Eddy Wally, l'icône de la chanson flamande

©BELGA

Le Bal national qui se déroulera ce dimanche fait la part belle au belgo-belge mais aussi au flamando-flamand. Portrait d'un véritable phénomène «geweldig en fantastich» de l'autre côté de la frontière linguistique.

photo Eddy Wally 

Bruxelles (L'Echo)- Ceux qui ne regardent jamais les télévisions néerlandophones ou qui n'ont jamais vu l'hommage appuyé que les Snuls lui ont rendu à plusieurs reprises ignorent certainement qui est Eddy Wally. L'un des plus «bekende vlamingen» est une des plus grandes stars de la chanson flamande, un monument du kitch et un monstre de ringardise assumée qui cartonne depuis plus de quarante ans de l'autre côté de la frontière linguistique.

Celui qui s'est autoproclamé «The voice of Europe» en référence au surnom de Frank Sinatra auquel il aime beaucoup se comparer est né Eduard Van de Walle le 12 juillet 1932 dans la petite ville industrielle de Zelzate proche de la frontière hollandaise. Eduard y grandit entouré de l'affection de ses parents et de ses deux s½urs. Son père est vendeur sur les marchés et un accordéoniste dont la notoriété s'étend jusqu'à Amsterdam. Il est le premier à croire au talent du fiston qu'il encourage à suivre des cours de musique. Mais le patriarche meurt jeune et Eduard est obligé d'arrêter ses études pour nourrir sa famille. Mais il n'abandonne pas pour autant son «rêve américain».

En 1956, il épouse Mariëtte Roegiers à laquelle il est toujours uni et qui lui donnera, un an plus tard, une fille baptisée Marina. A cette époque, il quitte la fabrique textile qui l'emploie et part vendre des sacs à main sur les marchés avec sa belle-mère. En 1959, il achète son premier accordéon et écume les villages de la région pour chanter et participer à des concours locaux. A la mort de la belle-mère, Eddy et Mariëtte s'installent à Ertvelde où ils reprennent le café-magasin familial tout en continuant à faire les marchés. Cinq ans plus tard, Eddy réalise son rêve en faisant construire le « légendaire palais des fêtes Paris-Las Vegas».

Sous la houlette du producteur néerlandais Johnny Hoes de la firme Telstar, Eddy sort en 1966 son premier grand tube. «Cherie» occupe la première place du hit-parade belge pendant huit semaines et se hisse même à la 14e place des charts néerlandais, fait unique à l'époque pour un artiste belge. En trois mois, le titre se vend à plus de 100.000 exemplaires. Au total, il dépassera le million, décrochera un double disque de platine et fera l'objet, en 1995, d'une nouvelle version «Cherie In da house», en version new beat, bien sûr.

En 1973, Eddy réalise son deuxième grand rêve. Il part se produire au Etats-Unis. Le périple sera filmé et diffusé en deux parties sur la BRT de l'époque. Il continuera à conquérir le monde en passant par pratiquement tous les pays d'Europe. En 1979, 24 concerts en URSS lui permettront notamment de partager les planches avec Elton John. Puis il y aura la Chine mais aussi Cuba, l'Inde et l'Egypte. En 2008, des prestations sont encore prévues en Espagne, en Pologne et peut-être en Chine. A l'occasion de ces tournées en Chine et en URSS, Eddy Wally a adapté certaines de ses chansons en chinois et en russe. Mais il se dit que ni les Chinois, ni les Russes n'en comprennent les paroles. L'accent de Zelzate, peut-être.

Inoxydable


Toujours est-il qu'il n'existe pas une seule commune en Flandre et dans le sud des Pays-Bas où Eddy Wally ne se soit pas produit. Il présente pendant douze an un programme radio intitulé «Inoubliable» (onvergetelijk) sur Radio 2 Oost-Vlaanderen et rassemble chaque semaine un demi-million d'auditeurs. Son répertoire compte 500 chansons avec des hits comme «Ik spring uit 'n vliegmachien» ou «Dans mi amor». Au total, il a vendu pas moins de 4 millions d'albums. Les murs de sa maison sont décorés de 17 disques d'or. Il collectionne les médailles et distinctions. En 2005, il est même fait Chevalier dans l'Ordre de Léopold. Son livre sobrement intitulé «Eddy Wally» (dont il n'est pas l'auteur) et illustré de plus de 500 photos s'est également très bien vendu. Une statue à son effigie a été érigée dans la ville de Ertvelde et un musée devrait lui être consacré à Zelzate en 2010.

Eddy est aussi l'incarnation du bon sens bien flandrien. S'il mène une carrière internationale, il n'en délaisse pas pour autant les affaires dans la mère patrie. Ce n'est qu'en 1996 - il a 64 ans - qu'il vendra les camionnettes du marché et la salle des fêtes Paris-Las Vegas. A un marchand de voiture qui lui proposait de mettre à sa disposition une limousine avec chauffeur à l'occasion d'un spectacle, il aurait répondu «combien tu me donnes pour ça ?».

Eddy Wally semble inoxydable. Il subit pourtant une petite baisse de régime au début des années 2000. A la même époque, il se bat contre une lourde maladie dont il finira par triompher. En 2004, il retrouve la forme et remonte sur scène. Son public lui est toujours fidèle. Mieux, il s'est enrichi de jeunes manifestement séduits par un talent qu'ils prennent certainement au second degré. En 2007, à l'occasion de son 75e anniversaire il remplit (à moitié) le Sportpaleis d'Anvers, quelque 9.000 fans quand même.

Cette vedette de renommée internationale a toujours tenu à rester en Belgique pour «mon public mais surtout pour ma petite maman (moedertje)», explique-t-il. Ajoutant qu'il aurait pu devenir acteur également. Selon lui, en 1973 au Etats-Unis, on lui a proposé un contrat formidable. «Si je l'avais signé, maintenant je serais peut-être un Jean-Claude Van Damme». r

Didier Béclard

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