Le non du cdH relance la crise politique

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Le CD&V et le MR ont dit oui à la note de Bart De Wever dont "L’Echo" a pu prendre connaissance. Mais pas le cdH... Bart De Wever prend acte.

A la veille de sa nouvelle rencontre avec le Roi, l'informateur, Bart De Wever, a remis une note détaillée aux partenaires qu'il envisage d'embarquer dans un attelage fédéral étiqueté "centre-droit". Une note qui a été recalée par le cdH après avoir été approuvée par le CD&V et le MR.

"Vu le manque de confiance entre les partenaires et vu l’absence d’un projet crédible pour les francophones, l’ensemble des citoyens et l’unité du pays, le cdH décline la proposition qui lui a été faite de participer à un projet de droite confédéraliste", écrit le parti de Benoît Lutgen dans un communiqué. 

Bart De Wever a refusé de commenter les réactions des différents partis à sa note. Il réserve son avis pour le Roi, à qui il fera son rapport mercredi.

En début de soirée, le cdH - dont la position faisait l'objet de toutes les spéculations - a rejeté la proposition de l'informateur. "Une décision pas facile à prendre", a reconnu Benoît Lutgen sur RTL-TVi. L'homme sait en effet que ce refus enclenche automatiquement le compteur d'une nouvelle crise politique à venir...

Ce que lui a d'ailleurs rappelé le président du MR, Charles Michel en pointant la "grave responsabilité" du cdH. "Le refus du cdH à la note de l'informateur et président de la N-VA Bart De Wever "ouvre le très grand risque d'une grave et longue crise politique", a-t-il estimé sur RTL-TVi. 

A ses yeux, la note n'était pas à prendre ou à laisser, mais un point de départ pour éviter un blocage "que le citoyen va payer". Le pouvoir d'achat des citoyens, la protection sociale des plus faibles, mais aussi les soins de santé, la sécurité, etc, constituent autant de domaines qui ont besoin rapidement d'un gouvernement de plein exercice, a-t-il ajouté.

Le président du MR constate aujourd'hui que "voter pour le cdH, c'est voter pour le PS". 

Le président du CD&V, Wouter Beke, compte, quant à lui, prendre rapidement contact avec le cdH pour "connaître les raisons se son refus".  Il pense que le cdH a surtout réagi de manière émotionnelle, alors que le CD&V a accepté la note "sur base de la rationnalité".

"En quelques semaines, le loup ne s'est pas transformé en agneau".
Benoît Lutgen,
Président du cdH

"Il y a des choses acceptables, et des choses dans lesquelles on ne se retrouve pas, a dit Benoît Lutgen. La confiance n'est pas au rendez vous entre les partenaires pressentis, a-t-il ajouté. Jusqu'au dépôt de cette note, les choses n'ont jamais été claires, ajoute-t-il.

Le cdH a précisé plus tard dans la soirée qu'il n'avait rien contre l'idée d'une coalition de centre droit.

"Le principe d'une alliance de centre-droit est une configuration de gouvernement qui est tout à fait susceptible d’intéresser le cdH"

Si le cdH a calé, c'est avant tout car il a voulu rester dans la droite ligne qu'il s'était fixée avant les élections: "nous nous étions engagés vis à vis de l'électeur de ne pas aller dans un gouvernement aux relents communautaires et séparatistes, a encore rappelé Benoît Lutgen, qui juge que le projet de l'informateur n'est pas le projet d'une "Belgique qui gagne". 

Là où tout le monde pensait que la note de l'informateur excluait tout vélléité communautaire, le cdH n'a pas la même lecture. L’Informateur écrit que le gouvernement fédéral se trouve " au service des entités fédérées ". Cette formulation instaure le confédéralisme larvé au sein même des institutions. 

 Le cdH voulait des engagements sur le respect du principe de loyauté fédérale et la mise en oeuvre de la 6e réforme de l'Etat, sur le niveau des soins de santé ou encore sur le maintien du niveau de salaire des citoyens, engagements qu'il ne retrouve pas dans la note. 

"La note n’empêche nullement les initiatives législatives à majorité simple démantelant des compétences fédérales", dit le cdH.

Les humanistes ont aussi listé tout les points de la note dans lesquels ils ne se retrouvaient pas. Et surtout, les non dits: en matière de sécurité et justice par exemple, où aucun engagement n'est pris, ou encore en matière de soutien aux PME. Ils ont aussi bloqué sur les aspects de modération salariale. 

Enfin, le président du cdH refuse aussi de donner au reste de l'Europe l'image d'une Belgique dirigée par un parti séparatiste qui a intégré dans ses rangs l'extrême droite, et qui, sur le plan européen, s'est engagé aux côtés des eurosceptiques.

Le "Oui" des autres...

Le CD&V était  - sans surprise - prêt à s'asseoir autour de la table des négociations avec les 4 partis pour commencer une nouvelle phase dans le processus de formation du gouvernement.

 Le MR a enchaîné ensuite, estimant que la note de l'informateur est "une base acceptable" permettant de franchir une nouvelle étape dans le processus de formation du gouvernement. "Le communautaire n'est pas à l'ordre du jour", précisent les libéraux dans leur communiqué. Ce qui justifie donc leur choix de s'embarquer avec la N-VA, tant critiquée du côté francophone. Le MR insiste en effet sur le caractère "exclusivement socio-économique" que revêtera le gouvernement qu'il formera avec les nationalistes flamands. 

Vers quoi se dirige-t-on?

Bart De Wever va à présent prendre acte du refus du cdH. Mercredi, il remettra son rapport au Roi, dans lequel il tirera les conclusions de sa mission.

Il actera probablement l'échec, car on peut raisonnablement penser que le MR n'acceptera pas de se lancer seul dans l'aventure d'un gouvernement de droite en étant le seul parti francophone dans l'arène avec 44 députés francophones prêts à lui taper dessus durant cinq ans.

"Il y a des alternatives, avec ou sans le PS, a estimé de son côté Benoît Lutgen. Ce qui compte, c'est le projet." Il faut néanmoins se rappeler qu'aucune coalition un tant soit peu crédible n'est possible si elle n'inclut pas soit le PS, soit la N-VA... Soit les deux, évidemment.

A moins d'un nouveau retournement de situation, le Roi devra alors procéder à de nouvelles consultations, et prendre une nouvelle initiative. 

Le CD&V ne cherche pas à reprendre l'initiative. "L'informateur a toujours le droit d'initiative et qui fera rapport demain au roi. Et je suppose que le roi entamera de nouvelles consultations", a déclaré son président Wouter Beke dans Terzake.

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