"Les banquiers plus âgés doivent rapidement être mis à l'oeuvre ailleurs"

Johan Thijs, le CEO de KBC, lance un appel pour que le monde politique réfléchisse à des propositions pour que les banquiers les plus âgés puissent être mis à l'oeuvre dans d'autres entreprises. En Belgique, la réglementation sociale est trop rigide pour répondre à la transformation digitale, estiment les banquiers.

Le grand débat des banquiers qui avait lieu ce samedi matin à Finance Avenue portait sur la banque du futur. Il réunissait Marc Raisère (CEO de Belfius), Erik Van Den Eynden (CEO de ING Belgique), Jurgen Ingels (investisseur dans les fintech), Johan Thijs (CEO de KBC) et Michael Anseeuw (dirigeant de la division retail et private banking chez BNP Paribas Fortis). Forcément, il a été beaucoup question de digitalisation. Son impact sur le client, sur le business model des banques, mais aussi son impact sur l'emploi.

Les participants au débat étaient convaincus d'une chose : "les tâches répétitives vont inévitablement disparaître en raison de la robotisation". La transformation digitale aura encore des impacts sociaux et économiques sur le secteur bancaire en Belgique, a affirmé Johan Thijs (KBC).

Ce secteur a été fortement secoué ces derniers mois, alors que les effets de la digitalisation ont de plus en plus d'impact, ce qui a poussé de nombreuses banques à mener de grosses restructurations. 

Avec ING Belgique en tête: la banque a annoncé l'année dernière la suppression de 3.000 emplois et la fermeture d'une partie de son réseau d'agences. Dans ce cadre, ING a élaboré un plan dans lequel les employés de plus de 55 ans pouvaient rester à la maison tout en continuant à percevoir jusqu'à 80% de leur salaire. Dans son accord de l'été, le gouvernement a pris des mesures pour pénaliser les entreprises qui laissaient de côté leurs employés les plus âgés.

Un cadre social rigide

Mais le CEO d'ING Belgique continue à défendre cette mesure. "Sur les 1.500 personnes qui ont reçu cette offre, 80% l'ont acceptée. Cela leur offre la chance de pouvoir faire autre chose à la fin de leur carrière, et ils la saisissent à deux mains", a affirmé Erik Van Den Eynde, qui insiste sur le fait que l'entreprise prend tous les coûts à sa charge. 

"Mais nous avons aussi besoin d'une discussion sur la manière dont nous gérons les travailleurs les plus âgés dans notre pays. Contrairement à avant, nous ne pouvons plus garantir qu'un employé pourra rester actif pendant quarante ans au sein de la banque. Notre marché du travail est encore trop figé pour s'adapter à cette situation. Dans les pays scandinaves, on y a déjà réfléchi", poursuit-il. 

Johan Thijs (KBC) partage l'opinion d'Erik Van Den Eynden. Le CEO de KBC estime que les nouvelles technologies et la robotisation vont mener en fin de compte à la suppression des jobs répétitifs. "Mais je suis sûr que d'autres sortes de fonctions vont apparaître", explique-t-il. 

Burn-outs

Il est donc important de former les employés pour qu'ils puissent effectuer de nouvelles tâches. "Mais tous ne le prennent pas bien, ce qui augmente le risque de burn-outs au sein de votre personnel. Alors qu'il y a en même temps une force de travail bien formée et motivée qui peut parfaitement être mise à l'oeuvre ailleurs", poursuit Johan Thijs. 

Le CEO de KBC fait référence au projet Minerva lancé au sein de la banque. La banque réfléchit avec les employés les plus âgés sur leur rôle au sein de la banque et leur donne la possibilité de se rendre utile dans d'autres entreprises ou organisations."Les personnes qui participent au projet sont par exemples actives au sein de PME. Pour les PME, qui ne trouvent pas les bons profils, c'était une formidable solution. Et c'est aussi une solution pour nous, car nous avons trouvé la manière de garder nos employés contents et nous élargissons notre réseau au sein des PME". 

Selon lui, il faudrait que le monde politique réflechisse urgemment à ce type de projets et la discussion peut être élargie à tout le secteur des services. "Le groupe des personnes qui restent à la maison est inconnu, malgré leurs capacités. Il faudrait une sorte de liste, dans laquelle les entreprises pourraient trouver les profils qu'ils recherchent", conclut-il. 

L'humain reste essentiel

Selon Marc Raisière (Belfius), l'intelligence artificielle va mener à la suppression des fonctions simples et répétitives, mais l'humain restera indispensable. "Ainsi, dans le retail banking, le client préférera-t-il faire confiance à un robot, ou bien faire confiance à un humain qui sera lui-même aidé par un robot ? L'intelligence artificielle va aider les conseillers financiers. Par exemple, l'espérance de vie s'allonge. Vous allez prendre votre retraite à 67 ans et vous allez vivre jusqu'à 95, voire 100 ans. Qui va vous conseiller financièrement ? Qui peut anticiper ce genre de choses ? Le robot peut aider, mais l'humain devra anticiper". De même, en corporate banking, "le fait de vous retrouver avec un entrepreneur, la confiance, sentir les gens... ce sont des choses qui ne pourront jamais être faites par un robot", poursuit-il. 

Digitalisation

La digitalisation pose la question du lien de confiance avec le client. Comment le créer et le maintenir ? Pour Eric Van Den Eynden, CEO d'ING Belgique, la digitalisation et le lien de confiance ne sont pas incompatibles. "Grâce à la digitalisation, les clients ont davantage de contacts avec la banque". C'est aussi le constat de Michaël Anseeuw, le dirigeant de la division retail et private banking de BNP Paribas Fortis. "Le fait que le banquier continue à conseiller est le plus important. Qu'il le fasse dans un bureau classique ou via le digital, dans un bureau qui ressemblera davantage à un lieu de rencontre, à un moment et par un canal qui lui convient le mieux, ce n'est pas le plus important". 

 

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