Avec le digital, la Culture opte pour la culture d'entreprise

©(c) ryuichi maruo

Organisant la rencontre fertile entre les arts de la scène, les sciences et les technologies, le festival Impact décloisonne la culture et imagine une nouvelle Renaissance. À découvrir, dès ce soir, au Théâtre de Liège.

Il y a quelques siècles, Léonard de Vinci peignait la Joconde et, avec l’autre main, griffonnait quelques dessins d’anatomie tout en réfléchissant à un engin volant. À l’image de ce génie polymorphe, l’art contemporain incarne un vaste laboratoire de recherches interdisciplinaires. Les arts de la scène n’échappent pas à ce constat. C’est pourquoi le Théâtre de Liège et ses partenaires de l’Euregio Meuse-Rhin (avec le soutien de L’Echo) ont lancé Impact (International Meeting in Performing Arts & Creative Technologies), un festival qui entend réunir les arts, les sciences et les technologies.

Festival Impact

Investissant dans le futur, L’Echo soutient ce festival ambitieux, à la croisée du numérique, de la culture, des PME innovantes et du secteur académique.

Implanté depuis 2016 au sein de l’Euregio Meuse-Rhin, le projet Impact a pour vocation de soutenir la recherche et de favoriser la création et la formation. Du 3 au 21 novembre, le spectateur pourra ainsi découvrir des spectacles inédits, mais aussi des conférences, des expositions, des installations et des démonstrations. Rassemblant des chercheurs universitaires, des artistes et des entreprises issues du secteur des nouvelles technologies, ces journées auront pour mot d’ordre le décloisonnement. Cette première édition se déroule dans cinq villes: Maastricht, Hasselt, Eupen, Aachen et Liège.

Comme l’explique Jonathan Thonon, responsable du projet, Impact poursuit un triple objectif: "Renouveler les formes du théâtre afin de séduire un nouveau public, notamment celui des arts plastiques; souligner la collaboration entre l’art et la science, en présentant certaines avancées technologiques; établir des liens durables avec le milieu industriel et économique." Buts artistiques, recherches technologiques et enjeux économiques se rejoignent donc dans un esprit de "co-création", car "les frontières sont faites pour être franchies".

Forces vives de la région liégeoise

Pour réussir ce pari, il a fallu prospecter et "réunir les forces vives de la région", explique pour sa part Serge Rangoni, directeur du Théâtre de Liège. Au-delà de la réussite des différentes propositions artistiques, le projet cherche donc aussi à créer des retombées économiques et à insuffler une culture de l’innovation et de l’interaction. Par sa position transfrontalière, la Cité ardente est l’endroit tout désigné pour réaliser un rapprochement entre les secteurs et entamer, en ce qui concerne la Belgique, un exercice de décentralisation. Selon Serge Rangoni, "une capitale n’est pas nécessaire pour assumer les nouveaux défis technologiques qui s’offrent à nous". Dans ce contexte, le rôle de l’institution culturelle est appelé lui aussi à se modifier.

Si Jonathan Thonon ne parle pas d’"art numérique", expression trop vague à ses yeux, c’est pour mieux insister sur le fait que "toute l’histoire du théâtre est marquée par les innovations technologiques (de la lumière artificielle aux techniques de sous-titrage)". Par ailleurs, le théâtre est le reflet de ce monde en pleine mutation, dans lequel il apparaît de plus en plus comme une "entreprise" qui doit mettre en place une "culture entrepreneuriale", tout en restant accessible au plus grand nombre.

Expérience esthétique globale

Le spectateur veut désormais vivre une "expérience esthétique globale", précise-t-il. Ce qui signifie que la dramaturgie ne se sert pas de la technologie comme d’un simple outil parmi d’autres, mais elle prend sa source au sein de cette dernière, en repensant les rapports entre le spectateur et l’acteur. Toutes les œuvres présentes dans le programme questionnent le sens de l’humanité, de la propriété et du partage, de même que la liberté des sujets et la place des corps dans les constructions machiniques ou les réseaux numériques.

Tandis que l’Europe a du mal à contenir les velléités nationalistes ou régionalistes, il semble bien qu’à l’inverse, "la culture se situe à contre-courant, en s’attachant à construire des ponts", déclare Serge Rangoni. L’avènement de l’humanité 2.0 ne marque pas tant la mort de l’homme que la redécouverte de l’origine de son rapport à la technique. Le festival Impact nous rappelle que les nouvelles technologies ne désignent pas un ennemi qu’il faut craindre, mais ce qui rend l’homme plus que jamais humain, en rendant les arts plus vivants.

Nos trois coups de cœur

1. "C.a.p.e KIT"

(19/11, Centre culturel d’Hasselt)

Collectif artistique bruxellois créé par Eric Joris, Crew propose une performance totalement inédite, développée en collaboration avec des scientifiques: "C.a.p.e KIT" (environnement personnel assisté par ordinateur). La compagnie n’en est pas à son coup d’essai. Cette fois, elle présente une création expérimentale, qui s’adresse notamment aux enfants. Plongés dans un système sonore omnidirectionnel, munis de lunettes de réalité virtuelle et de capteurs de mouvements, les spectateurs deviennent acteurs au sein d’un univers parallèle. À mesure qu’ils se déplacent, les frontières entre l’imaginaire et la réalité se brouillent, repoussant les limites des dispositifs sensoriels.

2."Therians" de Louise Vanneste (13-14/11, Théâtre de Liège)

Avec "Therians" (qui évoque la capacité mythologique de l’homme à se transformer en animal), la chorégraphe Louise Vanneste interroge les formes de la présence et du silence, ainsi que la part obscure, instinctive et animale, du corps humain. Le rapport de ce dernier à l’espace, au temps, à la mémoire, à la perception et à la constitution de soi est ainsi remis en question. Sans céder au simple mimétisme avec l’animal, la chorégraphe semble vouloir réinscrire du sensible au sein de l’immatériel qui imprègne de plus en plus notre monde. Ce travail s’est réalisé en collaboration avec Centexbel, centre de recherche et d’innovation sur le textile, qui a développé une tenue luminescente spécialement pour l’artiste.

3.Arts et sciences: "Crossroads"

(16/11, ULiège/Interface Entreprises-Université/Salle Archimède)

Ce programme de conférences propose une rencontre entre les arts et les sciences, où seront abordées les notions de créativité et d’inventivité, mais également de propriété intellectuelle et de vêtement intelligent. Les progrès technologiques récents ont permis d’améliorer la qualité des outils de capture du mouvement, tout en facilitant leur disponibilité. Après un premier tour d’horizon qui fera le point sur cette technologie en montrant comment l’analyse du mouvement humain constitue un enjeu majeur pour les domaines de la santé, de la domotique, de l’automobile et des arts de la scène, les artistes expliqueront quel type d’application ils imaginent à partir de cette technologie.

Festival Impact, du 3 au 21/11. Programme: www.impact-regio.eu

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