La pénibilité du métier, un sujet qui crispe les profs

Le bruit, le stress, les maux de dos, tous ces facteurs font du métier de prof un métier dit pénible. ©BELGAIMAGE

Une enquête menée par les syndicats montre que 96% des profs jugent le métier pénible. Et pourtant, des experts démontrent que cette pénibilité reste à géométrie variable. Un niveau à relativiser donc.

Prof, un métier pénible? Posez la question en plein chantier de réforme des pensions, les enseignants vous répondront oui, trois fois oui. Ils le crieront même. Comme ils l’ont fait au travers d’une enquête menée par les syndicats auprès de 1.600 enseignants. A la question de savoir s’ils jugent leur métier de plus en plus pénible, 96% ont répondu oui…

Les résultats complets de cette enquête ont été présentés devant un parterre de 1.200 délégués syndicaux invités à réfléchir sur la pénibilité de leur métier, et sur les moyens à mettre en œuvre pour éviter que trop d’enseignants ne prennent leurs jambes à leur cou face aux conditions de travail.

Cette pénibilité du métier, est-elle réelle? "Si le métier était si facile, on n’aurait pas 25% d’enseignants abandonnant dès la 1ère année, et 39% dans les cinq ans", dit Joseph Thonon, le patron de la CGSP-Enseignement. Le syndicaliste témoigne: "Deux semaines avant les vacances de Toussaint, j’étais dans une salle des profs, face à des zombies. Ils étaient tous blafards, déjà épuisés un mois et demi après la rentrée."

Des taux de sortie qui sont à nuancer, dit Vincent Dupriez, chercheur au Girsef. "Le problème majeur se situe à l’entrée du métier. Et surtout chez les enseignants sans titre pédagogique. Ce sont eux qui font gonfler les chiffres. Parmi ceux qui en ont un, 78% sont toujours dans la profession 8 ans après leur arrivée…" Une pénibilité à relativiser, donc. Ce que fait aussi Dominique Lafontaine, professeur à l’ULg. Selon certaines études, si la satisfaction des enseignants face à leur métier a légèrement diminué entre 2006 et 2011 (enquête Pirls menée auprès des profs de 4e primaire), elle reste bonne. Près de 90% des enseignants se disent satisfaits au travail. "Un degré proche de la Finlande, et plus élevé qu’en France", dit-elle. La satisfaction sera par contre moins élevée dans les écoles défavorisées ou les classes plus difficiles par exemple.

Pourquoi le métier d’enseignant est-il si pénible?

Plusieurs facteurs sont mis en avant:

♦  le comportement des élèves,
♦ le rythme de travail,
♦ les sollicitations permanentes: "sur 50 mn de cours, le prof doit gérer entre 8.000 et 1.200 interactions avec ses élèves, engendrant la sensation d’être submergé", explique Vincent Dupriez),
♦ le bruit:
"dans les réfectoires ou en maternelle, on peut monter jusqu’à 80 à 100 décibels", dit Joan Lismont, président du SEL-Setca,
♦ les problèmes physiques: le dos, la voix qui casse, la surdité qui menace,
♦ les aspects psychosociaux: stress, manque de reconnaissance, conflits avec la hiérarchie ou les collègues, isolement.

"Tous ces critères de pénibilité se retrouvent dans beaucoup de professions", admet un syndicaliste. Mais, constate aussi Valentine Delsaux, médecin du travail, ils ne sont pas toujours faciles à évoquer pour les enseignants. "Ils consultent souvent tardivement, ils considèrent qu’il est normal d’être stressé ou fatigué, disent ‘je vais tenir le coup jusqu’aux prochaines vacances’. Et aussi, culpabilisent de dire qu’ils sont fatigués alors qu’ils finissent à 15h30…"

Les conditions de travail seront aussi pointées du doigt:

♦ locaux vétustes,
♦ classes trop nombreuses,
♦ changements d’horaires.

Étonnamment, seules les conditions salariales ne seront pas mentionnées. Les enquêtes Pirls et Pisa montrent pourtant que la taille des classes reste tout à fait acceptable par rapport aux pays voisins (21 élèves en moyenne contre 25 élèves en Allemagne ou aux Pays-Bas, 30 élèves en France), dit Dominique Lafontaine. Un constat chiffré qui a provoqué la huée des enseignants… "La pénibilité, c’est une notion à géométrie variable, conclura Dominique Lafontaine. Vécue différemment selon les écoles, les contextes et le moment de la carrière."

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