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Les poubelles s’amoncellent et donnent une image peu reluisante de la Ville Lumière. ©REUTERS

Une fois de plus, la France montre le visage d’un pays miné par les grèves. Le ras-le-bol social se propage face à un gouvernement à bout de souffle et inaudible.

À quelques heures du coup d’envoi de l’Euro 2016, la tension sociale est à son comble en France. Le gouvernement ne cache plus son énervement et son exaspération face aux grèves et blocages à répétition depuis deux mois. Lui qui misait, il y a encore quelques jours, sur un essoufflement de la grogne contre sa loi Travail, se retrouve pris au piège par la multiplication des fronts contestataires. Car si la loi Travail continue d’attiser la colère, elle a désormais ouvert la voie à un ras-le-bol bien plus large, notamment chez les salariés du secteur public, pourtant pas concernés par son adoption.

Des mouvements en pagaille

C’est le cas des éboueurs, notamment dans plusieurs arrondissements de Paris, en grève depuis une dizaine de jours et jusqu’à mardi. Le mouvement, à l’appel de la CGT, est de plus en plus suivi. Les poubelles pleines et les ordures s’amoncellent sur les trottoirs, offrant une image et un parfum peu reluisants de la Ville Lumière.

"Doit-on s’arrêter de faire grève parce qu’il y a l’Euro? La réponse est non."
fabien Villedieu
délégué syndical SNCf

De leur côté, de nombreux cheminots de la SNCF entendent poursuivre leurs arrêts de travail et les pressions sur le gouvernement pour que leurs conditions de travail en cours de négociation avec leur direction restent inchangées. Aujourd’hui, il va être "compliqué de prendre la ligne D du RER (qui dessert le Stade de France où doit se tenir le match France-Roumanie ce soir, NDLR). Ils vont bien trouver des non-grévistes pour faire tirer les trains, mais ça va être compliqué, prévient Fabien Villedieu, délégué syndical Sud-Rail à la SNCF. Doit-on s’arrêter de faire grève parce qu’il y a des inondations? La réponse est non. Doit-on arrêter parce qu’il y a l’Euro? La réponse est non!"

La CGT grande gagnante

La césure est telle que les nombreux gages du gouvernement donnés cette semaine ne suffisent pas à calmer les grévistes. Maintien des RTT pour les 149.000 agents, des repos doubles (52 par an) et repos supplémentaires pour les sédentaires, du statut de travailleur de nuit amélioré… Aucune concession n’a permis de débloquer la situation à quelques heures de l’Euro.

Pire, la pression n’a jamais été aussi forte sur l’exécutif avec le blocage hier matin des accès au marché international de Rungis, au sud de Paris, et la multiplication des coupures de courant chez EDF. Même le Syndicat des pilotes d’Air France (Spaf), qui représente un quart des pilotes de la compagnie, entre dans la danse. Il appelle à une grève de quatre jours à partir de demain, estimant que les dernières propositions de la direction sur les conditions de travail ne sont pas satisfaisantes…

Lundi, François Hollande a pourtant exhorté les grévistes à stopper leurs mouvements en paraphrasant le communiste Maurice Thorez! Depuis, c’est tout le gouvernement qui tente de sauver la face au nom de l’image de la France. Pour Patrick Kanner, ministre de la Ville, de la Jeunesse et des Sports, on est en pleine "guérilla syndicale. On est dans un jusqu’au-boutisme, dans une politique du pire. C’est gâcher finalement la fête mais, en gâchant la fête, on gâche finalement l’image de la France". "Ce n’est pas possible qu’un pays moderne continue de cette façon-là dans le désordre permanent", insiste la ministre de l’Environnement Ségolène Royal, évoquant "l’intérêt national du pays".

En acculant le gouvernement, les syndicats, CGT en tête, ont déjà gagné la partie.

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