Intéresser ses employés pour les motiver

M. Foucart ©RV DOC

Technord est une société réputée, spécialisée dans le génie électrique et l’informatique. Pourtant, ce n’est pas seulement pour les qualités intrinsèques des services apportés à ses clients que cette entreprise défie la chronique. Michel Foucart, aux commandes, en a fait une référence en matière d’innovation sociale.

Persuadé de la valeur sociale du travail, et du bien inaliénable que devrait constituer l’accès à l’emploi, Foucart innove tous azimuts, et depuis plus de 20 ans. Ses employés bénéficient d’une assurance hospitalisation. Un classique, direz-vous, à l’heure où les assurances groupes fleurissent dans nombre d’entreprises. Les enfants des travailleurs peuvent prétendre à des bourses d’études. Voilà qui est moins fréquent. Et que dire de ceci: les membres du personnel bénéficient d’un intéressement aux bénéfices, calculé en fonction des objectifs atteints. Une rareté qui constitue pourtant, pour Michel Foucart, un semi-échec: il voulait faire beaucoup mieux, en constituant une coopérative de salariés.

Hélas, le Service des Décisions Anticipées en matière fiscale (communément appelé le ruling) s’y est opposé, en imposant des décisions "tellement exigeantes et surréalistes" que le patron s’est démotivé. Pour le moment. Car Michel Foucart est un acharné. Il n’a pas hésité, à 56 ans, à soutenir une thèse à l’Université de Lyon. Il y défend le principe selon lequel qu’il n’y a pas de performance économique sans performance sociale.

Technord en bref

Siège social: Tournai, mais
l’entreprise possède des sièges à Mons, Liège, Villeneuve d’Ascq, Lyon et en Roumanie

Chiffre d’affaires: 56 millions EUR en 2009

Effectif: 300 personnes en CDI et 40 à 80 intérimaires

Année de création: 1988

Ainsi, les dysfonctionnements divers ont été mesurés scientifiquement sur plus de 1.200 entreprises dans 22 pays, et seraient de l’ordre de 20.000 euros par an et par personne. Sur une collectivité de 300 personnes comme Technord, on voit clairement les gisements de progrès que cela représente. La technique consiste à s’attaquer à des éléments qui n’apparaissent jamais dans les comptabilités classiques.

Un simple exemple: on a souvent tendance à vouloir réduire au minimum les coûts liés à la sécurité des personnes. Mais cela crée un important coût caché, dans la mesure où le travailleur est stressé et travaille moins bien tout au long de sa vie dans l’entreprise.

Chez Technord, on est fier d’appliquer les thèses développées à Lyon, en cultivant une valeur souvent ignorée ailleurs, mais dont le rendement est exponentiel: le bien-être du travailleur.

Vous êtes un convaincu de la valeur sociale de l’économie…

Michel Foucart: Nous sommes dans un système capitaliste, comme le dit André Comte-Sponville : ni moral ni amoral, un système proche du biologique. Une concurrence qui en médecine, par exemple, a permis de faire de grands progrès. On ne se fait pas de cadeaux, c’est un univers comparable au sport. Bien. Mais ce n’est pas pour cela qu’il faut se laisser détourner de la finalité, qui pour nous est la communauté de travail. Il faut produire de la valeur ajoutée, certes, mais à condition que celle-ci soit partagée entre les propriétaires et les travailleurs. Pour moi, la richesse d’une entreprise, ce n’est pas seulement l’argent qu’elle génère, mais le travail qu’elle génère. C’est pourquoi il faut être très attentif à la pérennité. Eviter la vente, et donc les licenciements.

Quand un patron de PME n’a pas de successeur, il essaie de vendre, avec un taux de mortalité très élevé dans la transmission. En Wallonie, ça fait 1.000 à 1.200 entreprises chaque année. Soit la destruction de 6.000 à 8.000 emplois. On en parle peu, car ce n’est pas un sujet électoralement rentable. J’ai lancé un groupe de travail là-dessus au sein de l’Union Wallonne des Entreprises, dont je suis vice-président. Quand on sait l’énergie qu’il faut pour créer 6.000 emplois, on se dit qu’on pourrait en dépenser un tout petit peu pour commencer par ne pas les perdre !

Trois questions à Michel Foucart, président du conseil d’administration de Technord

La crise a remis au centre du débat des valeurs qui vous sont chères depuis longtemps…

Foucart: Quand l’économie est au service de la finance, ça revient à marcher sur la tête. La logique financière poussée à l’extrême, c’est dire qu’on va avoir une prospérité économique de plus en plus grande, mais qu’on va laisser de plus en plus de gens au bord de la route. On oublie que les Droits de l’Homme établissent le droit au travail pour chacun. Comme beaucoup d’autres, je pense que la finance doit être au service de l’économie. On inverse les rôles quand on fait de la spéculation, qu’on laisse se créer une société casino pour enrichir les gens qui sont déjà riches. Cette logique-là n’a pas de sens, du point de vue humaniste que je défends.

Pour moi le chômage c’est le cancer de notre société. Il y a trois choses qui tiennent un homme ou une femme debout. Se sentir utile, être reconnu, et avoir des rêves. Quand vous êtes chômeur vous perdez ces trois choses-là. C’est l’horreur. Et on entend sans cesse ces discours, construire un empire, gagner plus… Mais pour quoi faire ? Pour mieux asseoir son pouvoir et dominer le monde ? Ce n’est pas ça l’esprit d’entreprendre. Il faudrait que la richesse créée soit un peu moins mal répartie. On cite souvent le chiffre : un tiers pour investir dans l’entreprise, un tiers pour les actionnaires, et un tiers pour les travailleurs. Ce serait là un modèle juste, mais il fait encore trop souvent sourire les cyniques.

En tant que patron de PME, vous détestez être confondu avec certains présidents de conseil d’administrations obsédés par le court terme et le profit maximum…

Foucart: Nous sommes très nombreux à être indignés, révoltés par ce que Mitterrand appelait " l’argent facile ". La finance doit rester au service de l’économie. Elle doit être génératrice de travail, ce travail qui donne de la dignité aux gens. Beaucoup de patrons ont créé des entreprises pour réaliser un rêve, et sont profondément attachés aux hommes et aux femmes qui ont cru en ce rêve avec eux. Il ne faut pas que le grand public nous confonde avec les obsédés de la finance. Certaines grandes sociétés se vantent d’avoir anticipé la crise en dégageant du personnel suffisamment tôt. Ça me hérisse. Les patrons de PME, eux, disent le contraire : " On a fait le gros dos, pour ne pas devoir licencier ". Ce sont deux visions du monde presque opposées. Une entreprise c’est un bateau. Et en mer, il y a un code de l’honneur. On n’envoie pas les gens par-dessus bord pour aller plus vite. On amène tout le monde au port.

Publicité
Publicité

Messages sponsorisés