Attaque chimique de l'Etat Islamique en Syrie

Ces masques ont été testés en Syrie pour se protéger en cas d'attaque à l'arme chimique. ©AFP

L'Etat Islamique semble maîtriser la fabrication et l'utilisation d'armes chimiques. C'est inquiétant. Vingt-deux rebelles pro-turcs ont été récemment blessés lors d'une attaque chimique menée par le groupe jihadiste dans le nord de la Syrie.

"Après une roquette lancée par Daech (l'Etat Islamique), 22 membres de l'opposition ont été atteints aux yeux et au corps par du gaz toxique", a annoncé l'état-major de ces rebelles soutenus par Ankara  dans un communiqué cité par l'agence progouvernementale turque Anadolu.

La date de l'attaque n'a pas été précisée.

Vingt-deux rebelles syriens portent ainsi  les symptômes d'une attaque aux "gaz chimiques" après avoir été visés par une roquette tirée par des combattants de l'organisation Etat islamique. Selon l'agence de presse, qui cite des sources militaires turques, l'attaque s'est produite dans la région d'Haliliye , où les rebelles soutenus par la Turquie assiègent la ville d'Al Bab, contrôlée par l'EI.

Les rebelles syriens soutenus par des militaires turcs tentent de déloger les jihadistes de l'EI de la zone frontalière avec la Turquie, dans le nord de la Syrie. Ils ont déjà pu reprendre les localités de Jarablous et Al-Rai et progressent vers Al-Bab. L'armée turque qui soutient activement l'opposition syrienne est intervenue en août dans le nord de la Syrie à la fois contre les jihadistes et contre les rebelles kurdes syriens.

 

♦ Aucune précision sur le type de gaz qui aurait été utilisé n'a été apportée. Mais il semble en tous cas que l'EI maîtrise la fabrication de l'ypérite rustique, connu sous le nom de gaz moutarde

Ce n'est pas la première fois qu'on soupçonne l'EI d'utiliser des armes chimiques.  Une enquête de l'OIAC (Organisation pour l'interdiction des armes chimiques) avait ainsi conclu l'an dernier à l'usage du gaz moutarde, une arme chimique utilisée pour la première fois lors de la Première Guerre mondiale, lors d'une attaque menée par l'EI contre la ville de Marea, au nord d'Alep, en août 2015.

 

De telles attaques pourraient-elles avoir lieu hors de la Syrie et de l'Irak?

Ces femmes, hospitalisés à Hama en Syrie, semblaient avoir été victimes d'une attaque à l'arme chimique de la part des forces gouvernementales, en 2014. ©REUTERS

Il faut bien répondre "pourquoi pas". Un responsable de l'Organisation pour l'interdiction des armes chimiques a encore évoqué mercredi dernier le risque d'un attentat à l'ypérite - ou gaz moutarde - hors des zones contrôlées par l'EI en Irak et en Syrie, par des militants de l'organisation djihadiste à leur retour de la région. "Il semble que l'un des dangers auquel on doit faire face et sur lequel il faut avoir une réponse, ce serait évidemment - puisque l'EI a réussi à faire de l'ypérite rustique - que malheureusement l'une des personnes qui a appris à faire ça, revienne dans l'un de nos pays et aide à un attentat de ce type", a dit Philippe Denier, directeur de la vérification à l'OIAC, lors d'un colloque à Paris.

En France, le risque d'attaques chimiques sur le territoire national avait été évoqué pour la première fois par le Premier ministre Manuel Valls quelques jours après les attentats du 13 novembre à Paris et à Saint-Denis, revendiqués par l'EI. "Je le dis bien sûr avec toutes les précautions qui s'imposent mais nous savons et nous l'avons à l'esprit, il peut y avoir aussi le risque d'armes chimiques ou bactériologiques", avait dit le chef du gouvernement à l'Assemblée nationale sans plus de précisions.

 

♦ Qu'est-ce que le gaz moutarde?

1915, Ypres
C'est près d'Ypres qu'avait eu lieu, la première attaque à l'arme chimique lorsque les Allemands avaient utilisé du gaz de chlore le 22 avril 1915.

Le terrifiant gaz moutarde, que le groupe jihadiste Etat islamique (EI) pourrait avoir fabriqué en Syrie et en Irak selon l'Organisation pour l'interdiction des armes chimiques, fut utilisé initialement durant la Première guerre mondiale.

L'EI, notamment accusé d'avoir utilisé ce gaz contre des civils en Irak et en Syrie, "pourrait avoir fabriqué lui-même" cette substance, a déclaré à l'AFP le directeur général de l'OIAC Ahmet Üzümcü, soulignant que "la qualité du gaz était pauvre mais il était quand même nocif".

Ce gaz toxique vésicant (sulfure d'éthyle dichloré) est également nommé "ypérite" du nom de la ville d'Ypres près de laquelle il servit pour la première fois en juillet 1917, à l'initiative des Allemands.

C'est près d'Ypres qu'avait eu lieu, deux ans auparavant, la première attaque à l'arme chimique lorsque les Allemands avaient utilisé du gaz de chlore le 22 avril 1915.

Les Allemands nommèrent le gaz moutarde "LOST", d'après les noms de chimistes de Bayer, un gaz effrayant rendant inefficaces les masques à gaz car il attaquait la peau. Des chimistes français développèrent ensuite un procédé trente fois plus rapide, une découverte essentielle pour le gain de la deuxième bataille de la Marne en 1918 selon le site de la Mission du centenaire de la guerre de 1914-18 (centenaire.org).

Même si le gaz moutarde fera comparativement peu de victimes durant la Grande Guerre, il marquera la mémoire collective en raison des horribles lésions qu'il inflige et de la terreur qu'il inspire.

Ce liquide huileux jaune sentant l'ail ou la moutarde, n'a pas besoin d'être inhalé et se dépose partout, pouvant subsister plusieurs semaines en surface, explique sur le site de la Mission du centenaire le professeur de chimie Jean-Claude Bernier.

Par contact, il couvre la peau de cloques très douloureuses tandis que les yeux sont irrités, les paupières enflammées se ferment et rendent momentanément aveugle. Des hémorragies internes et externes se développent et détruisent les poumons. Les patients mettent 4 à 5 semaines à décéder d'un oedème pulmonaire.

Projeté par des obus, puis par des avions, le gaz moutarde fut utilisé selon l'Organisation mondiale de la Santé (OMS) à maintes reprises après la Première guerre mondiale: en Russie en 1919, au Maroc par les Français entre 1923 et 1926, en Libye par les Italiens en 1930, en Chine au Xinjiang par les Japonais en 1934 ou encore en Ethiopie par les Italiens entre 1935 et 1940.

Les Japonais ont de nouveau fait usage en Chine entre 1937 et 1942 d'armes chimiques dont le gaz moutarde. L'Irak s'en est servi durant sa guerre avec l'Iran entre 1980 et 1988 ainsi que dans le bombardement de la ville kurde de Halabja (près de 5.000 morts en 1988).

IL est interdit. L'utilisation d'armes chimiques (mais pas leur mise au point) avait pourtant été interdite en 1925 par le protocole de Genève. Il faudra attendre la Convention de Paris, signée en 1993 et entrée en vigueur le 29 avril 1997, pour l'interdiction totale de la mise au point, la fabrication, le stockage et l'emploi d'armes chimiques.

 

→Au-delà de l'Etat islamique, les forces syriennes sont également dans le collimateur des enquêteurs de l'Onu et de l'OIAC. Leur enquête a conclu à l'emploi de bombes à gaz chloré contre des civils par les forces du régime du président syrien Bachar al Assad, des accusations rejetées par Damas.

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