La Grande synagogue d'Europe est à Bruxelles

La Grande synagogue et toutes ses symboliques vues de l’intérieur depuis le troisième étage où se situent les choeurs et l’orgue. ©Saskia Vanderstichele

C’est un immeuble centenaire construit à la même époque que le quartier qu’il occupe. Il est adjacent au Conservatoire royal de Bruxelles, se situe à une centaine de mètres du Palais de justice et à deux pas du Sablon. Pourtant, le bâtiment, de par sa fonction, n’est principalement connu que d’une seule communauté.

"N’avons-nous pas tous un même père? Un seul Dieu ne nous a-t-il pas créés?" peut lire le passant attentif au-dessus des portes d’entrée. Si celui-ci lève les yeux, il verra plus haut sur l’édifice une rosace entourée par les douze noms en hébreu des tribus d’Israël et, au sommet, les dix commandements sur des tablettes en pierre. La Grande synagogue de Bruxelles est un immeuble épatant, que ce soit d’un point de vue architectural ou d’un point de vue historique. Il a survécu à la "Nuit de cristal", il a aussi survécu à la Seconde guerre mondiale.

Il est possible de le visiter, sous certaines conditions. "Des classes d’écoliers viennent souvent le découvrir", nous indique le grand rabbin Albert Guigui. C’est lui qui nous reçoit en personne pour une visite guidée des lieux. Visiblement enclin à partager avec nous toutes les symboliques de l’édifice, il nous parle avec passion des vitraux latéraux représentant les douze tribus d’Israël, nous explique que les quatre vitraux surplombant l’Arche sainte représentent Samuel, Aaron, Moïse et David, vente les aspects écologiques du culte judaïque ou évoque les différentes symboliques du grand chandelier central, le candélabre, "source de lumière représentant la victoire du bien contre le mal".

Trois religions officielles

Érigée en rectangle, la synagogue est de style romano-byzantin. Selon Guigui, elle est aussi le symbole d’une certaine ouverture d’esprit à la fin du xixe siècle en Belgique. Une époque où notre pays comptait trois religions officielles: le catholicisme, le protestantisme et le judaïsme. Le quartier de la régence, construit pour représenter les différents organes de l’état, le judiciaire, l’exécutif et le législatif, se voulait aussi à l’époque une représentation fidèle des autres aspects sociétaux, que ce soient les arts ou les religions. C’est pour cela que l’on retrouve dans le quartier avec l’église du Sablon, le temple protestant et la Grande synagogue, un lieu de culte pour chaque religion officielle de l’époque. Autre signe d’ouverture envers le judaïsme de la société de l’époque, toujours selon Albert Guigui, les portes de la synagogue donnent sur la rue centrale. "Jadis, elles ne donnaient généralement pas sur la grande rue mais toujours sur une rue parallèle car on ne voulait pas donner de publicité au culte israélite", nous explique-t-il.

La visite continue. Le grand rabbin nous ouvre l’Arche sainte en bois sculpté où sont disposés des objets d’une très grande valeur: les rouleaux de la Torah. Ils sont en parchemin et écrit à la main avec des roseaux ou des plumes d’oie. "On ne peut pas les écrire avec des plumes qui contiennent du métal car le fer ou le cuivre servent à fabriquer des armes et la Torah est porteuse de vie", nous explique-il. En conséquence, ces rouleaux sont très coûteux à la réalisation. Celui qu’il nous montre a été offert par la famille Wybran, du nom de Jospeh Wybran. Président de la communauté et professeur à l’hôpital Érasme, il avait été sauvagement assassiné sur le parking de l’hôpital fin des années 80. Le rouleau offert est aussi un mémorial en son honneur.

L’aspect sécurité est, pour des "raisons politiques", pour reprendre les termes d’Albert Guigui, très présent autour de la synagogue. Pas un office religieux ne se passe sans une présence policière et des patrouilles circulent autour de la synagogue qui a déjà essuyé des tirs par le passé.

Pouvoir organisateur du judaïsme

La Grande synagogue n’est utilisée que pour les grands offices, à savoir le Shabbat le vendredi et toutes les autres grandes cérémonies, mariages, grandes fêtes religieuses, commémorations, etc. Il n’est pas aisé de remplir un lieu qui peut, lors des grandes occasions, contenir plus de 1.000 personnes. Au centre, les places sont pour les hommes, sur les côtés et à l’étage on retrouve celles des femmes. Au deuxième étage, de grandes orgues entièrement rénovées sont utilisées pour les mariages et autres événements, "mais pas à Shabbat", précise le rabbin.

En général, une synagogue était construite près d’un quartier juif. Ici ce n’est pas le cas, ce qui pose un problème notamment parce que les pratiquants stricts ne peuvent pas utiliser la voiture durant le Shabbat. "L’avantage, c’est que les Juifs ne restent pas au même endroit", dit Guigui qui explique que dans ce contexte il est peut-être plus adéquat d’avoir une synagogue avec une position centrale dans la ville. "Il y a par exemple une synagogue qui a été construite à Schaerbeek il y a 40 ans à côté d’un quartier juif. Mais maintenant, il n’y a plus de Juifs là-bas." Son positionnement central en a fait le centre névralgique du judaïsme en Belgique. C’est aussi dans ces bâtiments que se trouvent les bureaux du Consistoire, qui représente la communauté auprès des institutions belges et se préoccupe aussi d’aspects culturels, d’enseignement, etc. En Belgique, le grand rabbin s’occupe des affaires religieuses, le président du Consistoire, élu par des représentants des différentes communautés, des autres compétences.

Sur le côté, il y a une deuxième synagogue où 10 à 15 fidèles se retrouvent pour prier deux fois par jour. C’est le paradoxe de l’endroit. Si la synagogue est grande, sa vie au quotidien se fait sur le côté de l’édifice. Mais son histoire, son prestige et son positionnement en font aussi le centre tout indiqué du judaïsme en Europe. En 2008, José Manuel Barroso était venu en personne lors d’une cérémonie visant à consacrer le temple bruxellois comme la Grande synagogue d’Europe. Albert Guigui milite pour que l’Europe ne soit pas "qu’économique mais aussi spirituelle". l Benjamin Everaert

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