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Alliance inédite des universités belges pour enseigner la finance durable

Les jeunes générations ont mis la pression sur les décideurs politiques pour accélérer la transition vers une économie décarbonée. ©AFP

Solvay (ULB), l'Ichec et l’UNamur lancent une "master class" en finance durable. Une première en Belgique réalisée avec le concours d’enseignants de quatre autres universités.

SuFi, à prononcer à l'anglaise, ça vous dit quelque chose? C'est la contraction de Sustainable Finance, ce qu'on peut traduire en français par Finance Durable. Le thème s'est imposé avec force à l'agenda des décideurs politiques ces derniers mois.

30 à 40
participants
Les six ateliers du cours de finance durable lancé par l'ULB, l'Ichec et l'UNamur rassembleront entre 30 et 40 participants pour "laisser beaucoup de place aux échanges d'expertises".

La Commission européenne a présenté, en début de semaine, sa stratégie "EU Green Bond Standard" qui dirigera des milliards d’euros d’investissements vers les énergies renouvelables, la construction passive ou le remplacement des transports les plus polluants.

Le but pour l'exécutif européen est d'être climatiquement neutre en 2050, raison pour laquelle il multiplie les initiatives pour verdir ses investissements et ses instruments financiers.

Un terrain mouvant

"Le momentum est idéal avec de nouveaux instruments comme la taxonomie européenne et de nouvelles régulations."
Marek Hudon (ULB)
Confondateur de la "master class"

Sur le terrain, le changement de paradigme agite aussi le monde académique. Les universités et écoles supérieures du pays jouent même la carte de l'union pour proposer une ambitieuse "master class" sur la finance durable. L'ULB et sa Solvay Brussels School, l'UNamur et l'Ichec lanceront à partir du mois d'octobre un cours composé de six ateliers menés avec la contribution de la KULeuven, l'Université d'Anvers, Ugent et l'Université de Mons. "Nous sommes arrivés au constat qu'il manquait de ponts entre les différents acteurs. On s'est dit que c'était maintenant ou jamais qu'il fallait proposer ce type de formation. On voit plus clair qu'il y a dix ans. Le momentum est idéal avec de nouveaux instruments comme la taxonomie européenne et de nouvelles régulations", souligne Marek Hudon de la Solvay Brussels School, un des trois initiateurs du projet.

Il faut dire que "la matière est mouvante, souvent mal comprise par les décideurs", note Christel Dumas, professeure à l'Ichec et également cofondatrice de la master class. "Tous les sujets de durabilité sont complexes et ils changent rapidement dans le temps à mesure que les connaissances évoluent", expose Christel Dumas en précisant qu'"en finance, on ajoute un niveau de complexité en raison de la multiplication des intermédiaires".

Les décideurs en classe

Le public visé est celui des décideurs "venant tant du service public que du service privé, de type marchand ou non marchand", insistent les initiateurs qui visent 30 à 40 participants pour la première classe.

"Nous voulons attirer les gens qui ont le plus d'impact dans les grandes organisations."
Christel Dumas (Ichec)
Cofondatrice de la master class

"On devra probablement être sélectif, car nous souhaitons que la taille des groupes permette des interactions", prévient Marek Hudon. "Nous voulons attirer les gens qui ont le plus d'impact dans les grandes organisations, c'est pour ça que la finance est extrêmement importante à cause du pouvoir et de l'influence qu'elle a sur notre manière de fonctionner, de consommer", complète Christel Dumas un brin nostalgique de l'époque où "la Belgique était leader en la matière avec la loi qui interdisant d'investir dans des entreprises liées aux mines antipersonnelles. Puis le monde nous a rattrapés et dépassés".  

Ce qui fait dire aux fondateurs de la master class qu'il est possible grâce à leur initiative de "créer une grande communauté belge de la finance durable, qui n'existe pas encore".

Des soutiens tous azimuts

La formation propose aux participants d’acquérir les connaissances et les réseaux nécessaires pour évoluer dans le monde de la finance durable. Les ateliers porteront tant sur la finalité de la finance que son approche systémique. Il sera aussi question de la gestion durable des risques.

"Dans chaque session, il y a aura un académique francophone et un néerlandophone ainsi que des intervenants extérieurs, des gens du terrain".
Christel Dumas (Ichec)

La master class aura aussi un œil prospectif sur la nouvelle taxonomie européenne et les cryptomonnaies ou monnaies complémentaires.

Le cursus bénéficie du soutien de la banque Triodos ainsi que du réseau Financité et de la plateforme SOLIFIN. L’association européenne Finance Watch et la Fondation pour les Générations Futures se sont aussi jointes à l'initiative. "Dans chaque session, il y a aura un académique francophone et un académique néerlandophone et des intervenants extérieurs, des gens du terrain, on veut cette pluralité d'expérience et de culture", nous explique Christel Dumas. "Les gens pour participer paient un droit d'inscription, mais on a aussi le soutien des sponsors comme Triodos, ce qui devrait nous permettre de dégager un surplus financier qui va mener à la création d'un ouvrage numérique en libre accès sur la finance durable en attendant la formation d'une nouvelle classe l'année suivante."

Les trois fondateurs de la "master class"

MAREK HUDON (ULB) : "Créer une communauté belge de pratiques et de connaissances"

"Cette master class est le début, ou plutôt la formalisation, d'une communauté belge de pratiques et de connaissances académiques en matière de finance durable", explique Marek Hudon, spécialiste de l'inclusion financière qui dirigera deux des six ateliers en collaboration avec d'autres enseignants et des acteurs de terrain. "Nous voulons pousser les participants à se poser des questions sur la finance durable, mais aussi d'être directement et entièrement ancré dans la pratique, l'idée n'est pas d'avoir quelque chose hors sol." 

CHRISTEL DUMAS (Ichec) : "On a besoin dans la salle d'avoir des gens qui peuvent changer les choses maintenant"

"Les défis actuels de durabilité, je les trouve extrêmement angoissants quand on se rend compte que 2030, c'est dans huit ans et demi d'où cette volonté de former les leaders d'aujourd'hui", avoue Christel Dumas, professeure de finance à l'Ichec. "Nous voulons donc attirer les dirigeants, les recteurs d'université, les gens qui vont influencer directement et pas en 2030 le cadre légal et juridique. Il faut un impact rapide, on a besoin dans la salle d'avoir des gens qui peuvent changer les choses maintenant."

SOPHIE BÉREAU (UNamur): "Le chaînon manquant à l’offre de formation existante"

Sophie Béreau enseigne la finance et les méthodes quantitatives à l'Université de Namur. Comme les autres cofondateurs, elle codirigera deux ateliers. Selon elle, il est primordial de "former les décideurs d’aujourd’hui à une pratique de la finance réellement soutenable, permettant d’assurer la transition vers une économie totalement décarbonée à l’horizon 2050 comme le prévoient les Accords de Paris", comme le propose la master class, "le chaînon manquant à l’offre de formation existante" en finance.

Le résumé

  • L'ULB, l'Ichec et l'UNamur vont proposer un cours sur la finance durable.
  • La "master class" ciblera particulièrement les décideurs de notre pays.
  • Entre 30 et 40 participants sont attendus pour cette initiative unique en Belgique.
  • De nombreux acteurs de terrain soutiennent les enseignants dans leur démarche.

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