Lampiris, parti de rien et devenu numéro trois du marché

Bruno Vanderschueren (à gauche) et Bruno Venanzi (à droite) ont décroché début 2014 la concession pour l’exploitation de la centrale de la Plate-Taille, un outil qui permet de gérer les pics et les creux dans la demande d’électricité. ©Thierry du Bois

Créé en 2003, le fournisseur d’énergie Lampiris s’est imposé grâce à un positionnement alternatif qui a fait sa réputation.

842.000 compteurs
Lampiris dessert aujourd’hui 842.000 compteurs d’électricité et de gaz en Belgique, auxquels s’ajoutent 97.500 compteurs en France.

Lampiris est le seul fournisseur d’énergie significatif sur le marché dont l’actionnariat est 100% belge. Au départ d’une niche "verte", la société liégeoise a tiré profit de la libéralisation du secteur pour conquérir des parts de marché de plus en plus importantes. En 2011 et 2012, alors que le secteur était sous les feux des projecteurs médiatiques, elle réalisait des taux de croissance affolants, proches des 50% par an. Elle est aujourd’hui numéro trois du marché, au coude à coude avec Eni, et dessert 842.000 compteurs de gaz et d’électricité en Belgique. Et en France, où elle est active depuis 2010, elle a franchi un pas décisif fin 2013 en remportant le groupement d’achat lancé par "UFC Que choisir", qui lui apporte 63.500 compteurs.

Nom de l’entreprise: Lampiris.

Adresse: Rue Saint-Laurent 54, 4000 Liège.

Activité: fournisseur d’électricité verte et de gaz.

Nombre d’employés: 292

Chiffre d’affaires: 1,053 milliard d’euros en 2013.

Site Internet: www.lampiris.be

Parmi les clés de son succès: un positionnement alternatif qui l’a aidée à se développer grâce à un bon classement dans les comparateurs de prix, mais aussi grâce au bouche-à-oreille. Lampiris se différencie non seulement par son profil de fournisseur d’électricité verte, mais aussi par des innovations comme la suppression des frais de rupture ou le découplage du prix du gaz de celui du pétrole.

Si Lampiris ne dispose toujours que d’une éolienne, exploitée sous forme de coopérative, elle a décroché début 2014 la concession pour l’exploitation de la centrale hydraulique de la Plate Taille, une centrale de pompage-turbinage qui permet de gérer les pics et les creux dans la demande d’électricité. Le reste de son électricité, elle l’achète auprès de producteurs d’énergie verte, notamment en Belgique.

Et les fondateurs, qui détiennent toujours près de 60% du capital de la société, n’ont pas oublié leur mentalité d’entrepreneurs. Après avoir lancé en 2012 Lampiris Isol, une filiale spécialisée dans l’isolation des habitations, ils ont créé Lampiris Wood, qui commercialise des stères de bois et des pellets. Une prochaine étape devrait consister à offrir des contrats d’entretien de chaudières. "Nous commençons vraiment à migrer d’une société qui vend simplement des molécules et des kilowatt-heures vers une société de services et qui apporte plus au client", se réjouit Bruno Venanzi.

Lampiris, qui avait toujours plaidé pour une offre particulièrement simple, avec un tarif unique tant en gaz qu’en électricité, a d’ailleurs fait une exception à ses propres principes en annonçant, hier, le lancement d’un tarif global qui inclut non seulement la fourniture de gaz et d’électricité, mais aussi l’accès privilégié à toute une série de services, comme l’installation d’un thermostat intelligent ou un tarif préférentiel sur les commandes de bois ou de travaux d’isolation.

Professionnalisation

Les deux cofondateurs et administrateurs de Lampiris, le Wallon Bruno Venanzi (42 ans, ci-dessous) et le Flamand Bruno Vanderschueren (41 ans, plus bas), se sont connus chez MCI Worldcom, à l'époque de la bulle Internet. Le premier, diplômé en histoire de l'ULg, avait débuté sa carrière chez Belgacom. Le second, diplômé en économie de la KUL, avait commencé chez IBM. Ensuite, leurs chemins s'éloignent, mais pour peu de temps: Bruno Venanzi travaille pour Certipost, où il développe la carte d'identité électronique, tandis que Bruno Vanderschueren entre chez Electrabel. En 2003, les deux hommes décident de créer leur entreprise dans l'énergie, un secteur en voie de libéralisation. Un pari un peu fou que vont réussir ces deux trublions du secteur, qui se caractérisent par un franc-parler inhabituel. Y compris, le cas échéant, pour venir à la rescousse d'Electrabel, attaquée par le ministre Johan Vande Lanotte.

Bruno Venanzi est plutôt optimiste, tandis que Bruno Vanderschueren s'avère plus réaliste. Les deux hommes travaillent toujours côte à côte dans le même bureau, mais ont progressivement passé le témoin pour la gestion quotidienne à Tom Van de Cruys, devenu CEO. Ce qui ne les empêche pas, toutefois, de rester très impliqués dans l'entreprise.

Mais le pas le plus décisif franchi ces derniers temps est sans doute l’augmentation de capital de 40 millions d’euros de fin 2013, souscrite par Gimv et la SRIW, qui détiennent désormais chacune 16,7% des actions. "Nous avions déjà ouvert notre conseil, cela a ensuite été le tour de notre capital, des décisions pas toujours faciles", commente Bruno Venanzi, qui souligne toutefois que l’opération réaffirme l’ancrage local de Lampiris, renforce sa structure financière et permet d’améliorer la professionnalisation de l’entreprise. À noter que depuis cette opération, Jean-Michel Javaux, l’ancien co-président d’Ecolo, n’est plus administrateur de la société. "Il y avait place pour deux indépendants, un choisi par nous, et l’autre par les investisseurs, explique Bruno Vanderschueren. Nous avons choisi de garder Eric De Keuleneer, et les investisseurs ont désigné Patrick Vincent."

Avec l’arrivée des nouveaux actionnaires, un exercice stratégique approfondi a été mené, qui a notamment conduit à renforcer les équipes de trading et de gestion du portefeuille, ainsi que les finances. "Le profil de risque de l’entreprise est désormais mieux contrôlé, et a diminué, souligne Bruno Vanderschueren. Nous avons aussi fait un nettoyage de notre base de données, où nous avons retrouvé des éléments non facturés."

C’est d’ailleurs, à côté de l’abandon d’une créance de plus de 6,6 millions pour soutenir sa filiale en France, une des raisons qui explique la perte de plus de 9 millions d’euros affichée par Lampiris en 2013. "Ce résultat a aussi été influencé négativement par des coûts de réconciliation, avec des charges qui auraient dû être imputées aux années précédentes. Mais nous ne devrions plus connaître ce genre de situation à l’avenir, et notre résultat net normalisé est lui de 7,1 millions", précise Bruno Vanderschueren.

Les deux fondateurs de Lampiris tablent sur une année 2014 dans le vert, même si le marché est difficile, avec des marges en baisse et des clients qui changent moins facilement. Et ils continuent à viser une croissance importante, notamment en France. Ils comptent aussi se positionner pour jouer un rôle actif dans le développement d’un système énergétique plus intelligent. "Vu le contexte difficile en Belgique, nous voulons vraiment proposer une solution", souligne Bruno Vanderschueren. Il pense à des clients volontaires pour réduire leur consommation aux moments difficiles, moyennant rémunération. "Mais pour cela, il faut une preuve de l’effacement de la consommation, poursuit le dirigeant de Lampiris. Les gestionnaires vont vous dire qu’il faut un compteur intelligent, fort coûteux, alors qu’il existe des solutions nettement meilleur marché, comme le branchement d’un petit boîtier externe sur le compteur ou l’installation de prises intelligentes."

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