Perquisitions chez GBL et Gérard Lamarche dans le dossier Lafarge

©David Plas

Des perquisitions ont été menées mardi par une équipe d’enquête franco-belge chez Lafarge, mais aussi au siège du groupe GBL et au domicile de Gérard Lamarche, coadministrateur délégué du holding d’Albert Frère.

Le siège du groupe GBL à Bruxelles, mais aussi le domicile de son coadministrateur délégué, Gérard Lamarche, ont été le théâtre de perquisitions mardi dans le cadre d’une information judiciaire relative à une présomption de financement de groupes terroristes par LafargeHolcim en Syrie. Le holding d’Albert Frère est en effet actionnaire du cimentier franco-suisse, et le Belge Gérard Lamarche est un des deux représentants de GBL dans son conseil d’administration, aux côtés du Canadien Paul Desmarais Jr., vice-président de GBL. Des ordinateurs et des documents auraient été emportés.

Dans un très court communiqué, GBL a confirmé la perquisition dans ses locaux, et a précisé qu’il "coopère pleinement à cette enquête". Le parquet fédéral, lui, a confirmé qu’une perquisition avait également eu lieu au domicile de Gérard Lamarche. Le parquet dément, par contre, comme la rumeur en a couru, que Gérard Lamarche ait été à aucun moment arrêté ou entendu, que ce soit en Belgique ou en France.

Les enquêteurs veulent savoir dans quelle mesure GBL et son dirigeant étaient au courant des agissements de Lafarge en Syrie et de l’argent que le cimentier aurait transmis à des groupes terroristes. GBL détient 9,4% du cimentier LafargeHolcim, soit une participation d’une valeur de 2,7 milliards d’euros, ce qui en fait la troisième plus importante participation de GBL, après Imerys et Adidas. Et il était déjà actionnaire de Lafarge au moment des faits.

S’il devait s’avérer que Gérard Lamarche était au courant, il risque une peine pouvant aller jusqu’à cinq ans de prison.

Que cherchent les enquêteurs?

Une enquête judiciaire est en cours en Belgique comme en France. Les enquêteurs français et belges travaillent dans le cadre d’une équipe d’enquête commune. Les perquisitions menées en Belgique ont eu lieu parallèlement à des perquisitions menées au siège français de Lafarge. "Nous coopérons pleinement avec les enquêteurs, mais nous ne pouvons faire davantage de commentaires sur cette enquête en cours", a indiqué mardi une porte-parole de Lafarge.

L’enquête, menée en France depuis juin par trois juges d’instruction, s’attache à déterminer si le géant du ciment a financé indirectement des groupes djihadistes en Syrie, dont l’État islamique, pour continuer à faire fonctionner en 2013 et 2014, malgré le conflit en Syrie, sa cimenterie de Jalabiya, implantée dans le nord du pays.

Des pratiques "inacceptables"

Le groupe Lafarge avait lui-même admis début mars des pratiques "inacceptables" pour sécuriser sa cimenterie. Il a alors reconnu que sa filiale locale avait "remis des fonds à des tierces parties afin de trouver des arrangements avec un certain nombre de ces groupes armés, dont des tiers visés par des sanctions", sans pouvoir établir l’identité des destinataires finaux.

Les enquêteurs cherchent aujourd’hui également à savoir si des responsables du groupe avaient eu connaissance de tels accords et du danger qu’ils ont pu faire courir aux employés syriens sur place.

Le scandale avait été révélé en juin 2016 par une enquête du journal Le Monde qui avait mis en lumière de "troubles arrangements" entre Lafarge Cement Syrie (LCS), branche syrienne du groupe, et l’organisation État islamique, alors que le groupe djihadiste gagnait du terrain et devenait incontournable dans la région.

Deux mois plus tard, le ministère de l’Économie avait déposé plainte, déclenchant l’ouverture d’une enquête préliminaire par le parquet de Paris, confiée au Service national de douane judiciaire (SNDJ). Dans son rapport, dont l’AFP a eu connaissance, le SNDJ conclut que LCS a "effectué des paiements aux groupes djihadistes" pour que la cimenterie continue à fonctionner. Des paiements "de l’ordre de 20.000 dollars par mois" pour l’EI, aurait relaté Bruno Pescheux, directeur de la cimenterie de 2008 à 2014, aux enquêteurs du SNDJ.

Fausses pièces comptables

La direction française du groupe Lafarge, qui a fusionné en 2015 avec le suisse Holcim, "a validé ces remises de fonds en produisant de fausses pièces comptables", ajoute le SNDJ dans ce document. D’anciens responsables du cimentier ont affirmé que cette volonté de rester coûte que coûte dans le pays en guerre avait reçu l’aval des autorités françaises.

Les enquêteurs soupçonnent aussi Lafarge Cement Syrie de s’être, sous couvert de faux contrats de consultants, approvisionné en pétrole auprès de l’EI alors qu’il avait pris le contrôle de la majeure partie des réserves de Syrie.

L’association anti-corruption Sherpa, qui a déposé plainte au nom de onze ex-salariés syriens de la cimenterie, a demandé que l’ancien ministre des Affaires étrangères Laurent Fabius soit entendu.

©Bloomberg

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