Trump sur le point de faire son choix pour la tête de la Fed

©REUTERS

Le président Trump devrait annoncer cette semaine qui prendra la tête de la Fed à la fin du mandat de Janet Yellen. Les deux favoris seraient John Taylor et Jerome Powell.

Mardi dernier, le président Trump invitait des sénateurs républicains à déjeuner à la Maison-Blanche. L’occasion pour le président de leur demander, de but en blanc, qui ils souhaiteraient voir nommé à la tête de la Réserve fédérale américaine (Fed) à la fin du mandat de Janet Yellen, le 3 février prochain. Il cite trois noms – Yellen, Jerome Powell et John Taylor – et leur demande de voter à main levée. Moment de gêne dans l’assemblée. Nombreux sont ceux à refuser de se prêter au jeu. Ceux qui se jettent à l’eau votent majoritairement pour Taylor. Alors, affaire pliée? Pas forcément, même si c’est le Sénat, où les républicains sont majoritaires, qui devra trancher par un vote à la majorité simple.

À en croire la Maison-Blanche, Donald Trump devrait annoncer son choix avant le 3 novembre, lorsqu’il s’envolera pour l’Asie. Et à en croire le principal intéressé, il serait "arrivé à une liste de deux ou trois personnes". Yellen, Powell et Taylor seraient encore en lice, même si la presse américaine faisait état, jeudi, de rumeurs selon lesquelles le mandat de la présidente de la Fed ne serait pas reconduit.

Le faucon du lot

Celui qui tiendrait la corde, c’est Taylor, ce professeur d’économie de l’université de Stanford à qui l’on doit la règle du même nom. Selon cette règle, élaborée au début des années 90, les taux directeurs devraient être fixés en vertu d’une formule mathématique et dépendre de l’inflation et de l’écart entre le PIB et le PIB potentiel.

Taylor n’a d’ailleurs cessé de critiquer l’approche peu orthodoxe de Ben Bernanke, l’ancien président de la Fed, et de Yellen après lui, pour soutenir l’économie américaine après la crise financière. Il est le plus faucon du lot. C’est aussi le chouchou des sénateurs ultra-conservateurs. Il pourrait toutefois se montrer pragmatique s’il était nommé président de la Fed et prendre des distances par rapport à sa fameuse règle. D’autant que le comité de politique monétaire de la Fed prend ses décisions par consensus. À lui seul, Taylor ne pourrait donc pas faire dévier la Fed de sa trajectoire.

L’autre candidat encore en lice, c’est Powell. En le désignant, le président ferait d’une pierre deux coups. Non seulement, il imposerait sa marque – ce qu’il a clairement dit vouloir faire – en écartant Yellen, qui avait été désignée par Obama, et en la remplaçant par quelqu’un de proche des milieux républicains. En plus, il opterait pour le changement qui ferait le moins de vagues alors que Powell siège au conseil des gouverneurs de la Fed depuis 2012. D’aucuns disent même que Trump pourrait désigner Taylor et Powell, le premier comme président et le second comme vice-président de la Fed, un poste à pourvoir depuis le départ de Stanley Fischer le 13 octobre dernier.

Quant à Yellen, elle partait clairement perdante à la base. Pendant la campagne présidentielle, Trump avait laissé entendre que s’il était élu, il ne renouvellerait pas son mandat. Il lui reprochait notamment d’avoir appliqué une politique monétaire bien trop accommodante sous l’impulsion du président Obama. Puis, le vent a commencé à tourner en sa faveur. En juillet dernier, Ivanka Trump invitait Yellen à déjeuner. La fille du président américain avait été impressionnée par un discours qu’elle avait donné au sujet du rôle des femmes dans l’économie. Puis, il semblerait que la présidente de la Fed ait impressionné Trump lorsqu’elle est allée défendre sa place à la Maison-Blanche la semaine dernière. Au point où il déclarait mercredi qu’il la trouvait "très impressionnante".

Le bilan de Yellen

Il faut dire que les chiffres parlent en faveur de Yellen. De 6,6% en février 2014, au moment où elle a pris la tête de la Fed, le taux de chômage américain est passé à 4,2% actuellement. L’économie américaine n’a cessé de croître. Les indices boursiers se portent bien, eux aussi. Tout ça avec une inflation sous contrôle (un peu trop, selon certains). La Fed a commencé à resserrer graduellement les cordons de sa bourse. Relevé en juin à une fourchette de 1 à 1,25%, son taux directeur pourrait être encore augmenté d’ici à décembre. Une chose est certaine, en tout cas: Yellen sera encore aux manettes lors des trois prochaines réunions du comité de politique monétaire de la Fed (31 octobre et 1er novembre, 12 et 13 décembre, 26 et 27 janvier).

Les trois favoris

John Taylor

©Bloomberg via Getty Images

Né à Yonkers (New York) en 1946, il étudie l’économie à l’université de Princeton. Il décroche son doctorat à Stanford, avant d’enseigner à Georgetown, une autre prestigieuse université américaine.

Il donnera ensuite cours à Princeton avant de retourner à Stanford. Expert des questions de politique monétaire, il élabore en 1993 une formule mathématique permettant de fixer les taux directeurs des banques centrales, la règle de Taylor.

Il travaille comme conseiller économique pour les présidents Ford (républicain), Carter (démocrate) et Bush père (républicain). George W. Bush (républicain) le nomme sous-secrétaire au Trésor pour les questions internationales.

©Bloomberg

Janet Yellen

Désignée par Bill Clinton (démocrate) au conseil des gouverneurs de la Fed (1994-1997), elle prend la tête du conseil des conseillers économiques du président en 1997. Présidente de la Réserve fédérale de San Francisco de 2004 à 2010, elle est nommée vice-présidente de la Fed par le président Obama (démocrate) en 2010. Elle succède à Ben Bernanke à la tête de la Fed en 2014.

Jerome Powell

Il commence sa carrière dans une banque d’investissement à Wall Street (Dillon, Read & Co) dont il terminera vice-président. Il devient partenaire de la société d’investissement Carlyle Group, l’une des plus importantes au monde, en 1997 (il en sortira en 2005).

Nommé sous-secrétaire au Trésor par le président républicain George H. W. Bush, il traite notamment des questions liées aux institutions financières. Barack Obama (démocrate) le nomme au conseil des gouverneurs de la Fed en 2012.

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