prétendre que ces incitants sont à l’origine de la longue période de développement record de l’économie. La situation aurait été identique sans ces stimuli." L’an dernier, le record est tombé lorsque l’économie a affiché une hausse pour le 121e mois consécutif, ce qui est mieux que l’expansion qu’a connue le pays entre 1991 et 2001. "Mais cette période d’expansion a pratiquement coïncidé avec les deux mandats de Bill Clinton (1993-2001) et on peut davantage attribuer le mérite des résultats à sa politique qu’à Trump aujourd’hui", estime De Vijlder. 

Rien d'exceptionnel

Trump ne peut d’ailleurs pas afficher des chiffres de croissance économique exceptionnels, même si on ne tient pas compte de la désastreuse année 2020 marquée par la pandémie. Selon l’agence de presse Bloomberg, la croissance a oscillé entre 2,3 et 2,9% pendant les trois premières années de son mandat, ce qui place Trump en dessous de huit des 12 derniers présidents américains

6,6 millions
d'emplois
Au cours des trois premières années de la présidence de Trump, 6,6 millions d’emplois ont été créés, contre 8,1 millions pendant les trois premières années de la présidence d’Obama.

Il n’a pas davantage tenu sa promesse de battre un record en matière de création d’emplois. "Au cours de ses trois premières années de présidence, 6,6 millions d’emplois ont été créés, contre 8,1 millions pendant les trois premières années de la présidence d’Obama. On ne peut donc pas qualifier ses résultats d’exceptionnels", souligne Knightley. Si l’on ajoute l’impact de la crise du coronavirus, Trump est en bonne voie pour devenir le premier président américain depuis la Seconde Guerre mondiale à avoir détruit de l’emploi américain pendant un seul mandat. En août, le bilan net se situait à –4,7 millions d’emplois. 

"La pauvreté et les inégalités se sont aggravées."
Le Fonds monétaire international

Par ailleurs, bon nombre de ces nouveaux emplois sont mal payés. L’indice de qualité des emplois dans le secteur privé – c’est-à-dire le ratio entre les emplois de qualité et les emplois mal rémunérés – a connu un recul systématique pendant les années Trump, après une amélioration sous le second mandat d’Obama. Les femmes, les minorités et les hommes peu diplômés ont contribué à la croissance des emplois, comme pendant la présidence d’Obama, mais la crise du coronavirus a particulièrement touché ce groupe de population. "La pauvreté et les inégalités se sont aggravées", souligne le FMI (Fonds monétaire international) dans son dernier rapport sur l’économie américaine. 

500.000 emplois industriels

Les emplois industriels que Trump promettait de rapatrier aux États-Unis grâce à sa politique protectionniste "Make America Great Again" ont souffert de la pandémie. Trump a créé 500.000 emplois industriels, jusqu’à ce que la crise vienne réduire ses efforts à néant. "Obama n’a créé que 275.000 emplois industriels, ce qui est moins que Trump certes, mais la réalité, c’est que les États-Unis sont de plus en plus une économie de services et que les emplois du secteur tertiaire sont donc plus importants", ajoute Knightley. 

"Pour les multinationales, le monde est devenu plus complexe à cause de la politique protectionniste de Trump."
William De Vijlder
Économiste en chef chez BNP Paribas

De Vijlder se dit "sceptique" sur le rapatriement des emplois des pays à bas salaires. "La production domestique est plus chère. Par ailleurs, l’adaptation des chaînes de production internationales des entreprises est un long processus. Et pour ces entreprises, le monde est devenu plus complexe à cause de la politique protectionniste de Trump. Peuvent-ils par exemple encore utiliser la technologie chinoise, ou cela va-t-il leur être reproché?"

Déficits cachés

Pour Knightley, l’ambition de Trump de réduire le déficit commercial avec la Chine semble finalement avoir pris la bonne direction en 2020, même s’il exprime de sérieuses réserves. "Les États-Unis sont en bonne voie pour réaliser le plus petit déficit commercial avec la Chine depuis 2010, mais derrière ce chiffre se cachent les importations en provenance d’autres pays. Par exemple, le déficit commercial avec l’Europe a atteint un record." Ce qui rend l’Europe encore plus vulnérable à des représailles commerciales en cas de réélection de Trump

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