France-Allemagne: Un match à la saveur différente dans les deux pays

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Les Français n’ont toujours pas oublié le douloureux souvenir de la défaite à Séville en 1982. Pour les Allemands, c’est de l’histoire ancienne.

L’ambiance n’est pas franchement la même d’une rive à l’autre du Rhin. Si, en France, la demi-finale contre la Mannschaft est présentée comme un choc important aux racines historiques profondes et douloureuses, les Allemands semblent beaucoup moins excités à l’idée de rencontrer les Bleus. Les raisons de cette dichotomie sont nombreuses.

La défaite en demi-finale de la Coupe du Monde face à la RFA à Séville en 1982 n’a toujours pas été digérée par les Français. L’attaque du gardien Harald Schumacher contre Patrick Battiston, l’élimination aux tirs au but après un 3-3 d’anthologie… La pilule est aujourd’hui encore amère pour un grand nombre de fans de l’équipe de France. Cette rancœur s’explique.

"La France n’avait jamais gagné de grands titres en 1982 et beaucoup de gens considéraient que la sélection hexagonale méritait de remporter ce Mondial, souligne Albrecht Sonntag, un sociologue allemand qui enseigne à l’école de management Essca d’Angers. La déception après l’échec contre la RFA n’en a été que plus vive. La France n’a de surcroît jamais eu l’occasion de laver cet affront. Car lorsqu’elle a gagné la Coupe du Monde en 1998 ainsi que l’Euro en 1984 et 2000, elle n’a pas joué contre l’Allemagne."

France - RFA (Séville 1982)

Un souvenir qui s’estompe

En République fédérale, le souvenir de ce duel s’est donc estompé au fil des années. "Je me souviens encore de Séville en raison de mon âge, mais la majorité de mes compatriotes ont totalement oublié cette rencontre, résume Kristian Naglo, un enseignant de l’Institut de sociologie de l’Université Justus-Liebig à Giessen, en Hesse. La plupart des joueurs de la Mannschaft n’étaient, quant à eux, même pas nés en 1982. Ce match n’est donc pas dans leur mémoire."

Un fossé s’est en conséquence créé au fil des ans entre ces deux voisins. "Lorsque nous avons réalisé en 2014 le projet Free ("Football Research in an enlarged Europe") qui visait à analyser les dimensions socioculturelles du football dans l’UE, nous avons constaté que les deux tiers des Français se souvenaient du match de Séville contre à peine un tiers des Allemands", révèle Albrecht Sonntag. Cette amnésie collective n’est pas uniquement due au passage du temps.

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"La Coupe du Monde de 1982 n’a pas laissé de bons souvenirs en République fédérale, note le sociologue de l’Essca. Nous avons perdu la finale contre l’Italie et la RFA était une équipe désunie. Cinq joueurs avaient obtenu des primes supérieures à celles de leurs coéquipiers et l’entraîneur ne contrôlait pas ses stars comme Karl-Heinz Rummenigge. Les Allemands préfèrent en conséquence oublier cette compétition."

Tactique

L’attitude des sélectionneurs a également beaucoup évolué ces dernières années lors des grands rendez-vous internationaux.

"En Allemagne, depuis Klinsmann, les matchs ne sont plus considérés comme des combats entre nations."
kristian naglo
professeur allemand de sociologie

"Les coaches avaient l’habitude de comparer les matchs à des combats entre nations mais depuis l’arrivée de Jürgen Klinsmann au poste de sélectionneur en 2004 et son remplacement par son ancien adjoint Joachim Löw, les sélectionneurs sont aujourd’hui concentrés sur la tactique à suivre, analyse Kristian Naglo. La demi-finale face à la France aura une saveur particulière car il est toujours spécial pour les Allemands de jouer contre le pays hôte. Mais le staff est plus préoccupé de trouver des solutions pour remplacer les joueurs blessés que de se soucier de la prétendue symbolique de cette rencontre entre des rivaux présumés."

Changement de cap

Une éventuelle victoire des Bleus à Marseille pourrait changer la donne. Les champions du monde en titre risquent dans ce domaine de leur montrer la voie à suivre. "L’Italie a longtemps été la bête noire de la Mannschaft qui n’arrivait pas à battre cette équipe lors des grandes compétitions, ajoute Kristian Naglo. Leur récente victoire en quart de finale lors de la séance de tirs au but, qui restera peut-être dans les annales comme la pire de toute l’histoire de l’Euro, a toutefois permis de mettre fin à cette série de défaites. Je suis donc curieux de voir si l’attitude des Allemands va changer lors du prochain match couperet contre la Squadra Azzura." Un changement de cap similaire, avec une victoire des Bleus, montrerait que les Français pourraient aussi oublier, un peu, Séville.

Si logiquement, le président français François Hollande devrait être dans les tribunes ce soir, ce ne sera pas le cas en revanche de la chancelière allemande Angela Merkel retenue "par d’autres d’engagements". Merkel n’a pour le moment assisté à aucun match de la Mannschaft au cours de cet Euro. Attendrait-elle la finale?

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