Un nouveau plan pour la sidérurgie

La Commission européenne a dévoilé mardi une série de mesures et de recommandations visant à assurer l'avenir de l'industrie sidérurgique en Europe, frappée de plein fouet par le déclin de la demande, une concurrence de plus en plus dure et des coûts énergétiques élevés.

Ni quotas, ni fermetures volontaires, ni aides massives à la restructuration: c’est un commissaire à l'Industrie plutôt démuni qui a présenté mardi à Strasbourg son plan d'action pour relancer l'industrie sidérurgique européenne. 

Une fois de plus, l'Europe est confrontée à un problème de surcapacité: à cause d’une demande interne déclinante -27% en dessous de son niveau d'avant la crise-, la sidérurgie européenne souffre. Elle est d’autant plus soumise à rude épreuve que de nouveaux compétiteurs sont apparus. Résultats: l'emploi dans le secteur a diminué de 10% entre 2007 et 2011. Toutefois, l'Union reste le deuxième producteur mondial d'acier, employant plus de 360 000 personnes et produisant plus de 177 millions de tonnes d'acier par an, soit 11 % de la production globale.

Des instruments différents

Responsable du dossier dans la Commission Barroso, Antonio Tajani a mis autour de la table patrons et syndicats, ainsi que les responsables politiques nationaux, pour définir une ligne d'action qui permette d'arrêter la saignée.  Mais le commissaire italien l’a avoué d’emblée: il ne dispose plus des instruments dont bénéficait à l’époque un certain Etienne Davignon, responsable du premier plan Acier européen en 1981. Le traité CECA (charbon et l'acier) a expiré depuis lors. Tajani doit donc faire avec les moyens du bord. Quoi qu’il en soit, il  n’entend pas baisser les bras. "L'industrie sidérurgique a un avenir prometteur en Europe. Elle reste un secteur stratégique important pour l'Europe et un moteur de croissance. En maintenant sa position traditionnelle de chef de file dans la fabrication de produits innovants, elle est capable d'acquérir un avantage concurrentiel à l'échelle mondiale", a-t-il fait valoir. 

Le plan du commissaire italien prévoit en premier lieu de réduire les coûts supportés par l'industrie, notamment ceux qui découlent de la réglementation de l'UE. Une proposition qui ne fait pas l’unanimité au Parlement européen, où les écologistes redoutent un démantèlement de la politique européenne de lutte contre le réchauffement climatique. Selon certains chiffres cités par la Commission, les différentes réglementations en Europe représenteraient un surcoût pouvant aller jusqu’à 18 euros par tonne d’acier. 

L’exécutif européen suggère également de stimuler la demande, notamment dans le domaine de la voiture "propre" et des immeubles à faible consommation d'énergie, deux des principaux débouchés de l'acier en Europe. Une mesure qui ne sera pas évidente à concrétiser étant donné que ces dernières décennies, l’industrie automobile a plutôt eu tendance à faire la chasse aux kilos superflus pour faire baisser la consommation...

Des pratiques déloyales

Troisième axe: améliorer l'accès de l'acier européen aux marchés étrangers en luttant contre les pratiques déloyales et en garantissant l'accès aux matières premières essentielles pour le secteur. A ce sujet, la Commission envisagerait de porter plainte devant l'Organisation mondiale du Commerce (OMC) contre les droits de douane chinois sur les importations de tubes en acier inoxydable.  Les marchés de la ferraille seront par ailleurs surveillés afin de renforcer la sécurité de l'approvisionnement des entreprises sidérurgiques de l'UE qui l'utilisent comme matière première.

Sur le plan social, la Commission préconise de faire appel aux fonds structurels européens et de rationaliser leur utilisation en créant une "task force interservices" qui suivrait les principaux cas de fermeture ou de restructuration importante d'usines. Elle souhaite également "rendre abordable" les coûts de l'énergie dont la sidérurgie est grande consommatrice.

Le plan, qui sera évalué d'ici un an pour vérifier s'il remplit ses objectifs, a suscité des réactions mitigées. Certains jugent qu'il comporte trop peu de nouvelles mesures. Pour l’eurodéputé Frédéric Daerden (PS), "c'est un pas, mais il est décevant. Il ne prévoit notamment rien sur la maîtrise publique des outils sidérurgiques", une mesure réclamée par les syndicats et envisagée régulièrement par les responsables wallons. 

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