reportage

Washington, le jour d’après

Jeudi à Washington: le périmètre du Capitole est bouclé par la police, qui installe de nouvelles barricades dans la crainte de violences supplémentaires. ©AFP

La capitale américaine, théâtre d’un coup de force impressionnant la veille, est placée sous haute sécurité. Certains partisans de Donald Trump sont restés sur place et ils ne regrettent rien ou presque.

Quelques heures après la levée du couvre-feu, jeudi matin, Washington semble se réveiller d’un mauvais rêve. Dans le centre-ville, quelques trucks de partisans de Donald Trump reprennent la direction de l’autoroute, vers la Virginie. Certains ont préféré rester encore quelque temps et revenir aux abords du Capitole, comme sur la scène d’un crime. Le périmètre est bouclé par la police, qui installe de nouvelles barricades dans la crainte de violences supplémentaires. Pas question de laisser des assaillants pénétrer dans le temple de la démocratie américaine une deuxième fois.

"Les manifestants Black Lives Matter disent qu’ils n’ont plus d’espoir, eh bien nous non plus."
Lance (49 ans), pro-Trump

Devant les barrières, les journalistes américains font leurs directs face caméra. À la fin de son intervention, Jim Sciutto, un reporter de la chaîne anti-Trump CNN, est interrompu par un homme au bonnet kaki, excédé. Il lui reproche d’exagérer la gravité des événements de mercredi. Selon lui, les attaquants ont fait preuve de beaucoup de maîtrise : "Ils auraient pu brûler le Capitole s’ils l’avaient voulu", avance-t-il. "Il y a eu quatre morts", répond sèchement Jim Sciutto. 

"C’est comme ça que les révolutions commencent"

L’homme au bonnet s’éloigne. Alors que nous le rattrapons, il nous demande : "Combien de commerces ont été brûlés hier, comparé aux manifestations Black Lives Matter ?" Il n’a visiblement pas apprécié les comparaisons entre le traitement que la police a réservé aux manifestants noirs et celui, bien plus clément, dont ont bénéficié les assaillants blancs de la veille. Lui - il s’appelle Lance, a 49 ans et vient de San Diego, en Californie - ne cautionne pas nécessairement les agissements de ses compagnons de manifestation. Il n’a d’ailleurs pas osé pénétrer dans l’enceinte du Capitole, même s’il était tout près. "Je ne voulais pas me créer de problèmes", explique-t-il. "Je ne suis pas forcément d’accord avec eux, mais il s’agissait de taper du poing sur la table. Ce bâtiment nous appartient, il appartient au peuple", ajoute-t-il, le doigt tendu vers la coupole du Capitole.

Pas question de laisser des assaillants pénétrer dans le temple de la démocratie américaine une deuxième fois.

"Les manifestants Black Lives Matter disent qu’ils n’ont plus d’espoir, eh bien nous non plus. Cette élection a été volée, certains médias en ont fourni les preuves accablantes", continue Lance, persuadé que les allégations de Donald Trump, bien que non étayées par les faits, sont véridiques. "En tant que conservateurs, nous sommes traités de fous et de racistes par les médias 364 jours par an. Nous avons besoin d’un jour, d’un seul : celui de l’élection. S’il n’y a pas d’élections justes, alors nous n’avons plus rien." Lance, qui en veut au vice-président Mike Pence et aux élus républicains qui ont tourné le dos au leader en certifiant la victoire du démocrate Joe Biden, estime que les chances de voir à nouveau un président conservateur élu sont désormais réduites à néant. "C’est comme ça que les révolutions commencent", prévient-il.

"Il est temps pour ce pays de se rassembler"

Un peu plus loin, d’autres pro-Trump sont venus déposer des fleurs autour de la photo d'Ashley Babitt, la manifestante tuée la veille après être entrée dans le Congrès. À quelques mètres de là, Quinneisha Hood, une Washingtonienne de 36 ans, tient une pancarte "We are One (Nous sommes unis)" : "Nous avons été très perturbés par les événements d’hier. Donc nous sommes venus pour afficher un message d’unité. Il est temps pour ce pays de se rassembler. Nous ne sommes pas des partisans de Donald Trump mais nous prions et pensons que Dieu aime tout le monde." Quinneisha Hood compte bien rester toute la journée, sa pancarte à bout de bras, pour diffuser son message sur la colline du Capitole encore traumatisée.

"Nous sommes venus pour afficher un message d’unité. Il est temps pour ce pays de se rassembler."
Quinneisha Hood (36 ans), pas partisane de Trump

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