L'euphorie de la victoire peut-elle profiter à la croissance française?

L’attaquant Antoine Griezmann (6 buts) symbolise cette France qui gagne. ©REUTERS

Après avoir vaincu l’Allemagne, la France espère l’emporter face au Portugal en finale ce dimanche. Et en tirer des profits en matière économique. Mais…

La confiance, enfin de retour? La victoire des Bleus contre les Allemands (2-0) jeudi soir a redonné confiance aux Français. Le soleil enfin au rendez-vous, Paris renoue même avec l’ambiance du Mondial de 1998 et ses maillots bleus et drapeaux tricolores hissés à l’entrée des bistrots et magasins. Et qu’importe si le penalty accordé en fin de première période contre l’Allemagne paraît bien sévère à certains, c’est la joie d’arriver en finale qui l’emporte désormais avec le désir de concrétiser dimanche en décrochant un nouvel Euro, seize ans après celui de 2000 et dix-huit ans après un Mondial historique.

Car la confiance est là, du moins on veut le croire: cette victoire – une première depuis 1958 – libère le pays tout entier de sa "malédiction allemande", de cette supériorité sans faille de la Mannschaft en compétition face à la France. Comme si onze hommes avaient mis fin à un mauvais sort. Oublié le complexe face à la puissante Allemagne. Les champions du monde ont été vaincus par une équipe jeune, offensive, unie, qui se moque des qu’en dira-t-on…

Les selfies du président

Il n’en fallait pas plus pour redoper le moral des ménages français. Et surtout, celui de ses politiques. Pendant le match, François Hollande, venu au Vélodrome avec Manuel Valls, a multiplié les selfies avec les supporters, misant sur l’euphorie de l’Euro pour remonter une popularité au plus bas (16% d’opinions positives selon le dernier baromètre de l’Ifop)… à l’image de l’envolée dans les sondages (+ 11 points) enregistrée en 1998 par son prédécesseur Jacques Chirac. En fin politique, Manuel Valls a aussi surfé sur cette vague bleue: "Un match n’est jamais gagné d’avance, perdu d’avance… jusqu’au bout, il faut jouer pour pouvoir l’emporter… Je fais mienne cette métaphore", a-t-il lancé hier.

Après cinq mois de tensions et douze journées nationales de mobilisation à l’appel de syndicats opposés à la loi Travail, cette bonne nouvelle est une bouffée d’oxygène inespérée pour le gouvernement. Il y a à peine 48 heures, il était contraint d’activer, faute de majorité, l’article 49-3 de la Constitution pour faire passer en force, sans vote de l’Assemblée, son texte vilipendé par la droite et une partie de sa majorité. Face à la violence de la rue, le Parti socialiste a même dû annuler – une première! – son université d’été prévue cette année à Nantes, fief des anti-loi Travail et des opposants à la construction de l’aéroport de Notre-Dame des Landes. En un mot, le succès des Bleus en demi-finale balaye ces mauvais souvenirs.

Qui dit retour du moral, dit hausse de la consommation et des investissements… mais souvent limitée dans le temps.

Et qui dit retour du moral, dit hausse de la consommation et des investissements… mais souvent limitée dans le temps.

Les économistes estiment ainsi qu’une Coupe du Monde de foot génère un point de PIB supplémentaire pour le pays organisateur (1,3 milliard d’euros), un peu plus si celui-ci remporte la finale. Jouer une finale incite au renouvellement de biens (téléviseurs) et mobilise les supporters comme les touristes de dernière minute avec leurs lots de dépenses incompressibles (logement, consommation, habillement, goodies, etc.) "Une victoire finale des Bleus peut constituer un déclic et ainsi amplifier le niveau de la croissance mais l’impact sera plutôt marginal sur le PIB, estime Christopher Dembik, économiste à Saxo Bank. Pour qu’il le soit, il faudrait que le regain de moral soit durable et qu’il s’accompagne d’une forte baisse du chômage, par exemple. Or, ce mécanisme s’auto-entretient rarement. Une fois l’Euro terminé, les Français se reconcentreront sur le chômage et le pouvoir d’achat."

Espoirs déçus chez les hôteliers

Plus positif, le secrétaire d’Etat au Commerce, Matthias Fekl, veut y croire. Il juge "l’impact indéniable sur le secteur du tourisme en France". Avec 51 matchs (contre 31 auparavant), cet Euro a créé des espoirs chez les hôteliers et restaurateurs des dix villes hôtes mais les premiers retours sont décevants. Selon GNI, le Groupement national des indépendants de l’hôtellerie et de la restauration française, "le taux d’occupation des hôtels de la capitale reste inférieur de 20% à celui enregistré l’an dernier à la même période. Les conflits sociaux ont pesé sur le mois de juin pourtant traditionnellement très bon, tout comme le partenariat que nous avons dénoncé entre l’UEFA et le site de location de vacances entre particuliers Abritel. Les supporters et touristes ont eu peur de se loger à Paris et ont opté de passer la journée dans la capitale et la soirée dans la petite couronne. À Saint-Denis, les hôtels ont été combles à la veille et le jour des matchs".

Dans les cafés et restaurants, "le marasme post-13 novembre et les conflits sociaux nous plombent, remarque Marcel Bénézet, président de la branche Cafés, Bars et Brasseries. Nos chiffres d’affaires sur un an sont en recul de 7% en limonade, de 6% en brasserie et 30% en restauration à la fin juin… Par contre, la réussite de cet Euro, extrêmement bien géré en matière de sécurité, rassure: les touristes européens reviennent depuis quelques jours et la confiance s’installe, espérons suffisamment solidement pour entraîner un réel retournement de tendance".

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