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Et à la fin, c'est le CD&V qui gagne

©Belga

Alors que la logique aurait voulu que le CD&V explique avec qui il voulait travailler au gouvernement, le Roi a envoyé un libéral au casse-pipe.

L’anecdote vaut ce qu’elle vaut mais elle relève un trait de caractère qui n’a pas quitté la famille royale avec le changement de Roi: l’attachement aux valeurs chrétiennes et, donc, une proximité de fait avec la famille politique issue de la même ligne (surtout flamande). Tiens, le Roi n’a-t-il pas, dans la frénésie de Rio, modifié son agenda pour assister à une messe le dimanche matin lors de sa récente visite au Brésil alors qu’il était en déplacement pour le second match des Diables Rouges? Il est un fervent catholique c’est très bien. Comme l’étaient d’ailleurs devenus Albert et Paola, comme l’était aussi ce grand serviteur de l’Etat, Jacques van Ypersele de Strihou, ancien chef cab’ de Baudouin puis d’Albert. Aucun problème.

Le hic, c’est quand cette proximité de valeurs et de pensée peut laisser penser que la neutralité de la fonction royale n’est plus tout à fait si neutre que cela. Vous connaissez la Belgique, on ne va pas vous faire un dessin, on marche en permanence sur des œufs. Tout, ou du moins beaucoup, est dans la perception.

Et certainement en période de crise politique quand le Roi joue à l’avant-centre.

Or l’un des problèmes du blocage politique actuel on écrit bien "l’un des", pas l’unique problème c’est le manque de clarté et de transparence du CD&V. Ce n’est pas un scoop, les démocrates-chrétiens flamands ont toujours mené leur barque au fil de l’eau en donnant des coups de rame tantôt à gauche (coalition rouge-romaine) tantôt à droite (Martens/Gol). Mais avec une constante: on sait qu’ils sont versatiles, et on sait qu’ils peuvent changer d’avis du jour au lendemain, tout en cachant leur jeu de cartes à la perfection.

C’est dans leur ADN politique.

Maintenant, Charles Michel a été mis en orbite comme informateur royal. Pourquoi? Voilà un libéral au milieu du champ de mines sans que l’on sache exactement ce que veut le CD&V comme forme de coalition fédérale.

Pourquoi ne pas avoir forcé la main au président Wouter Beke et de son acolyte Kris Peeters? Alors là, la réponse (du CD&V) est toute trouvée, "on a déjà donné, on a pris nos responsabilités, en 2007, on a envoyé toutes nos personnalités au front, on a jeté toutes nos forces dans la bataille". Rideau, revenez plus tard.

Combien de fois n’ai-je pas entendu cette ritournelle sortir de la bouche de mes amis démocrates-chrétiens flamands ces dernières années? On a déjà donné: voilà le paravent derrière lequel se cache le CD&V pour éviter d’avoir à prendre ses responsabilités et indiquer s’il préfère gouverner avec une coalition de droite ou de gauche. De toute manière, le CD&V sera de la partie — car indispensable numériquement à toutes les formules possibles. Donc, pourquoi ne pas les avoir mis le dos au mur?

On peut difficilement refuser éternellement de dévoiler son jeu et en même temps prétendre vouloir redevenir le vrai et grand "volkspartij" flamand, le numéro un centriste, et diriger des gouvernements. One ne peut pas avoir le beurre, l’argent du beurre et le sourire des électeurs. Ça ne fonctionne pas comme ça, à un moment donné il faut prendre des risques. Sinon, on accepte de rester dans l’ombre, d’être le partenaire junior des futures coalitions, et de ne surtout pas avoir la prétention de fournir un Premier ministre ou de diriger un gouvernement.

Alors, un petit coup de pouce du Palais royal au CD&V est évidemment toujours le bienvenu. Les libéraux et les socialistes sont d’accord sur une chose: le Palais royal est toujours neutre jusqu’au moment où un CD&V peut rafler la mise ou — ici — éviter d’avoir à mettre ses cartes sur table.

Cela n’a rien à voir, évidemment, avec le fait que l’entourage proche, la charnière devant conseiller Philippe dans ses choix politiques les plus stratégiques, soit issu des rangs du CD&V. Pierre Cartuyvels, conseiller et proche du Prince, a été mandataire CD&V. Il n’y a aucun problème, les "chinese walls" sont efficaces, il est certainement capable d’oublier qu’il a été bourgmestre CD&V maintenant qu’il officie au Palais royal! De même: la "Rolls-Royce" Frans Van Daele, baron de son état, directeur de cabinet du Roi. Un pur produit de la démocratie-chrétienne flamande sous l’étiquette de laquelle il a effectué sa brillante carrière de diplomate. Tout le monde loue sa parfaite science de la neutralité et du placement objectif.

Quel dommage, tout de même, que ceux-là n’aient pas été en mesure de faire connaître les volontés du CD&V pour sortir le pays du nœud politique. À quoi peuvent bien servir, alors, les étiquettes politiques?

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