"Il faut investir en ayant conscience des risques"

Bart De Smet, patron d'Ageas, a participé au débat des CEO de Finance Avenue en compagnie de Christian Homsy, patron de Celyad, et Stefaan Gielens, patron d'Aedifica. ©L'Echo

Le débat des CEO de Finance Avenue a permis aux patrons d’Ageas, Celyad et Aedifica d’expliquer aux investisseurs les atouts de la détention d’actions de leurs entreprises.

Trois patrons de sociétés cotées en Bourse de Bruxelles ont relevé le défi de présenter les atouts de leurs entreprises aux investisseurs, en dix minutes chrono. Ce samedi, le débat des CEO de Finance Avenue qui s’est tenu dans le "Mon Argent Corner" a livré des enseignements utiles pour ceux qui détiennent ou envisagent d’acquérir des actions Ageas , Celyad  ou Aedifica  .

Bart De Smet, CEO d’Ageas, Christian Homsy, CEO de Celyad, et Stefaan Gielens, CEO d’Aedifica, ont aussi répondu à plusieurs questions précises du nombreux public présent.

De Smet se défend sur les "Paradise Papers"

"Nous avons une politique de dividende appréciée par nos actionnaires", a souligné Bart De Smet. "40 à 50% des bénéfices de nos activités d’assurance sont redistribués et nous procédons de la sorte de manière constante depuis 2009", a-t-il rappelé.

Le patron d’Ageas a aussi tenu à réagir à la citation du nom de son entreprise récemment dans l’affaire des "Paradise Papers", nom donné à la publication d’un flot d’informations confidentielles concernant des pratiques soupçonnées de permettre de l’évasion fiscale. "Ageas est un contribuable substantiel en Belgique et sur ses autres marchés", s’est défendu M. De Smet.

Avec Ageas, nous avons créé une compagnie dont la valeur est passée de 1,5 milliard d’euros à 8,5 milliards d’euros en près de neuf années.
Bart De Smet
CEO d'Ageas

"Depuis 2009 (date de fondation du groupe d’assurance à la suite du démantèlement de l’ex-Fortis, ndlr), nous avons connu un taux de taxation moyen de près de 26%. En 2016, il s’est élevé à près de 50%. Nous faisons plus que notre devoir. Prétendre qu’Ageas cherche à exploiter les limites de la fiscalité n’est pas conforme à la réalité et nous n’avons vraiment pas apprécié cela."

Le patron du groupe d’assurances a souligné que le travail de ses équipes a permis de "créer une compagnie dont la valeur est passée de 1,5 milliard d’euros à 8,5 milliards d’euros en près de neuf années". Il insiste aussi sur le fait que, durant cette période, plus de 4 milliards d’euros ont été ristournés aux actionnaires par le biais de dividendes et de rachats d’actions propres.

Au sujet de la collaboration entre AG Insurance et BNP Paribas, qui assure la distribution des produits de la compagnie d'assurance, M. De Smet émet une préférence pour une prolongation de l'accord de distribution, dont BNP a la possibilité de se défaire l'an prochain, moyennant un préavis de trois ans. "Pour les deux parties, une prolongation serait la meilleure des choses", assure-t-il.

"Notre collaboration est très bonne. Elle est même meilleure que quand nous étions dans le même groupe (à l'époque de Fortis, ndlr)", sourit Bart De Smet. "Je ne sais toutefois pas ce que BNP Paribas décidera. Nous avons évidemment un plan B si l'accord n'était pas prolongé."

Après avoir investi dans une biotech, laissez l’argent dormir, conseille Homsy

Christian Homsy, le patron de Celyad, s’est quant à lui attaché à expliquer l’évolution des tests liés aux traitements en développement de la société biotechnologique.

"Les premiers résultats de notre essai clinique le plus avancé (qui porte sur le CYAD-01, ndlr, le produit phare de Celyad qui doit permettre de combattre notamment le cancer colorectal) sont très prometteurs mais attention, en cancérologie, nous sommes faces à des maladies très difficiles à soigner ", avertit-il.

Les investisseurs ont parfois tendance à s’enthousiasmer davantage que le patron du groupe biotech. Début octobre, l’action Celyad avait bondi de plus de 4% après l’annonce de la réussite d’un traitement sur un patient atteint de leucémie myéloïde aiguë (LMA) réfractaire. "C’était une première mondiale, c’est très prometteur mais cela ne veut pas dire que nous avons trouvé la solution pour guérir définitivement cette maladie", tempère M. Homsy.

Il n’y a pas d’intérêt à spéculer sur des fluctuations boursières de l’ordre de 10, 15 ou 20%.
Christian Homsy
CEO de Celyad

Interrogé par une personne présente dans le public sur les fluctuations parfois brutales du cours de Bourse de Celyad, Christian Homsy a précisé ce que devrait, selon lui, représenter un investissement dans l’action de sa société: "Investir en Bourse dans une société biotechnologique en phase de recherche telle que la nôtre doit être considéré comme une ouverture au public du capital à risque", a expliqué M. Homsy.

"Après avoir investi, il faut laisser l’argent dormir jusqu’à ce que le résultat soit là. En cas de succès, le rendement peut être de 1.000% mais il y a aussi le risque de tout perdre. Il faut donc investir en connaissance de cause, en ayant conscience des risques attachés à l’entreprise. Il n’y a donc pas d’intérêt à spéculer sur des fluctuations boursières de l’ordre de 10, 15 ou 20%."

Christian Homsy a aussi évoqué le besoin d’argent frais pour l’avenir. "Nous avons déjà annoncé que nous souhaitions lever de l’argent dans la première moitié de 2018. Les investisseurs américains sont enthousiastes. Nous n’avons aucun doute sur le fait que nous trouverons les capitaux nécessaires." Il répète par ailleurs que la biotech dispose "des liquidités nécessaires jusqu’à la fin du premier trimestre 2019".

Il n’existe pas de société comparable en Europe, souligne Gielens

De son côté, Stefaan Gielens a mis en avant le statut de "pure player" (acteur unique dans son domaine d’activité) d’Aedifica. La société immobilière réglementée (SIR) est en effet focalisée sur le marché de l’immobilier de santé où elle mise en particulier sur les résidences où des soins sont prodigués aux seniors.

"C’est un marché très dynamique en raison du vieillissement de la génération du baby-boom (personnes nées immédiatement après la seconde guerre mondiale, ndlr)", souligne Stefaan Gielens. "Auparavant, nous étions axés sur le résidentiel mais nous sommes devenus un véritable ‘pure player’ en privilégiant l’immobilier de santé. C’est créateur de valeur car, en Europe, il n’en existe pas d’autre."

Le patron d’Aedifica a précisé que la SIR misait sur le marché allemand pour se développer car "c’est le pays européen qui est confronté au plus grand défi en termes de vieillissement de la population", indique-t-il, tout en précisant que "l’importance de la santé économique du pays est également cruciale parce que 50% des revenus de nos clients (les exploitants de maisons de soins, ndlr) sont liés au système de soins de santé du pays".

Je n’ai pas dit qu’une augmentation de capital était imminente. Mais il n’est pas totalement exclu que, si les conditions de notre marché se maintiennent, il faille s’y attendre dans un avenir pas tout à fait lointain.
Stefaan Gielens
CEO d'Aedifica

À ce sujet, interrogé sur les risques liés à la baisse des interventions de l’Etat belge dans les coûts des soins de santé, le patron de la SIR s’est voulu rassurant : "L’Etat belge est peut-être ‘pauvre’ mais les Belges sont plutôt riches", caricature-t-il. "Nos revenus proviennent indirectement de la sécurité sociale mais aussi de ce que paient les occupants privés des maisons de soins. Dans tous les pays confrontés au vieillissement, le débat porte surtout sur le financement des pensions. En ce qui concerne les maisons de soins, les gens s’y trouvent en moyenne pour 24 moins, c’est-à-dire durant les dernières années de leur existence, lorsqu’ils se trouvent vraiment dans une situation de grande dépendance."

Enfin, M. Gielens s’est prononcé sur l’éventualité d’une future augmentation de capital d’Aedifica. "L’histoire d’Aedifica est faite de croissance. Il faut donc la financer. Comme le taux d’endettement des SIR est limité par la loi, il faudra encore à l’avenir des augmentations de capitaux. Jusqu’à présent, nous en avons réalisé tous les deux à trois ans. Je n’ai pas dit qu’une augmentation de capital était imminente. Mais il n’est pas totalement exclu que, si les conditions de notre marché se maintiennent, il faille s’y attendre dans un avenir pas tout à fait lointain."

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