Une grande coalition va se mettre en place au Parlement européen

Les partis extrémistes, comme le FN de Marine Le Pen en France, ont pris de la vigueur en Europe. ©AFP

Les partis anti-européens seront largement minorisés dans l’hémicycle, avec une capacité de nuisance restreinte.

En termes de sièges, les principales familles politiques européennes, qui construisent habituellement les majorités à Strasbourg, sortent affaiblies des élections: même si certains recrutements ou transferts peuvent encore modifier à la marge le nombre de leurs élus, tant le Parti populaire européen (PPE), qui rassemble les partis démocrates-chrétiens et de centre droit, que les socialistes et sociaux-démocrates (S & D), ainsi que les Libéraux et les Verts, ont tous perdu des plumes ce week-end. À l’inverse, le nombre de députés souverainistes, europhobes ou d’extrême-droite est clairement en hausse. Mais quelles seront les conséquences probables de cette fragmentation accrue de l’hémicycle au profit des anti-européens? En réalité, elles ne s’annoncent pas catastrophiques.

1 Que pèsera finalement cette vague eurosceptique au Parlement?

Les partis pro-européens disposent d’une confortable majorité de 523 sièges sur 751, contre 609 dans le Parlement sortant. À eux seuls, le PPE et les socialistes peuvent déjà former une "grande coalition" à l’allemande, sans l’appui des Libéraux et des Verts. La conséquence paradoxale de la poussée populiste sera donc un renforcement de l’influence des députés des principales formations politiques. En revanche, il sera plus difficile de construire des coalitions de centre-gauche ou de centre-droite sur des sujets particuliers, comme cela est arrivé pour environ un tiers de la législation européenne entre 2009 et 2014.

Pour leur part, les partis opposés au projet européen ont du mal à se structurer. Ils en sont seulement à essayer de former leur groupe, l’un autour du Britannique Nigel Farage (Ukip) et l’autre autour de la Française Marine Le Pen.

Le FN, qui travaille depuis plusieurs années avec le FPÖ autrichien, le Vlaams Belang flamand, discute avec le PVV néerlandais et la Ligue du Nord (Italie). Nigel Farage pour sa part a exclu une alliance avec le Front National français, de même qu’avec les conservateurs de son pays. Il courtise les Suédois du Parti Démocrate et le Parti populaire danois, deux formations anti-immigration.

"Chacun essaie de prendre l’ascendant sur l’autre, explique une source au Parlement. Il est possible qu’à l’arrivée, un des deux reste sur le carreau et n’arrive même pas à former un groupe." Pour constituer un groupe politique au Parlement, il faut réunir un nombre minimal de 25 députés issus d’au moins sept pays de l’Union.

Et quoi qu’il en soit, le (ou les) futur groupe europhobe ne sera pas pléthorique, car hormis le FN et le Ukip, les autres partis europhobes ne comptent en général que quelques élus. Enfin, certaines formations très radicales, comme les mouvements d’extrême droite Jobbik (Hongrie) ou Aube Dorée (Grèce), sont considérées comme infréquentables par les autres partis anti-Européens.

2 Le Parlement est-il fragilisé face au Conseil pour la désignation du président de la Commission?

Certains estiment que ces résultats vont pousser les chefs d’État et de gouvernement à reprendre la main sue le processus de désignation du président de la Commission. Le Premier ministre britannique, David Cameron, s’est toujours montré hostile au fait que le Parlement puisse choisir le successeur de José Manuel Barroso. La victoire du Ukip devrait le conforter dans sa volonté de ne pas laisser la main au Parlement. La chancelière allemande Angela Merkel n’a jamais manifesté non plus un grand enthousiasme à l’idée de voir le Parlement s’affirmer au détriment des États. Les chefs d’État et de gouvernement vont se retrouver ce mardi dans la soirée à Bruxelles, afin de mandater le président du Conseil européen, Herman Van Rompuy, pour entamer les négociations avec les députés.

Du côté du Parlement précisément, PPE, socialistes, libéraux et Verts ont confirmé qu’ils joueraient le jeu jusqu’au bout. Les leaders de ces formations ont mené campagne en expliquant aux électeurs qu’en cas de victoire, l’un d’eux deviendrait le président de la Commission européenne. À leurs yeux, il était clair que les électeurs étaient appelés à choisir non seulement leurs eurodéputés, mais aussi, indirectement, le futur président de la Commission.

Marine Le Pen tente de convaincre l'Ukip


Marine Le Pen s'est déclarée confiante mardi dans la possibilité de transformer l'essai des élections européennes, qui ont vu sa formation arriver en tête en France, en formant un groupe politique constitué d'eurosceptiques au Parlement européen.

Le Front national, avec 24 élus, dispose presque à lui seul des 25 sièges requis, mais la seconde condition, réunir des députés de sept nationalités différentes, s'avère plus délicate à remplir car toutes les formations populistes ou d'extrême droite ne sont pas forcément compatibles.

Marine Le Pen peut compter sur ses alliés historiques, le Vlaams Belang, le FPÖ autrichien et la Ligue du Nord italienne. Elle a aussi pris contact avec le Parti pour la liberté du populiste néerlandais Geert Wilders et les Démocrates suédois.
Mais les eurosceptiques britanniques de l'Ukip, grands gagnants outre-Manche (avec 29%), ont refusé la main tendue du FN, jugeant que "l'antisémitisme est dans son ADN"

Ensemble, PPE, socialistes et libéraux disposent sur le papier d’une majorité de 469 sièges, soit largement la majorité absolue requise (376 voix) pour élire le président de la Commission. "Vous imaginez les dirigeants européens ignorer toute la campagne et ne pas tenir compte du résultat des élections? Impossible. Ce serait un déni de démocratie, surtout que l’abstention a baissé dans les pays où il y avait un candidat", fait valoir un eurodéputé.

"C’est plutôt le Conseil qui est affaibli, plus que le Parlement, poursuit-il. Le Conseil pourra proposer quinze fois un candidat. Si le Parlement ne l’accepte pas, cela ne passera pas. L’époque où on s’alignait sur les Britanniques est terminée."

3 Si le Parlement s’impose face au Conseil, Jean-Claude Juncker sera-t-il le prochain président de la Commission?

Pas nécessairement. Jean-Claude Juncker, candidat pour le PPE, a encore insisté lundi sur le fait que la victoire de son parti lui donnait "le droit et la priorité pour chercher à former une majorité au Parlement et au Conseil". Plutôt que de se proclamer successeur de Barroso, il s’agit davantage pour le chef de file du PPE de se profiler comme le formateur de la future majorité au Parlement, qui devra aussi s’accorder avec le Conseil sur les autres hauts postes européens (Conseil européen et Haut représentant pour la politique étrangère, un paquet qui comprendra sans doute aussi la présidence du Parlement).

On pourrait donc imaginer que l’ancien Premier ministre luxembourgeois préfère finalement la place de président du Conseil (qu’il convoitait il y a 5 ans) et laisse la Commission aux socialistes. Reste à voir si Martin Schulz pourrait quant à lui récolter une majorité qualifiée au Conseil…

Express

Ce mardi, les chefs des groupes politiques du Parlement européen ont demandé aux dirigeants de l'UE de laisser le candidat des conservateurs Jean-Claude Juncker tenter de trouver une majorité de 376 voix pour être désigné président de la Commission européenne.

4 Quelles sont les chances de Guy Verhofstadt de décrocher un poste à l’occasion de ce grand marchandage?

Le chef de file des Libéraux affirme être en position de pivot entre la droite et la gauche dans la perspective d’une grande coalition. "Compte tenu du faible écart entre les démocrates-chrétiens et les socialistes, le rôle de faiseur de roi de l’ADLE se confirme", a fait valoir l’ancien Premier ministre lundi. Pour la Commission ou le Conseil, cela sera plutôt difficile: on voit mal tant le PPE que les socialistes y renoncer. Reste éventuellement le Parlement…

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