Quatre questions à Alfred Bernard Toxicologue à l'UCL

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Le Parlement européen a décidé de ne pas considérer la cigarette électronique comme un médicament. Une bonne chose selon vous?

Oui, car il faut la rendre la plus accessible possible à la population. Si vous la transformez en médicament, les jeunes, qui vont plus difficilement en pharmacie, y auront moins facilement accès. C’est selon moi une bonne décision car cette sorte de cigarette est beaucoup moins nocive que le tabac. En termes de nocivité, on gagne énormément.

Qu’est-ce qu’on y gagne?

Si on fume, c’est pour rendre la nicotine volatile et l’absorber dans le sang très rapidement par inhalation en évitant le foie. Ce qu’on gagne en diminution de nocivité, ce sont tous les produits de combustion qui sont cancérogènes et toxiques pour toute une série d’organes comme le poumon ou la vessie et qui créent des maladies cardiovasculaires. Si on élimine tous ces produits de combustion, on va réduire la mortalité par ces affections à long terme. Ceci étant, l’idéal reste d’arrêter de fumer car la cigarette électronique peut entretenir la dépendance. C’est une solution pour arrêter, pas une solution à long terme. La vraie solution à long terme, comme certains pays l’envisagent, c’est d’éradiquer la cigarette. L’humanité a pu vivre sans tabac pendant des siècles, c’est donc tout à fait faisable.

Certains évoquent le fait qu’en vertu d’un principe de précaution, il aurait au contraire fallu faire de la cigarette électronique un médicament. En tant que toxicologue, vous en pensez quoi?

Le seul risque est celui lié à la nicotine. Il faut bien doser et éviter une surconsommation et un surdosage de la nicotine. C’est un risque aigu en termes d’intoxication à la nicotine.

L’autre risque c’est de créer une dépendance à la nicotine. Mais pour le reste, la fumée de tabac est tellement nocive qu’il y a un gain considérable à éviter tous ces produits de combustion présents dans la fumée de cigarette.

Vous êtes aussi favorable à l’interdiction des cigarettes aromatisées?

Évidemment, les cigarettiers sont des gens extrêmement intelligents. Ils savent très bien qu’en ajoutant certaines substances qui sont des additifs alimentaires, donc pas toxiques, ils créent des produits de combustion et des arômes qui facilitent l’addiction. Ces substances d’une façon ou d’une autre amplifient cette addiction.

Benjamin Everaert

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