portrait

Vincent Crahay, un coup de sang transformé en coup de maître

Vincent Crahay a fait d’une usine condamnée par Nestlé une PME florissante dans l’agroalimentaire. C’est l’histoire d’un homme qui n’a pas accepté la fatalité.

La cuvée 2014 de l’Entreprise de l’Année a distingué des créateurs d’entreprises ou des entrepreneurs dans l’âme. Des hommes indéfectiblement liés à leur entreprise. Parce qu’ils l’ont créée, réinventée ou sauvée. Vincent Crahay, 53 ans, CEO de Belourthe, l’entreprise lauréate de 2014, entre dans cette dernière catégorie.

En 2005, sur les bords de l’Ourthe, c’est la consternation. Le géant agroalimentaire Nestlé, qui exploite depuis 1932 une usine de céréales à Hamoir, vient d’annoncer sa décision de fermer purement et simplement son usine belge. Vincent Crahay, directeur de l’usine depuis 2002, ne l’entend pas de cette oreille. Son sang de Liégeois ne fait qu’un tour.

53 ans, marié, 3 enfants.
Ingénieur agronome.
1983-2002 Il travaille chez Chaudfontaine puis chez Mio.
2002 Plant manager chez Nestlé à Hamoir.
2006 Il démarre Belourthe
2014 Il gagne l’Entreprise de l’Année.

Il se démène d’abord comme un beau diable pour convaincre Nestlé de renoncer à son désinvestissement. Mais il se rend compte rapidement que c’est peine perdue et se rend à Vevey, au siège de la multinationale suisse, avec un projet autrement plus audacieux: un management buy-out pour relancer l’usine et sauver (une partie de) l’emploi à Hamoir. Nestlé ne lui fait pas de cadeau: il se voit accorder un délai de trois mois pour concrétiser son plan mais doit accepter une clause de non-concurrence de trois ans.

Début janvier 2006, les panneaux au nom de Nestlé sont décrochés de l’usine et Belourthe voit le jour. "Je me suis retrouvé à la tête d’une société de 27 collaborateurs sans client, sans produit et sans marque! Il ne nous restait que notre outil et notre know-how", a raconté Vincent Crahay au magazine des Chambres de commerce et d’industrie wallonnes.

Aujourd’hui encore, le patron de Belourthe semble avoir du mal à expliquer comment il a eu le courage l’inconscience? de se lancer dans cette aventure. D’autant que dans un premier temps, ses cadres ne le suivent pas. "Si j’en avais mesuré les risques, je ne sais pas si je l’aurais fait", avouait-il dans la même interview.

Natif d’Olne, un des plus beaux villages de Wallonie dans le Pays de Herve, Vincent Crahay a passé son enfance dans ce pays rural.

"Si j’en avais mesuré les risques, je ne sais pas si je l’aurais fait."
Vincent Crahay
CEO Belourthe

De ses grands-parents agriculteurs, il hérite manifestement de la passion pour l’agro-alimentaire, puisqu’il fait des études d’ingénieur agronome et fait ses débuts chez Chaudfontaine, comme ingénieur en production. À 25 ans, il est engagé par le producteur de glaces Mio, dont il va grimper les échelons durant 15 ans.

C’est en 2002 qu’il est débauché par Nestlé pour diriger l’usine de Hamoir. Jusqu’à ce jour de 2006 où il reprend les rênes de Belourthe, il n’aura donc jamais travaillé que pour des multinationales, qu’il s’agisse d’Interbrew (qui n’était pas encore le géant AB InBev), Unilever qui a remis Mio, et bien sûr Nestlé.

Devenu patron à son tour, cet ingénieur de formation a cependant gardé la haute main sur le commercial parce qu’il a, dit-il, découvert qu’il adorait cela.

Son épouse est elle aussi impliquée dans l’entreprise. Et il espère voir un ou plusieurs de ses trois enfants intégrer l’entreprise d’ici 5 ans. Le coup de sang de 2005 est en passe de devenir un coup de maître.

[Suivez Martine Maelschalck sur Twitter en cliquant ici]

 

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