portrait

L'homme qui ose affronter Sepp Blatter

Vu d’Europe, le nom du prince Ali bin Hussein, troisième fils du défunt roi Hussein de Jordanie, déclenche immanquablement une avalanche de clichés pittoresques.

Le sable chaud du désert, les oasis, les Bédouins parcourant les immensités inhospitalières avec leurs caravanes de dromadaires….

Pourtant, la réalité est bien différente car celui que les Jordaniens surnomment affectueusement "prince Ali" a poursuivi la plus grande partie de ses études en Grande-Bretagne et aux Etats-Unis. Il parle couramment trois langues (arabe, anglais, circassien) et il est bien connu dans le monde du ballon rond. Parce qu’il dirige la Fédération jordanienne de football, parce qu’il est vice-président de la Fifa chargé de l’Asie, mais également parce qu’il brigue depuis 2011, la succession de l’inamovible "Sepp" Blatter, le président de cette organisation internationale actuellement secouée par un gros scandale de corruption.

  • Naissance 23 décembre 1975, fils de la troisième épouse du roi Hussein.
  • 1999-2008 Commandant des forces spéciales de la garde royale chargée de la sécurité du roi Abdallah de Jordanie.
  • Avril 2004 Mariage avec Rym Brahimi, fille de l’ancien représentant de l’ONU en Afghanistan et ex-journaliste de CNN.
  • Janvier 2011 Élu vice-président de la Fifa chargé de l’Asie

À 40 ans, marié à une ex-journaliste de CNN d’origine algérienne, père de deux enfants, le prince Ali ne disposerait pas des meilleures chances de succéder à Blatter si l’on en croit les spécialistes. Quoi qu’il en soit, en Jordanie, sa candidature provoque une sorte de sursaut nationaliste. Une vague de soutien portée par les réseaux sociaux grâce au slogan "Ali for Fifa".

Discret au niveau politique pour ne pas faire de l’ombre à son demi-frère le roi Abdallah, le prince Ali est un vrai sportif qui a notamment mené des expéditions dans les montagnes du Caucase. A l’instar des autres mâles de la famille régnante, il a également bénéficié d’une formation militaire de premier plan et en plus, il est plutôt sympathique, pas du genre "votre altesse par ici et votre altesse par-là, en tout cas", explique un homme d’affaires francophone en poste à Amman pour quelques années. Qui poursuit: "Avec Daech aux portes de leur pays, la baisse du tourisme provoquée par l’instabilité régionale et la crainte d’un nouvel embrasement du Proche-Orient, les Jordaniens ont tendance à broyer du noir en ce moment. Faute de mieux, la candidature du prince Ali à la présidence de la Fifa les fait un peu rêver." Le troisième fils du roi Hussein a travaillé depuis son élection à la vice-présidence de la Fifa. Il s’est entre autres beaucoup dépensé pour que l’organisation se montre plus souple envers les joueuses portant le hijab sur le terrain.

En outre, il a été l’un des premiers à exiger la publication du rapport du procureur américain Michel Garcia examinant en 430 pages les soupçons de corruption dans l’attribution par la Fifa du Mondial 2018 à la Russie et de 2022 au Qatar.

"Outrecuidance"

L’action du prince Ali en ce domaine n’a évidemment pas été appréciée au Qatar. Encore moins en Russie. À Amman, il se dit en tout cas qu’au moment du vote pour le prochain président de la Fifa, ces deux pays entendent lui faire payer son "outrecuidance".

"Après une longue réflexion et des discussions avec des collègues, je me porte candidat à la présidence de la Fifa parce que j’estime qu’il faut sortir des polémiques internes pour en revenir à l’essentiel, c’est-à-dire au sport."

Prince Ali, janvier 2015.

Descendant du prophète

Troisième fils du roi Hussein et le deuxième de la reine Alia (la troisième épouse du monarque jordanien), le prince Ali passe pour un descendant direct de Mahomet, au 43e rang. Ce statut peut lui apporter la voix d’autres délégués à la Fifa de religion musulmane.

Info cadenassée

On ne sait du prince Ali que ce que le palais veut bien laisser filtrer. C’est-à-dire pas grand-chose, à part l’expédition à cheval qu’il a menée en 1988 entre la Jordanie et le Caucase via la Syrie et la Turquie pour attirer l’attention internationale sur le sort des Circassiens, expulsés de leurs terres caucasiennes au milieu du XIXe siècle.

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